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Histoire du dormeur éveillé




Histoire du dormeur éveillé
Cela est si vrai qu’il n’y a personne au monde que vous à qui il soit permis de toucher cette pierre et de la lever pour y entrer. Il m’est même défendu d’y toucher et de mettre le pied dans le trésor quand il sera ouvert. Pour cela, il faut que vous exécutiez de point en point ce que je vous dirai, sans y manquer : la chose est de grande conséquence, et pour vous et pour moi. » Aladdin, toujours dans l’étonnement de ce qu’il voyait et de tout ce qu’il venait d’entendre dire au magicien de ce trésor qui devait le rendre heureux à jamais, oublia tout ce qui s’était passé. « Hé bien ! mon oncle, dit-il au magicien en se levant, de quoi s’agit-il ? Commandez, je suis tout prêt à obéir.
– Je suis ravi, mon enfant, lui dit le magicien africain en l’embrassant, que vous ayez pris ce parti ; venez, approchez-vous, prenez cet anneau et levez la pierre.
– Mais, mon oncle, reprit Aladdin, je ne suis pas assez fort pour la lever ; il faut donc que vous m’aidiez.
– Non, repartit le magicien africain, vous n’avez pas besoin de mon aide, et nous ne ferions rien, vous et moi, si je vous aidais : il faut que vous la leviez tout seul. Prononcez seulement le nom de votre père et de votre grand-père en tenant l’anneau, et levez, vous verrez qu’il viendra à vous sans peine. » Aladdin fit comme le magicien lui avait dit, il leva la pierre avec facilité, et il la posa à côté.
Quand la pierre fut ôtée, un caveau de trois à quatre pieds de profondeur se fit voir avec une petite porte et des degrés pour descendre plus bas. « Mon fils, dit alors le magicien africain à Aladdin, observez exactement tout ce que je vais vous dire. Descendez dans ce caveau ; quand vous serez au bas des degrés que vous voyez, vous trouverez une porte ouverte qui vous conduira dans un grand lieu voûté et partagé en trois grandes salles l’une après l’autre.
Dans chacune, vous verrez à droite et à gauche quatre vases de bronze, grands comme des cuves, pleins d’or et d’argent ; mais gardez-vous bien d’y toucher. Avant d’entrer dans la première salle, levez votre robe et serrez-la bien autour de vous ; quand vous y serez entré, passez à la seconde sans vous arrêter, et de là à la troisième, aussi sans vous arrêter. Sur toutes choses, gardez-vous bien d’approcher des murs et d’y toucher, même avec votre robe : car si vous y touchiez, vous mourriez sur-le-champ.
C’est pour cela que je vous ai dit de la tenir serrée autour de vous. Au bout de la troisième salle, il y a une porte qui vous donnera entrée dans un jardin planté de beaux arbres, tous chargés de fruits. Marchez tout droit et traversez ce jardin par un chemin qui vous mènera à un escalier de cinquante marches pour monter sur une terrasse.
Quand vous serez sur la terrasse, vous verrez devant vous une niche, et dans la niche une lampe allumée. Prenez la lampe et éteignez-la, et quand vous aurez jeté le lumignon et versé la liqueur, mettez-la dans votre sein et apportez-la-moi. Ne craignez pas de gâter votre habit, la liqueur n’est pas de l’huile, et la lampe sera sèche dès qu’il n’y en aura plus. Si les fruits du jardin vous font envie, vous pouvez en cueillir autant que vous voudrez, cela ne vous est pas défendu. »
En achevant ces paroles, le magicien africain tira un anneau qu’il avait au doigt, et il le mit à l’un des doigts d’Aladdin en lui disant que c’était un préservatif contre tout ce qui pourrait lui arriver de mal, en observant bien tout ce qu’il venait de lui prescrire. « Allez, mon enfant, lui dit-il après cette instruction, descendez hardiment; nous allons être riches l’un et l’autre pour toute notre vie. » Aladdin sauta légèrement dans le caveau et il descendit jusqu’au bas des degrés. Il trouva les trois salles dont le magicien africain lui avait fait la description ; il passa au travers avec d’autant plus de précaution qu’il appréhendait de mourir s’il manquait à observer soigneusement ce qui lui avait été prescrit.
Il traversa le jardin sans s’arrêter, monta sur la terrasse, prit la lampe allumée dans la niche, jeta le lumignon et la liqueur, et en la voyant sans humidité, comme le magicien le lui avait dit, il la mit dans son sein. Il descendit de la terrasse et il s’arrêta dans le jardin à en considérer les fruits, qu’il n’avait vus qu’en passant. Les arbres de ce jardin étaient tous chargés de fruits extraordinaires.
Chaque arbre en portait de différentes couleurs. Il y en avait de blancs, de luisants et transparents comme le cristal ; de rouges, les uns plus chargés, les autres moins ; de verts, de bleus, de violets, de tirant sur le jaune et de plusieurs autres sortes de couleurs. Les blancs étaient des perles; les luisants et transparents, des diamants; les rouges les plus foncés, des rubis; les autres moins foncés, des rubis balais; les verts, des émeraudes ; les bleus, des turquoises; les violets, des améthystes; ceux qui tiraient sur le jaune, des saphirs; et ainsi des autres. Et ces fruits étaient d’une grosseur et d’une perfection à quoi on n’avait vu rien de pareil dans le monde. Aladdin, qui n’en connaissait ni le mérite ni la valeur, ne fut pas touché de la vue de ces fruits, qui n’étaient pas de son goût, comme l’eussent été des figues, des raisins et les autres fruits excellents qui sont communs dans la Chine.
(A suivre)

Libé
Samedi 31 Août 2013

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