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Ibn Arabi “Doctor maximus”




Muḥyi-d-dīn Abū ‘Abd Allāh Muḥammad b.‘Alī b. Muḥammad b. al-‘Arabī al-Ḥātimī al-Ṭā'ī, surnommé par ses disciples tardifs al-Shaykh al-akbar (Doctor maximus), est né à Murcie en Espagne le 27 Ramaḍan de l'an 560 de l'Hégire (7 août 1165). Son père Muḥammad ainsi que son oncle paternel ‘Abd Allāh, nobles de Murcie, se rangeaient parmi les savants en matière de jurisprudence musulmane et de tradition du Prophète.
Il naît donc dans un milieu que distinguent l'aisance matérielle et l'amour du savoir, et grandit dans une atmosphère de piété. Il fut surtout influencé par sa mère et par son oncle paternel ‘Abd Allāh. Vers l'âge de sept ans, il suit sa famille à Séville, devenue le centre administratif des Almohades en Andalousie, et la capitale intellectuelle de leur empire englobant l'Afrique du Nord entière. C'est là qu'Ibn ‘Arabī commence à acquérir la culture musulmane classique, tant religieuse que littéraire. Ses biographes affirment qu'à peine adolescent il avait déjà fait le tour des sciences islamiques. Ses dons extraordinaires ainsi que le rang de son père lui valent d'être choisi comme secrétaire à la chancellerie de Séville. Il épouse alors une jeune fille de grande famille andalouse, Maryam bint ‘Abdūn, qui représentait à ses yeux, comme il le dit lui-même, l'idéal de la vie spirituelle. Ce mariage occasionna cependant dans sa vie personnelle une crise profonde qui en bouleversa le cours. A la suite d'une maladie qui le mit aux portes de la mort, il abandonna son existence de lettré et de haut fonctionnaire. Il avait donc environ vingt ans lorsqu'il entendit l'appel du Ciel à la vie réelle et y répondit par l'élection de la « Voie ». Sa conversion s'exprima d'abord par une retraite de neuf mois, sous la direction d'un maître spirituel, Abū Dja‘far al-‘Uraynī (de Loulé, près de Silves au Portugal), qui se consacrait à la formation des jeunes attirés par la vie spirituelle. Une fois achevée sa retraite, Ibn ‘Arabī orienta désormais son existence et son activité vers l'approfondissement des études métaphysiques et traditionnelles, la visite des grands maîtres spirituels en différents lieux pour profiter de leur expérience, la composition d'ouvrages ésotériques, la formation des âmes aspirant à la vie de la pensée pure et de la spiritualité.
Dès son entrée dans la Voie se manifestèrent des phénomènes psychiques exceptionnels qui attirèrent la curiosité du grand philosophe de Cordoue, Averroès . Celui-ci était un ami personnel du père d'Ibn ‘Arabī ; il lui manifesta le désir de faire la connaissance de son jeune fils. Ibn ‘Arabī a enregistré dans les Futūḥāt al-Makkiyya le récit de cette rencontre mémorable entre deux esprits diamétralement opposés quant à leur vision du monde et leur conception du salut : Averroès, représentant la stricte obédience au pur aristotélisme, y est confronté à celui que ses disciples devaient plus tard nommer le platonicien par excellence (Ibn Aflāṭūn).
Le premier maître d'Ibn ‘Arabī dans cette Voie fut donc Abū Dja‘far al-‘Uraynī. Le jeune mystique décrit en ces termes sa première rencontre avec lui : « J'entrai chez le Maître, et le trouvai complètement absorbé dans la récitation des noms divins [al-dhikr]. Sachant mon besoin, il me demanda : As-tu décidé d'entrer dans la Voie ? Je répondis : Quant au serviteur, il est décidé. Mais c'est à Dieu qu'appartient la confirmation. Il dit : Ô mon fils, ferme la porte, coupe les liens, sois dans la compagnie du Libéral, Il te parle sans voile » (Rūḥ al-Quds).
