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Houda Benmbarek : Les vifs débats sur la condition de la femme ne sont pas du goût du PJD




Experte dans le
domaine du genre, Houda Benmbarek est présente dans
les différentes
dynamiques initiées en Afrique du Nord. Elle a pu rajouter
à ces visions
académiques
et scientifiques cet aspect de terrain
lui permettant de s’enquérir des
réalités effectives… Son combat contre
le machisme est sans répit. Libé l’a
rencontrée.
Entretien.



Libé : Quelle est la particlarité du 8 mars de cette année?
Houda Benmbarek : Cette année, le 8 mars intervient, il faut le dire, dans un contexte assez particulier où la mainmise politique du PJD entraîne une régression en matière de droits des femmes.
La particularité de cette année consiste à rappeler que rien n’est jamais acquis.
Certes, des améliorations ont été constatées au cours de ces dernières années notamment à la faveur de tragiques événements qui ont ému l’opinion publique, comme par exemple l’abrogation de l’article 475 qui permettait au violeur d’épouser sa victime. A mon sens, ce sont des acquis à préserver et à exploiter, mais ils n’apporteront leurs fruits que lorsque la femme marocaine aura réussi à s'affirmer de manière durable. Cela passe par des réformes structurelles profondes comme l'éradication de l'analphabétisme et la lutte contre l'exclusion sociale, lesquels touchent une grande partie des citoyennes, en particulier dans les zones enclavées.
Un point positif est la quête de parité, d'égalité et de jouissance des droits humains.
Cette journée symbolique constitue l’occasion pour dresser un état des lieux de la dynamique d’empowerment et d'émancipation de la femme marocaine par les militantes des droits des femmes. Deux évènements majeurs marquent cette étape, notamment l'adoption de la Moudawana en 2004 et la Constitution de 2011 qui reconnaît l’égalité entre les genres (préambule et article 19 de la Constitution).
La journée du 8 mars est l’occasion de dresser le bilan des nombreuses injustices et inégalités : accès à l’emploi, niveaux des salaires, participation économique, politique, violences diverses, libertés, éducation, stéréotypes, harcèlement sexuel et violence contre les femmes, entre autres.  
Certains droits tendent à être socialement bafoués de manière progressive et certaines pratiques de violences sont de plus en plus banalisées et légitimées dans l’espace public.

Comment le gouvernement actuel a-t-il traité le dossier des droits des femmes ?
Depuis que le gouvernement a pris les rênes de l'Exécutif, la mise en œuvre des dispositions constitutionnelles a connu énormément de retard en matière de droits des femmes, spécifiquement la mise en place de mécanismes qui garantissent le respect des droits individuels et la jouissance des femmes marocaines de tous leurs droits.
Plusieurs préoccupations par rapport aux lenteurs ont été enregistrées au niveau de l'adoption des lois organiques et la promulgation d’une loi-cadre ou spécifique pour lutter contre toutes les formes de violence à l’égard des femmes. Il est temps de se pencher sur l’application de politiques nationales claires pour bannir les différentes formes de discrimination contre les femmes et promouvoir ainsi leurs rôles dans la société.
Il faut procéder à une révision du Code pénal et se mobiliser pour l’établissement d’un cadre juridique protégeant la femme de la violence sachant qu’un projet de loi définissant les différentes formes de violences conjugales a été déposé en 2010 au Parlement, mais il n’a toujours pas été adopté par les députés, ce qui suscite également des suspicions par rapport à la volonté réelle de ce gouvernement.-
Enfin, un vaste programme sur l’égalité hommes-femmes a été lancé par le ministère de la Femme, de la Famille et du Développement social. Il est financé par l’Union européenne mais il doit déjà pâtir du gel des relations entre l’UE et le Maroc.

La ministre Bassima Hakkaoui prétend défendre les droits des femmes alors que les militantes soulignent que son projet n’a aucun lien avec leurs droits et leurs revendications. Qu’en pensez-vous?
Les chiffres sur les violences faites aux femmes sont alarmants. Pourtant, la vision traditionaliste et le conservatisme du gouvernement continuent de bloquer au niveau du circuit législatif le projet  de loi visant à lutter contre les violences faites aux femmes.
Lors de ses sorties médiatiques Madame Bassima Hakkaoui a soutenu que le projet faisait partie des priorités de son cabinet.
Malgré de vifs débats qui gênaient les courants conservateurs du PJD et les revendications du mouvement des droits des femmes, nous ne savons rien sur le sort de la dite loi.
Cette situation suscite des interrogations voire une inquiétude envers l’attitude du gouvernement concernant le manque de prise en considération des différentes composantes de la société civile, des institutions nationales et internationales dans le processus d’élaboration du projet de loi.
J’ai l’intime conviction que nous devons continuer notre combat pour la promulgation d’une loi efficace et non d’un texte qui a été vidé de sa substance.

Quelle est la situation du développement au féminin au Maroc ?
L'égalité des genres et l'autonomisation des femmes et des filles sont intiment liées au développement durable. Plusieurs acquis ont été réalisés au profit de la femme, mais nombre de défis restent à relever sur les plans international, régional et national, et ce dans différents domaines.
Dans ce processus, la femme marocaine a été pendant longtemps marginalisée et reléguée au second plan. C’est l’émanation d’une vision profondément rétrograde sur le rôle et la place des femmes dans la société.
Sur le plan juridique, avant le Code de commerce de 1996, la femme n’avait pas le droit de disposer seule de l’usufruit de son travail, de gérer librement et de dépenser son argent sans autorisation de son mari.
Le développement au féminin au Maroc reste un phénomène récent et rare confronté au manque d’accès à l’information et au financement, ce qui explique un faible pourcentage d’entrepreneurs féminins et l’influence négative freinant la participation active des femmes à la vie économique.
Il est nécessaire de soutenir toute dynamique d’inspiration féminine et de protéger les droits et la dignité de la femme dont la participation au développement, notamment une amélioration de sa condition, sachant que la femme représente une force économique importante. Tout effort de développement qui exclut la moitié du potentiel humain d’un pays ne pourra aboutir et donner les résultats escomptés.
J’ajouterais qu’il faudra mettre en place un cadre de développement durable des ressources humaines, susceptible de valoriser les capacités de la femme et lui permettre d’occuper la place qui lui revient de droit au sein de la société.

Entretien réalisé par Mustapha Elouizi
Vendredi 11 Mars 2016

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