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“IKRAM”, une égalité sous forme d’aumône

Le plan gouvernemental de Bassima Haqqaoui inquiète le mouvement féminin




“IKRAM”, une égalité sous forme d’aumône
Le mouvement féminin ne décolère pas. Depuis que la ministre islamiste Bassima Haqqaoui a présenté en conseil de gouvernement son «plan gouvernemental de l'égalité en perspective de la parité»,  les activistes des droits des femmes affichent leurs inquiétudes. «Une profonde déception». Au printemps de l’égalité, ce collectif qui regroupe plusieurs dizaines d’associations qui se battent pour les droits des femmes, on ne cache pas en tout cas son malaise à la lecture de ce plan fait de 143 mesures, 24 objectifs et 8 domaines «portant sur l'institutionnalisation et la promotion des principes d'équité, d'égalité en perspective de réaliser la parité ainsi que la lutte contre toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes».
Dès les premières lignes du plan Haqqaoui, il y a problème, affirment celles du mouvement féminin. « L’introduction évoque les étapes préparatoires qui ont conduit à l’élaboration de ce plan. La stratégie pour l’équité adoptée en 2006 est citée. Mais pas un mot sur l’agenda de l’égalité 2007-2013 conçu par la ministre PPS  Nouzha Skalli et présenté en Conseil de gouvernement en mars 2001. Cet agenda était alors un seuil minimal et un point de départ pour l’harmonisation des lois discriminatoires en vigueur. Il contenait une panoplie de mesures législatives, réglementaires, financières et éducatives requises pour éradiquer les discriminations et violences fondées sur le genre et pour promouvoir la culture de l’égalité et la pleine citoyenneté pour les femmes. Comment Bassima Haqqaoui a-t-elle pu à ce point se faire amnésique et rayer d’un trait ce qu’a réalisé son prédécesseur d’autant que son propre plan reprend près de 80% des propositions de l’ancienne ministre de la Famille?» s’interroge l’une des fondatrices de l’Association démocratique des femmes du  Maroc qui n’hésite pas à parler de «hold-up politique». Jointe au téléphone ce mardi matin, Nouzha Skalli, l’ex-ministre avocate de l’agenda de l’égalité, en appelle à « un minimum d’honnêteté intellectuelle ». « L’agenda de l’égalité existe. C’est une stratégie qui a été présentée devant les ministres réunis en Conseil de gouvernement sous la présidence d’Abbas El Fassi.
J’irai même plus loin en disant que j’avais conditionné mon vote en faveur de la déclaration gouvernementale d’Abdelilah Benkirane  à la référence claire à l’agenda de l’égalité dans le programme du gouvernement. Ce qui a été fait. Les documents officiels sont là pour en témoigner », a déclaré à « Libération », celle qui est députée et membre du bureau politique du PPS, parti de la majorité.

Sur le terrain de la morale et non pas des valeurs
universelles

C’est d’abord le nom générique de ce plan qui a fait grincer les féministes marocaines. Le plan de Bassima Haqqaoui est officiellement intitulé «plan gouvernemental de l’égalité en perspective de la parité». «Un tel intitulé montre qu’au ministère de la Famille, la Femme, la Solidarité et le Développement social, on n’a visiblement rien compris à la question de l’égalité et à la politique du genre. L’égalité est d’abord et avant tout un objectif et la parité est un moyen d’y arriver ! », s’exclame cette défenseure des droits des femmes, experte de la question de l’égalité hommes/femmes.
Les griefs des Marocaines qui se battent pour leurs droits  ne s’arrêtent pas là. Le plan gouvernemental de l’égalité a été baptisé «IKRAM» par Mme Bassima Haqqaoui. Une référence à la charité et à l’aumône que les féministes rejettent avec force et vivent comme une insulte aux valeurs universelles. «Nos droits ont été arrachés de haute lutte. Nous ne quémandons pas l’égalité, nous la revendiquons. Avec une telle expression, IKRAM, la ministre de la Femme se place dans une approche caritative et non pas de droits humains. Et cela nous inquiète profondément»,  soutient cette avocate impliquée dans la bataille des droits de la moitié de la société.
Autre reproche fait au plan «Haqqaoui», la volonté écrite noir sur blanc de «corriger l’image de la femme marocaine à l’étranger». A quoi pensent précisément la ministre islamiste et ses collaborateurs? «Cela nous a profondément choquées. Au lieu d’adopter des mesures pour que soient valorisées les compétences féminines, la ministre de la Femme en est toujours à l’image halal de la Marocaine qu’elle veut à tout prix véhiculer. Il est clair qu’elle fait référence aux Marocaines des pays du Golfe, alors qu’il est tellement plus important de mettre en valeur les compétences des femmes de ce pays. Bassima Haqqaoui est dans la morale et la vertu plutôt que dans la politique des genres», commente  cette membre de l’ADFM tout en réprouvant cette proposition de création d’un observatoire de la femme contenue dans le plan de l’égalité. « Un doublon avec l’autorité pour la parité et la lutte contre toutes les formes de discrimination, une institution indépendante prévue par la nouvelle Constitution. A moins que la ministre de la Femme et de la Famille ne veuille d’une instance qui soit placée sous ses ordres… », poursuit notre interlocutrice.
Sur la participation politique des Marocaines, le plan gouvernemental s’en tient aux principes généraux. Pas d’objectifs chiffrés, pas de deadline, pas de normes. « On est toujours dans les intentions, l’intention de tendre à la parité. Sauf que Mme Haqqaoui ne se fixe ni de chiffres ni de délais pour ce faire. Résultat: on est dans le slogan et rien d’autre!», s’indigne cette députée de l’Union socialiste des forces populaires.
Reste enfin la question de la violence faite aux femmes qui n’est plus inscrite comme domaine prioritaire. Elle apparaît désormais dans le volet de la lutte contre les discriminations. «Encore et toujours cette volonté de noyer la question de la femme dans des généralités. C’est peut-être pour cela que  le plan de l’égalité comprend étrangement un projet de loi sur les personnes handicapées. Ce n’est pas exactement ce qu’on attendait d’une stratégie censée porter l’égalité entre les hommes et les femmes. Bassima Haqqaoui y serait-elle allergique?», conclut cette activiste des droits des Marocaines.

Narjis Rerhaye
Mercredi 8 Mai 2013

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