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Henri Ribeiro, un Mazaganais, ould Lebled




C’est à l’occasion de la dernière assemblée générale de l’Amicale des Anciens de Mazagan tenue le 4 octobre dernier à Rosas (sud de l’Espagne) que j’ai rencontré Henri Ribeiro, un ancien de Mazagan. A chacune de nos discussions, je sentais son attachement à sa ville natale : El Jadida. Et c’est lors d’une promenade agréable le long de la corniche de Rosas qu’Henri m’a raconté, en arabe marocain, quelques bribes de son histoire familiale à El Jadida. De ses propos, une constante revient souvent : le Maroc est un beau pays. Voici des bribes de son histoire.
 
Henri Ribeiro est un pur produit du Mazagan cosmopolite : Marocain par la naissance, Portugais par son père, Espagnol par sa mère et Français par choix et par la culture. Il était tout cela, mais à 17 ans, en 1960, l’adolescent Henri se posa la question essentielle : Qui suis-je ?
Le père d’Henri était Portugais mais, arrivé à El Jadida à 7 ans, il n’avait donc jamais vraiment connu le Portugal. Sa mère, espagnole, était née au Maroc. Les parents d’Henri se sont mariés à El Jadida en 1940 et ont eu deux enfants : Henri, né en novembre 1943, et son frère Jean-Marie en juillet 1945. Son père Ignacio, ou Nacio pour les Marocains, était chef de fabrication à la conserverie de sardines Pimag de 1948 à 1958.
Mais l’histoire de la famille au Maroc remonte à 1925. C’est cette année-là que les deux grands-parents Ribeiro, qui vivaient à Villa Réal au sud du Portugal, s’expatrièrent au Maroc avec leurs deux enfants : le père d’Henri, qui était encore gamin, et sa sœur qui épousa, par la suite, M. Puig. La famille habita au numéro 2 de la rue de Provence.
Le grand-père a alors travaillé comme directeur de fabrication  pour les Conserveries de Bordeaux et la grand-mère était employée également dans cette usine située près du château Buisson. Elle travaillait avec les ouvrières dans le contrôle des boîtes de sardines, en bout de chaîne. Une centaine de Marocaines travaillaient à préparer les sardines avant leur mise en boîtes.
Des années plus tard, les Conserveries de Bordeaux  fermèrent cette usine. Le grand-père  et le père travaillèrent ensuite, en 1948, pour une autre firme : les Conserveries Pimag (Pêcheries industrielles mazaganaises). L’usine se trouvait elle aussi près du château Buisson et appartenait à Mme Chalencon et M. Rivault. Le directeur était M. Darrigrand.
Le soir à la maison, ou dans la nuit, le père communiquait par téléphone avec les différents bateaux en mer pour connaître le tonnage de leurs pêches et réserver le poisson pour l’usine. Il se rendait ensuite au port d’El Jadida pour rencontrer les patrons de pêche et conclure les transactions. Il gérait aussi avec les transporteurs l’acheminement vers l’usine des tonnes de sardines et de thons.
Du côté maternel, le grand-père  d’Henri était de nationalité espagnole et la grand-mère de nationalité française. Ils venaient tous deux d’Oran et avaient une famille très nombreuse. Sa mère Jeanne Lopez, la plus jeune des enfants, est née en 1922 au quartier Bendriss à El Jadida où elle a habité pendant une bonne partie de sa jeunesse. Sa sœur aînée, Dolorès, épousa M. Sintes.
L’activité de l’usine Pimag a été très forte à une certaine époque. Elle a ensuite connu une stratégie de diversification (conserve de petits pois et récolte d’algues) mais cela ne parvint pas à éviter la fermeture de l’usine. En 1960, le père travailla ensuite à Algenas Maroc à El Jadida.
La mère d’Henri a travaillé de 1957 à 1965, comme contremaîtresse, à l’usine de jeans SCIM (Société de confection industrielle de Mazagan) près du château Buisson. Le directeur était  M. Lamouliatte et y travaillaient aussi Mme Reyna, Mme Diaz, Santoja et André Diaz (dit Dédé). La famille habitait alors près de la place Moulay Hassan où se déroulaient de nombreuses fêtes et où s’installaient les cirques Amar et Bouglione. Ils étaient voisins de familles musulmanes, juives et chrétiennes comme les Lahlali, Gaillard, Haziza, Karoutchi, Zinifi et Chaouia.
Le père d’Henri aimait beaucoup le football et assistait à presque tous les matchs au grand stade de Mazagan. Il jouait aussi comme gardien de but dans l’équipe des vétérans avec les frères Lopez, Sanchez, Fornes et Puglisi. Plusieurs matchs se déroulaient aussi au stade du lycée Ibn Khaldoun. Au café Yacoubi, il suivait les grands matchs de football retransmis à la télé et, par la même occasion, il retrouvait ses amis : Valenton, Slowick, Ansado, Sanchez, Nassiri et Ramos. Il organisait également des concours de cartes clôturés parfois par des méchouis.
Le jeune Henri et son frère pratiquèrent le judo dans la salle des sports sous la houlette de son professeur M. Yacoubi. Il y avait avec eux Mostafa Eddebagh, Alain Bernaben, et ses cousins José et Claude Sintes. Son frère a été champion du Maroc de judo à Casablanca en 1964 et a été le plus jeune ceinture noire du Maroc. Il a remporté de nombreux galas à El Jadida, Meknès, Youssoufia, Khouribga, Casablanca et Rabat.
Les parents Ribeiro partirent ensuite à Casablanca où son père  travailla  comme chauffeur grand routier,  pour les établissements Marti et ensuite à la société Agrupac (Transports  de fruits et agrumes). Il faisait les distances de Casablanca  à Tanger et de Casablanca à Agadir   et jusqu’à Tan Tan.
Henri, lui, suivra une formation pédagogique avec le ministère de l’Education Nationale marocain et enseigna pendant deux ans  à l’école de Smamda et de Had ouled Frej dans la région d’El Jadida.
Mais à un certain moment, il lui fallut faire un choix pour son avenir. Jusqu’alors il faisait toutes ses démarches administratives au consulat du Portugal à Safi auprès de M. Dahan. Mais, il décida de prendre la nationalité française par le biais du service militaire. C’est ce qu’il fit et, après sa libération en 1965, il décida de travailler et de vivre à Paris. Il y exerça pendant plus de 40 ans dans le secteur de l’automobile. Il s’est marié avec son amie d’enfance née elle aussi à El Jadida, et qui a vécu des années à Sidi Bennour. Aujourd’hui, Henri vit toujours sa retraite dans la région parisienne et ne cesse de fouiller dans ses archives et dans sa mémoire à la recherche de ses plus belles années au Maroc et de tous ses amis mazaganais dont le souvenir ne l’a jamais quitté : Bouchaïb Lahlali, Driss Amor, Driss Serraj, Aziz Mohamedi, Mostafa Eddebagh, Mostafa Hcine, Wadjiny, Salvagnac, Guilabert, Rizzo, Bensimon et de tant d’autres encore…Pourquoi ? Sans doute parce que l’on ne guérit jamais tout à fait de sa jeunesse marocaine.

Par Mustapha Jmahri (Ecrivain)
Vendredi 4 Décembre 2015

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