Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Hayatou : Dernier indéboulonnable du football




“Insubmersible", "éternel"...: à 70 ans, le Camerounais Issa Hayatou, dernier dignitaire du foot mondial épargné par les affaires qui ont emporté Sepp Blatter et Michel Platini, brigue un 8e mandat à la tête de la Confédération africaine (CAF) qu'il préside depuis 1988.
Roi d'Afrique, il l'est dans le foot. Prince, le natif de Garoua (nord du Cameroun) l'est par son père, "lamido" (chef traditionnel) de cette ville fondée par les Peuls, où il est né le 9 août 1946.
Musulmane, fortunée, l'influence de sa famille dépasse largement les frontières de Garoua et du Nord, parent pauvre du pays par rapport à l'axe Yaoundé-Douala.
Son clan est assez proche du parti au pouvoir du président Paul Biya, lui-même aux affaires depuis 1982. Un de ses frères, Sadou Hayatou, a été Premier ministre de 1991 à 1992. Un autre, Alim Garga Hayatou, occupe depuis de nombreuses années le poste de secrétaire d'Etat à la Santé, en même temps qu'il a hérité du titre de lamido de Garoua.
Entre le siège de la CAF au Caire et ses nombreux voyages, Hayatou se tient en retrait de la scène nationale. Ses rencontres officielles avec le président Paul Biya sont rares. "Il a toujours bénéficié du soutien du chef de l'Etat et du gouvernement", assure néanmoins son compatriote Junior Binyam, directeur des médias à la CAF.
Etudes primaires et secondaires à Garoua, baccalauréat à Douala, Hayatou préfère contre toute attente passer un diplôme de professeur de sport plutôt que de bénéficier d'une bourse à l'étranger pour des études d'architecture.
"Ça a été un scandale dans la famille. Je voulais faire du sport, c'était ma passion", a confié l'ex-athlète et basketteur à Jeune Afrique. Le jeune professeur exerce au lycée Général Leclerc de Yaoundé, l'établissement des bonnes familles du pays.
A 28 ans seulement, Hayatou est nommé en 1974 secrétaire général de la Fédération camerounaise de football. Onze ans après, il en devient le président, après un passage au poste de directeur des Sports au ministère.
Alors que Roger Milla et ses équipiers portent haut les couleurs du Cameroun et de l'Afrique, Hayatou s'empare de la présidence de la Confédération africaine de football (CAF) en 1988.
L'un des témoins de son ascension a été le ministre camerounais des Sports de l'époque, Ibrahim Mbombo Njoya, un autre dignitaire traditionnel, actuel sultan du royaume des Bamoun. "A eux deux ils ont organisé le football au Cameroun", se souvient le Français Claude Le Roy, sélectionneur des Lions indomptables à deux reprises dans les années 1980 et 90.
Trente ans plus tard, le roi Hayatou s'accroche toujours au pouvoir, à l'image des présidents de son Afrique centrale natale, malgré une transplantation rénale fin 2015.
Personnage controversé, soupçonné notamment d'avoir accepté de l'argent en échange d'un soutien au Qatar pour l'obtention du Mondial-2022, Hayatou a toujours rejeté ces accusations. L'Africain n'a jamais été sanctionné par la Fifa, dont il a assumé la présidence par intérim après la suspension de Blatter.
Parmi les ombres à son parcours, on trouve un blâme infligé par le Comité international olympique, dont il est devenu membre en 2001, pour avoir perçu de l'argent de la société de marketing ISL, en charge du marketing de la Fifa et disparue dans une faillite retentissante en 2001.
Lui a aussi été reprochée sa réaction au retrait du Togo de la CAN-2010, après que le bus de la sélection a été victime d'une fusillade dans l'enclave de la Cabinda (bilan: deux morts dans le staff). La CAF avait d'abord suspendu le Togo, avant de revenir sur sa décision.
Son bilan marketing à la tête de la CAF est généralement salué. "Issa Hayatou a réussi à commercialiser ses compétitions", souligne son compatriote, l'ancien gardien de but Joseph-Antoine Bell. S'il est réélu, Hayatou va devoir faire face à une demande croissante d'organiser la CAN en juin et non plus en janvier.
Une autre ex-star des Lions, Samuel Eto'o, a osé plaider lui pour des changements à la tête de la CAF dans un récent entretien à Jeune Afrique: "La CAF est à un certain niveau de revenus financiers. Elle est respectée, au sein de la Fifa par exemple. Mais il faudrait apporter plus de fraîcheur pour ouvrir d'autres horizons. Tenter autre chose à la tête de la CAF n'est donc pas une mauvaise idée"... Roi d'Afrique, Hayatou ne serait-il plus prophète en son pays?

Jeudi 16 Mars 2017

Lu 534 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant, Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toutes circonstances, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.

Actualité | Monde | Société | Régions | Horizons | Economie | Culture | Sport | Ecume du jour | Entretien | Vidéo | Expresso | En toute Libé | L'info | People | Editorial | Post Scriptum | Billet | High-tech | Vu d'ici | Scalpel | TV en direct | Chronique littéraire | Billet | Portrait | Au jour le jour | Edito









Votre navigateur ne supporte pas le format iframe
Votre programme TV avec Télé-Loisirs