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Haut-Karabagh : y a-t-il une solution au conflit ?




Région coincée sur la frontière azéri-arménienne, habitée par une majorité arménienne mais contrôlée pendant 70 ans par le régime de la république socialiste soviétique d’Azerbaïdjan, le territoire du Haut-Karabagh est l’objet de toutes les convoitises entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. La confrontation entre les deux pays reste très dure : l’Arménie veut que ce territoire soit reconnu à ses compatriotes qui l’habitent, et l’Azerbaïdjan veut maintenir son intégrité territoriale. La communauté internationale a, depuis quelques années, semblé vouloir trouver une solution à ce conflit. Mais le jeu des grandes puissances le permettra-t-il ?
Après une longue série d’abus et violences réciproques, en 1991 le Haut-Karabagh – encore territoire azéri – se déclarait indépendant unilatéralement, avec le soutien militaire arménien. Aujourd’hui, il reste occupé par l’armée arménienne et entouré par les soldats azéris : entre les deux contingents demeure un cessez-le-feu très fragile, souvent violé. Les deux pays réclament la souveraineté sur différentes bases historiques – tous deux soutiennent être le possesseur légitime de la région.
On voit que de la difficulté de résolution de cette situation réside d’abord dans les différences d’interprétation des événements historiques et de leurs sources, déjà à partir des origines de la dispute en 1920 – quand l’URSS donnait le Haut-Karabagh à l’Azerbaïdjan avec le statut de « région autonome ». L’Arménie soutient la thèse que Moscou divisait le territoire de cette manière pour montrer un visage amical à la Turquie, en espérant un succès bolchevique là-bas aussi ; de Bakou les historiographes contestaient cela, liant cette subdivision aux divisions territoriales remontant à l’Empire Russe.
Les conflits se sont ravivés à partir de la fin des années 80, lors de la crise de cohésion de l’URSS. Les autorités locales de la RSS arménienne et du Karabagh lançaient un referendum pour décider si la région devait sortir du contrôle de Bakou. Sans oublier que les azéris ont boycotté le referendum, le peuple s’est exprimé en faveur de l’indépendance : cette décision signait le début d’une série de violences entre les deux populations, qui s’accusaient réciproquement de vouloir déstabiliser la région et d’étendre l’influence des pays respectifs. Ensuite, après que les autorités du Karabagh et d’Erevan se sont accordées pour intégrer la région dans l’Arménie, les violences ont continué. Le point maximum de la crise arriva en 1991, quand le Haut-Karabagh s’est déclaré indépendant.
 
Au vu de l’incompatibilité des positions des deux pays, la communauté internationale a cherché plusieurs fois une solution pacifique.
Le Conseil d’Europe et l’UE ont condamné l’Arménie pour l’invasion du Karabagh. 39 pays de l’ONU ont reconnu, au sein de l’organisation, la souveraineté azérie, même si cela s’est fait sans le soutien des pays du Groupe de Minsk. Ce dernier, dirigé par France, les USA et la Russie, a cherché plusieurs fois, à partir de 1994, à activer un processus de paix faisable. Le Groupe, au-delà de demander lui aussi le retrait des arméniens, a proposé à plusieurs reprises un nouveau referendum pour l’indépendance (idée refusée auparavant par les arméniens et ensuite par les azéris), puis un projet de Karabagh autonome sous gouvernement azéri, pour préparer une future indépendance. L’OCI a aussi soutenu les revendications azéries, en invoquant le retrait de l’armée arménienne du Karabagh avec deux résolutions. Malheureusement, toutes ces médiations n’ont jamais produit de résultats tangibles.
Bien des raisons expliquent le fiasco de ces initiatives. En théorie, l’idée d’un referendum reste la plus démocratique, mais les précédents démontrent que les résultats obtenus peuvent produire une situation la plus loin possible d’une solution pacifique. En outre, le Président azéri Aliyev a souvent exprimé son opposition à un futur referendum. Au contraire, proposer aux arméniens encore une fois un Karabagh « azéri » est difficile, car ils n’ont aucune confiance en la bonne foi de leurs voisins, en rappelant l’obscur passé soviétique.
Pour trouver la vraie solution au blocage de cette situation, il faut la voir sous un angle différent.
Il faut rappeler que deux des acteurs principaux du processus de paix – USA et Russie – ont des intérêts directs divergents dans la région. Il est intéressant de voir comment Moscou, partie d’un soutien à l’Azerbaïdjan, en particulier durant la période soviétique, va ensuite soutenir militairement le gouvernement d’Erevan, quand les USA entretiennent de bons rapports avec Bakou. Même si officiellement l’Azerbaïdjan est sur la liste des gouvernements « ennemis » des USA, il semble que cela ne pose aucun problème à Washington d’y organiser des exercices communs entre les armées azérie et américaine, à coté de la fourniture directe d’armes. Cela s’explique par l’intérêt américain toujours vif à isoler la Russie.
Sur ces bases, la Russie veut éviter que les azéris, vu leur capacité militaire supérieure par rapport aux arméniens (avec ou sans le soutien américain), puissent établir un rôle de leadership dans le Caucase. Le Kremlin a aussi des intérêts divergents de ceux de Bakou sur la question du pétrole et du gaz, sur laquelle les azéris sont très près des USA et du Royaume-Uni – on pense bien sûr au pipeline BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan). Le succès de ce pipeline se traduirait par un coup très dur porté aux projets d’« expansion énergétique mondiale » de Moscou – notamment, les projets North et South Stream et l’expansion de Gazprom dans le Caucase et en Asie. On comprend ainsi l’action russe en faveur des Arméniens. Mais en même temps, le Kremlin ne peut pas « exagérer » son opposition à Bakou, car il a en Azerbaïdjan encore beaucoup d’intérêts économiques, notamment, la compagnie pétrolière Lukoil. Par ailleurs, une opposition directe à Bakou signifierait perdre définitivement l’Azerbaïdjan aux américains. Du côté de Washington, il en va de même pour l’Arménie.
 
Sur ces bases, c’est donc le statu quo qui règne et le processus de paix ne pourra jamais être mené avec succès, car les acteurs majeurs que sont les grandes puissances sont trop impliqués au niveau politique et économique pour proposer et soutenir une pacification efficace.

 * Economiste de l’Université Federico II à Naples en Italie.

Par Giuliano Luongo *
Vendredi 16 Septembre 2011

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