Il faut citer encore parmi les maîtres d'Ibn ‘Arabī en Andalousie : Abū l-Ḥadjdjādj Yūsuf al-Shubarbulī (du village de Shubarbul près de Séville), qui fut compagnon du grand maître de Séville au xiiie siècle, Abū Muḥammad ‘Abd Allāh b. al-Mudjāhid. Une coutume touchante d'Abū l-Ḥadjdjādj, qu'Ibn ‘Arabī se plaît à relever, montre sa tendance pacifique : lorsque les agents du sultan entraient chez lui, il disait à ses disciples : « Ô mes enfants, ce sont là les instruments de Dieu sur Terre, qui travaillent à assurer la subsistance des hommes, et il nous convient donc de prier Dieu pour eux, afin qu'ils puissent faire le bien, et que Dieu les aide à accomplir leur tâche. »
Cependant cette attitude d'ouverture à l'universel n'allait pas dans le milieu andalou sans deux graves inconvénients. C'était alors la disparition de sa personnalité et l'échec de sa mission, ce qu'il ne pouvait accepter à aucun prix. Pour sortir de cette situation, il n'eut d'autre issue que de quitter le Maghreb pour le Proche-Orient, en 1202.
Il séjourne à La Mekke deux ans, de 1202 à 1204, après avoir traversé rapidement l'Egypte et la Palestine, où il avait visité les sanctuaires de Jérusalem et d'Hébron. Il fut accueilli dans la capitale spirituelle de l'Islam par un vénérable shaykh iranien, qui se distinguait par la force de son esprit et la profondeur de sa science. Il fit aussi connaissance de la sœur de ce shaykh, également remarquable par sa piété et ses connaissances, et de sa fille, Niẓām, qui avait reçu du Ciel le triple don de la beauté, de la connaissance et de la sagesse.  De 1204 à 1223, le maître parcourt les différentes régions du monde musulman au Proche et au Moyen-Orient, sauf l'Iran qui était alors le théâtre des attaques mongoles. En 1204, il vint à Mossoul, où l'attirait l'enseignement du grand ṣūfi ‘Alī b. ‘Abd Allāh b. Djāmi‘ ; de lui il reçut la khirqa de Khiḍr, c'est-à-dire l'initiation immédiate où le Maître invisible et divin (al-Khiḍr) assume et résume la chaîne entière des initiateurs temporels. En 1206, il revint au Caire avec un groupe de ṣūfis andalous qui vivaient tous dans un quartier populaire, Zuqāq al-qanādīl. Un juriste le dénonça alors à l'autorité et réclama sa tête. Mais grâce à l'intercession d'un ami auprès du souverain ayyūbide al-Malik al-‘Adil, Ibn ‘Arabī fut libéré. Il prit alors de nouveau la route de La Mekke où l'accueillirent ses amis iraniens qu'il n'avait pas revus depuis trois ans. Il y séjourna jusqu'en 1210, puis repartit pour Qonya en Anatolie, où le sultan Kay-Khusraw Ier le reçut avec solennité. Un an plus tard il vint à Baghdād d'où il adressa, dans le courant de la même année 1211, au sultan Kay Kā'ūs de Qonya, à l'occasion de son accession au trône, un message politique dans lequel il l'exhortait à tenir bon devant les croisés et à s'occuper sérieusement des affaires de la communauté musulmane.
De 1224 jusqu'à sa mort, le maître est définitivement installé à Damas qu'il ne quittera plus que pour de rares visites de dévotion en Terre Sainte musulmane.. Il mourut à Damas, entouré de sa famille, de ses disciples et de ses proches, dans la nuit du vendredi 28 rabī‘II en l'an 638 de l'hégire (15 nov. 1241). Il fut inhumé dans le mausolée familial d'Ibn Zakī à Damas, dans le quartier al-Ṣāliḥiyya, au pied de la colline de Qāsiyūn. En 1517, le grand sultan ottoman Selīm Ier, après avoir conquis la Syrie et l'Égypte, fit construire à Damas une mosquée-mausolée à la mémoire de celui que le monde ottoman considérait depuis trois siècles comme un chef spirituel et un maître de pensée.

Mercredi 15 Juin 2016

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