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Houda Benyamina : Je suis une cinéaste engagée, faire des films est le moyen de transformer ma colère en point de vue

La réalisatrice a secoué Cannes et ses mondanités




Porté par une intrigue haletante et un jeu d'actrices à l'énergie folle, "Divines" est un coup de poing venu des quartiers populaires, un film qui prend aux tripes. C’est à sa réalisatrice franco-marocaine Houda Benyamina qu’on doit le discours le plus féministe et guerrier du dernier
Festival de Cannes lorsqu’elle recevait la Caméra d’or.


Plus de 20 ans après le choc de "La Haine" (1995) de Mathieu Kassovitz, "Divines" a obtenu la Caméra d'or au dernier Festival de Cannes, récompensant le meilleur premier film.
L'actrice principale Oulaya Amamra, 20 ans, incarne Dounia, une jeune fille qui vit dans un camp de roms en marge d'une cité de la banlieue parisienne, et a décidé que, dans sa vie, tout serait possible. Quitte à faire parler les poings.
Elle forme un duo souvent hilarant, ados liées à la vie à la mort, avec Deborah Lukumuena, sa meilleure amie, la fille de l'imam du quartier. La drogue, la pauvreté et la relégation sont omniprésentes dans ce film de la Franco-Marocaine Houda Benyamina, 35 ans. Mais ici, nul misérabilisme ou discours social pesant. Le spectateur est happé par une histoire foisonnante, suivant les pas de Dounia qui quitte le lycée et s'émancipe de sa famille.
La mise en scène soignée fait appel à tous les registres du cinéma, offrant aussi de belles séquences chorégraphiées, lorsque Dounia tombe amoureuse d'un jeune danseur de son quartier. La question du rapport à la religion est abordée, tandis que le féminisme est une évidence : le caïd de la cité est une fille qui revendique tout naturellement les pouvoirs de l’homme. "Je suis une cinéaste engagée, faire des films est le moyen de transformer ma colère en point de vue", expliquait à l'AFP la réalisatrice à Cannes. Pour elle, son "besoin de créer vient toujours d'un sentiment d'injustice". "A l'origine du film, il y a eu les émeutes de 2005, que j'ai vécues de l'intérieur. J'ai raisonné mes proches, mais j'avais moi aussi envie de sortir et de tout défoncer", dit-elle.
"Je ne dirais pas pour autant que «Divines» est un film de révolte. C'est un constat", poursuit la réalisatrice, qui souligne avoir voulu "donner chair à cette jeunesse trop souvent stéréotypée et méconnue, dans toute son humanité".
Concernant son Prix au Festival de Cannes, la réalisatrice explique que «les gens voient cette distinction comme quelque chose de fulgurant, notamment à cause du discours que j’ai donné lors de la cérémonie. Je suis une laborieuse, je travaille beaucoup. Je n’ai pas vu de changement significatif dans ma vie, si ce n’est les petits regards lorsque je dépose mon enfant à l’école ! Au niveau du cinéma, je suis bien sûr beaucoup plus identifiée dans la profession», explique la jeune réalisatrice dans un entretien accordé à «Ouest France».
Pour ce qui est du financement d'un tel projet, Houda raconte que »ce n’était pas facile à concrétiser. «Franchement, ça a été un peu galère pour mon producteur. Quand on arrivait avec mon scénario, on nous disait que c'était un énième film de banlieue, confie Houda Benyamina. Quand il y a un énième film de Parisiens, on ne leur dit pas ça. Il y a un vrai combat à mener. Mon producteur s'est vraiment battu, battu. Il n'a pas lâché. C'est ça que j'aime chez mon producteur, Marc Benoit Créancier, il est tenace comme moi", souligne-t-elle. «J'espère que Divines va ouvrir les portes de confiance dans un cinéma d'auteur. Je ne fais pas un film de banlieue, je fais un film sur des êtres humains. De la même manière, je ne fais pas un film sur des femmes mais un film humaniste avant tout. Il y a des combats à mener», ajoute la jeune femme.
Concernant son histoire avec le cinéma, Houda Benyamina se remémore  qu’elle a eu «la chance d’avoir la télévision comme baby-sitter». «A la télé, j’ai pu découvrir des Sergio Leone, des Louis de Funès, des Jean-Pierre Melville, des comédies de grande qualité… Avant ça, quand j’avais 8 ans, mon instit avait monté Marius de Pagnol et m’y avait fait jouer. Après, pendant longtemps, j’ai cru que je voulais devenir comédienne. J’ai aussi un CAP de coiffure, ma scolarité a été chaotique», dit-elle dans une interview accordée à «Les Inrocks». Et d’ajouter : «Le déclic, ça a été un surveillant du lycée qui m’a fait connaître deux choses : «Voyage au bout de la nuit» de Céline et «Médée» de Pasolini. Deux grosses claques ! «Médée» a été un choc, ça réconciliait la peinture, la littérature, la poésie, la politique. Je n’avais pas l’habitude de ce cinéma-là. La Callas jouait Médée, du coup j’ai découvert son répertoire… J’avais 16 ans. Ensuite, ça s’est enchaîné, j’ai découvert, dans le désordre, les films de Jean Eustache, de Tod Browning, de Sacha Guitry…».

Mehdi Ouassat
Mercredi 21 Septembre 2016

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