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Histoire d’Aladdin ou la lampe merveilleuse




Histoire d’Aladdin ou la lampe merveilleuse
Princesse, répondit la femme esclave en riant toujours, qui pourrait s’empêcher de rire en voyant un fou, avec un panier au bras, plein de belles lampes toutes neuves, qui ne demande pas à les vendre, mais à les changer contre des vieilles ? Ce sont les enfants, dont il est si fort environné qu’à peine peut-il avancer, qui font tout le bruit qu’on entend en se moquant de lui. » Sur ce récit, une autre femme esclave, en prenant la parole : «A propos de vieilles lampes, dit-elle, je ne sais si la princesse a pris garde qu’en voilà une sur la corniche. Celui à qui elle appartient ne sera pas fâché d’en trouver une neuve au lieu de cette vieille. Si la princesse le veut bien, elle peut avoir le plaisir d’éprouver si ce fou est véritablement assez fou pour donner une lampe neuve en échange d’une vieille sans rien demander de retour».
La lampe dont la femme esclave parlait était la lampe merveilleuse dont Aladdin s’était servi pour s’élever au point de grandeur où il était arrivé, et il l’avait mise lui-même sur la corniche avant d’aller à la chasse, dans la crainte de la perdre, et il avait pris la même précaution toutes les fois qu’il y était allé. Mais ni les femmes esclaves, ni les eunuques, ni la princesse même n’y avaient fait attention une seule fois jusqu’alors pendant son absence. Hors du temps de la chasse il la portait toujours sur lui.
On dira que la précaution d’Aladdin était bonne, mais au moins qu’il aurait dû enfermer la lampe. Cela est vrai, mais on a fait de semblables fautes de tout temps, on en fait encore aujourd’hui, et l’on ne cessera d’en faire. La princesse Badroulboudour, qui ignorait que la lampe fût aussi précieuse qu’elle l’était, et qu’Aladdin, sans parler d’elle-même, eût un intérêt aussi grand qu’il l’avait qu’on n’y touchât pas et qu’elle fût conservée, entra dans la plaisanterie, et elle commanda à un eunuque de la prendre et d’en aller faire l’échange. L’eunuque obéit : il descendit du salon, et il ne fut pas plutôt sorti du palais qu’il aperçut le magicien africain.
Il l’appela, et quand il fut venu à lui, et en lui montrant la vieille lampe : « Donne-moi, dit-il, une lampe neuve pour celle-ci. » Le magicien africain ne douta pas que ce ne fût la lampe qu’il cherchait. Il ne pouvait pas y en avoir d’autre dans le palais d’Aladdin, où toute la vaisselle n’était que d’or ou d’argent. Il la prit promptement de la main de l’eunuque, et après l’avoir fourrée bien avant dans son sein, il lui présenta son panier et lui dit de choisir celle qui lui plairait. L’eunuque choisit, et, après avoir laissé le magicien, il porta la lampe neuve à la princesse Badroulboudour.
Mais l’échange ne fut pas plutôt fait que les enfants firent retentir la place de plus grands éclats qu’ils n’avaient encore faits, en se moquant, selon eux, de la bêtise du magicien. Le magicien africain les laissa criailler tant qu’ils voulurent. Mais sans s’arrêter plus longtemps aux environs du palais d’Aladdin, il s’en éloigna insensiblement et sans bruit, c’est-àdire sans crier et sans parler davantage de changer des lampes neuves pour des vieilles : il n’en voulait pas d’autres que celle qu’il emportait, et son silence fit que les enfants s’écartèrent et qu’ils le laissèrent aller. Dès qu’il fut hors de la place qui était entre les deux palais, il s’échappa par les rues les moins fréquentées, et comme il n’avait plus besoin des autres lampes ni du panier, il posa le panier et les lampes au milieu d’une rue où il vit qu’il n’y avait personne. Alors, dès qu’il eut enfilé une autre rue, il pressa le pas jusqu’à ce qu’il arrivât à une des portes de la ville.
En continuant son chemin par le faubourg, qui était fort long, il fit quelques provisions avant qu’il en sortît. Quand il fut dans la campagne, il se détourna du chemin, dans un lieu à l’écart hors de la vue du monde, où il resta jusqu’au moment qu’il jugea à propos pour achever d’exécuter le dessein qui l’avait amené. Il ne regretta pas le barbe qu’il laissait dans le khan où il avait pris logement : il se crut bien dédommagé par le trésor qu’il venait d’acquérir. Le magicien africain passa le reste de la journée dans ce lieu, jusqu’à une heure de nuit que les ténèbres furent le plus obscures. Alors il tira la lampe de son sein et il la frotta. À cet appel, le génie lui apparut. « Que veux-tu ? lui demanda le génie, me voilà prêt à t’obéir comme ton esclave et de tous ceux qui ont la lampe à la main, moi et ses autres esclaves.
(A suivre)

Libé
Mardi 15 Octobre 2013

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