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Huit ans après sa création, l’INDH encore en quête d’une ingénierie sociale




Huit ans après sa création, l’INDH encore en quête d’une ingénierie sociale
Depuis quelques années déjà, le mois de mai constitue une occasion pour établir un bilan et une évaluation sérieuse de  l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH). En général, les acteurs prenant part à cette dynamique, lancée par SM le Roi un 18 mai 2005, font leurs diagnostics et analyses concernant les réalisations et leurs limites. Naturellement, l’évaluation se focalise notamment sur le degré de respect des programmes prévus au niveau provincial, ce qui semble fausser quelque peu la donne. Car, cela ne rend aucunement compte de la pertinence ni de l’efficacité, encore moins du niveau de réussite d’une telle opération. De par la politique de ciblage suivie, il fallait procéder autrement. La franchise qui avait marqué le discours Royal, à savoir un diagnostic alarmant de la situation sociale, devait inspirer tous les acteurs. Le projet était d’une grande envergure. Il s’agissait au départ de  veiller à consacrer les principes de développement humain dans 360 communes rurales des plus pauvres au Royaume et 250 quartiers vivant dans la précarité.
Le principal crible pour juger de la réussite d’une telle action reste, à notre avis, et loin des réalisations concrètes, le principe ayant encadré l’Initiative. Le discours Royal du 18 mai est on ne peut plus explicite :  «Cette initiative s’inscrit dans la vision d’ensemble qui constitue la matrice de notre projet sociétal, modèle bâti sur les principes de démocratie politique, d’efficacité économique, de cohésion sociale et de travail, mais aussi sur la possibilité donnée à tout un chacun de s’épanouir en déployant pleinement ses potentialités et ses aptitudes».  Où en est-on aujourd’hui par rapport à cet esprit ? A-t-on atteint l’objectif de l’ingénierie sociale ?
Loin des statistiques, souvent édulcorées quant à la satisfaction des aspirations des populations, la réalité est  bien autre. En effet, après l’annonce de l’Initiative, les autorités concernées ont demandé aux présidents de communes et de quartiers pauvres de créer de nouvelles associations. A les en croire, celles qui opéraient sur le terrain, étaient cataloguées d’opposition, car trop critiques envers le modèle de développement suivi. Les nouveaux acteurs  associatifs allaient devenir ainsi, en grande partie, des «alliés» dociles voire soumis. La sélection des projets ne répondait donc plus à l’ingénierie sociale requise, mais  surtout à un certain partage de zones dans un objectif électoral ou à caractère tribal. Et souvent, le sentiment de non appropriation des projets réalisés dénote de l’absence d’une approche participative. L’esprit makhzénien planait et plane toujours sur les débats, les délibérations ou les décisions. Des simples visites aux communes de Sidi Ali de Bouânane ou encore d’Iknouen, vous mettent directement face à une dure réalité sociale pour ne pas dire sordide.  
Il faut dire qu’une grande majorité des nouvelles associations et des communes rurales ciblées n’avaient aucun pouvoir de délibération, ni de concertation, encore moins de compétence.  Elles se contentaient de recevoir « docilement » ou de dupliquer «paresseusement» des projets déjà admis ailleurs, sans adéquation avec la condition sociale et communautaire. A un certain moment, et vu les distorsions constatées entre les communautés et les projets montés, l’on s’est lancé, bon an mal an, dans un modèle de développement caritatif et d’assistanat. Les  gouverneurs de provinces et préfectures sont tellement influents qu’ils sont devenus  incontournables. Souvent les projets étaient accordés sur des considérations personnelles. Bref, l’on agissait et l’on agit encore dans beaucoup de régions  aux antipodes de la philosophie du discours Royal du 18 mai 2005.

Mustapha Elouizi
Samedi 1 Juin 2013

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