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Histoire d’Aladdin ou la lampe merveilleuse




Histoire d’Aladdin ou la lampe merveilleuse
Quoiqu’elle fût dans un âge un peu avancé, on y observait encore des traits qui faisaient assez connaître qu’elle avait été du nombre des belles dans sa jeunesse. Le sultan, qui l’avait toujours vue habillée fort simplement, pour ne pas dire pauvrement, était dans l’admiration de la voir aussi richement et aussi magnifiquement vêtue que la princesse sa fille. Cela lui fit faire cette réflexion, qu’Aladdin était également prudent, sage et entendu en toute chose.
Quand la nuit fut venue, la princesse prit congé du sultan son père. Leurs adieux furent tendres et mêlés de larmes ; ils s’embrassèrent plusieurs fois sans se rien dire, et enfin la princesse sortit de son appartement et se mit en marche avec la mère d’Aladdin à sa gauche, et suivie de cent femmes esclaves habillées d’une magnificence surprenante. Toutes les troupes d’instruments, qui n’avaient cessé de se faire entendre depuis l’arrivée de la mère d’Aladdin, s’étaient réunies et commençaient cette marche. Elles étaient suivies par cent tchaoux et par un pareil nombre d’eunuques noirs en deux files, avec leurs officiers à leur tête.
Quatre cents jeunes pages du sultan, en deux bandes, qui marchaient sur les côtés en tenant chacun leur flambeau à la main, faisaient, une lumière qui, jointe aux illuminations tant du palais du sultan que de celui d’Aladdin, suppléait merveilleusement au défaut du jour. Dans cet ordre, la princesse marcha sur le tapis étendu depuis le palais du sultan jusqu’au palais d’Aladdin, et à mesure qu’elle avançait, les instruments qui étaient à la tête de la marche, en s’approchant et en se mêlant avec ceux qui se faisaient entendre du haut des terrasses du palais d’Aladdin, formèrent un concert qui, tout extraordinaire et confus qu’il paraissait, ne laissait pas d’augmenter la joie non-seulement dans la place, remplie d’un grand peuple, mais même dans les deux palais, dans toute la ville et bien loin au-dehors. La princesse arriva enfin au nouveau palais, et Aladdin courut, avec toute la joie imaginable, à l’entrée de l’appartement qui lui était destiné pour la recevoir.  La mère d’Aladdin avait eu soin de faire distinguer son fils à la princesse au milieu des officiers qui l’environnaient, et la princesse, en l’apercevant, le trouva si bien fait qu’elle en fut charmée. « Adorable princesse, lui dit Aladdin en l’abordant et en la saluant très respectueusement, si j’avais le malheur de vous avoir déplu par la témérité que j’ai eue d’aspirer à la possession d’une si aimable princesse, fille de mon sultan, j’ose vous dire que ce serait à vos beaux yeux et à vos charmes que vous devriez vous en prendre, et non pas à moi.
– Prince, que je suis en droit de traiter ainsi à présent, lui répondit la princesse, j’obéis à la volonté du sultan mon père, et il me suffit de vous avoir vu pour vous dire que je lui obéis sans répugnance. » Aladdin, charmé d’une réponse si agréable et si satisfaisante pour lui, ne laissa pas plus longtemps la princesse debout après le chemin qu’elle venait de faire, à quoi elle n’était point accoutumée : il lui prit la main, qu’il baisa avec une grande démonstration de joie, et il la conduisit dans un grand salon éclairé d’une infinité de bougies, où, par les soins du génie, la table se trouva servie d’un superbe festin. Les plats étaient d’or massif et remplis des viandes les plus délicieuses.
Les vases, les bassins, les gobelets, dont le buffet était très-bien garni, étaient aussi d’or et d’un travail exquis. Les autres ornements et tous les embellissements du salon répondaient parfaitement à cette grande richesse. La princesse, enchantée de voir tant de richesses rassemblées dans un même lieu, dit à Aladdin : « Prince, je croyais que rien au monde n’était plus beau que le palais du sultan mon père ; mais, à voir ce seul salon, je m’aperçois que je me suis trompée. – Princesse, répondit Aladdin en la faisant mettre à table à la place qui lui était destinée, je reçois une si grande honnêteté comme je le dois, mais je sais ce que je dois croire. »
 (A suivre)

Libé
Vendredi 4 Octobre 2013

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