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Haro sur le harcèlement moral

Les caractéristiques du mobbing : confrontation, brimades et sévices, dédain de la personnalité et répétition fréquente des agressions sur une assez longue durée




A la veille de la Journée internationale de la non-violence, organisée comme à l’accoutumée, le 2 octobre de chaque année, certains médias ont traité, tout récemment, d’une certaine forme de violence à savoir le harcèlement moral.
En effet, s’il est vrai que le sujet de cet article a été choisi et traité par notre confrère l’hebdomadaire indépendant tunisien « Réalités » la semaine dernière et à la Une, il n’en demeure pas moins que le fléau en question ne sévit pas que dans la région du Maghreb uniquement; mais il traverse les frontières pour attaquer et menacer différents employés de par le monde.
De même, si notre confrère tunisien a tenu à titrer son article « A quand une loi contre le harcèlement moral au travail ? », un autre média, marocain cette fois-ci, avait précédemment choisi, « A quand la pénalisation du harcèlement moral au Maroc ?». C’est dire que ce sujet se doit d’interpeller les instances concernées par la promulgation de lois relatives au « droit à la dignité au travail » afin que le harcèlement moral soit reconnu comme un délit à l’instar de l’article 1152-1 du Code du travail français.
Toujours est-il que, sous les cieux marocains, le phénomène fait tache d’huile, d’où l’intérêt des témoignages et conseils sous-mentionnés qui s’adressent, d’abord et avant tout, à tous ceux qui ne savent pas ce que c’est que subir un harcèlement moral mais également aux pauvres victimes afin de les encourager à y faire face.
Contacté par Libé,   un psychologue opérant à Casablanca et ayant requis l’anonymat, nous a défini le harcèlement moral sous toutes ses coutures en explicitant la problématique tel un dictionnaire : «Le harcèlement moral est une conduite abusive qui par des gestes, paroles, comportements, attitudes répétées ou systématiques vise à dégrader les conditions de vie et/ou conditions de travail d'une personne. Ces pratiques peuvent causer des troubles psychiques ou physiques mettant en danger la santé de la victime (homme ou femme) ».
Et de préciser que le harcèlement moral est une technique de destruction, se rapportant, dans la foulée, au psychologue du travail, Heinz Leymann qui le définit, lui, en 1993 comme un processus de harcèlement d'une victime par un ou plusieurs persécuteurs à la suite d'un conflit banal. En fait, pour cet expert suédois, il s'agit d'un processus auto-entretenu et répété sur une longue période qui se manifeste notamment par des comportements, des paroles, des gestes, des écrits unilatéraux, de nature à porter atteinte à la personnalité, à la dignité ou à l'intégrité physique ou psychique de l'autre, expliquant qu’il a un effet destructeur sur l'équilibre psychique de l'individu et sur son insertion sociale.
«Les caractéristiques du « mobbing » (harcèlement en langue anglaise) sont les suivantes : confrontation, brimades et sévices, dédain de la personnalité et répétition fréquente des agressions sur une assez longue durée », fait-il ressortir ajoutant que cette forte pression aboutit presque toujours à une exclusion du salarié victime et aussi à de graves troubles psychiques ou physiques car, somme toute, le travail ne serait qu’une excuse pour disqualifier personnellement l’employé.
Interrogé sur la question, Me Hassan Enouassi, avocat près la Cour de Casablanca, nous a éclairés en affirmant que le harcèlement moral peut revêtir plusieurs formes comme le dénigrement du travail accompli, le retrait de dossiers en cours sans en aviser la personne impliquée, l’hypocrisie et l’abus de pouvoir, la discrimination sous toutes ses formes, l’intimidation en public et en privé, les règlements de comptes…bref, toutes formes de conduites vexatoires…
Et à l’avocat de poursuivre que ce fléau peut être subi par de nombreuses personnes sans qu’elles en soient pour autant totalement conscientes ou simplement en mesure de l’identifier, d’où la gravité et le danger contre lesquels il met en garde avant qu’il ne soit trop tard.
En effet, selon lui, les conséquences peuvent être très fâcheuses et aller au-delà de la souffrance psychologique sur les plans professionnel et personnel pour déboucher soit sur une perte de revenus pour ceux qui perdent ou quittent leur travail sous la pression, soit sur certaines dépressions qui peuvent même conduire certains au suicide.
«Face à des types de déprimes et dépressions chroniques, le juge peut se montrer compatissant puisque plusieurs cas ont eu gain de cause justement eu égard à la compréhension de la justice de cet acte barbare qui contamine la vie sociale et familiale de l’individu», indique Me Enouassi, dévoilant, dans ce sillage, des conséquences non négligeables sur l’entreprise.
Ainsi, d’après lui, les répercussions des conflits sur l’entreprise se traduisent par des perturbations au niveau de la communication et par l’instauration d’un climat de méfiance induisant une baisse de la qualité du travail et de productivité.
«Le harcèlement coûte donc cher à l’entreprise en termes, à titre d’exemple, de baisse de la productivité et d’absentéisme,…», tient-il à préciser, ajoutant que cela pourrait aussi détériorer l’image de marque de l’entreprise, ce qui pourrait amener certains de ses clients, fournisseurs voire bailleurs de fonds à s’en détourner.
Au vu de ces faits, le harcèlement moral devrait être sanctionné dans le secteur public comme dans le secteur privé, insiste-t-il, poursuivant que certains patrons pourraient, certes, être récalcitrants face à ce genre de loi craignant d’être pris pour des harceleurs, et ce même s’ils pénalisent certains employés à juste titre. Et à l’avocat de les rassurer en signalant qu’une loi contre le harcèlement moral ne fera justement qu’apporter plus de précisions à la manière de gérer les personnes.
La même source souligne qu’il existe deux genres de victimes d’harcèlement, à savoir des personnes qui restent stoïques devant une situation complexe, ne réagissant donc pas et d’autres qui n’abdiquent pas, ne plient jamais l’échine et réagissent parce qu’elles savent pertinemment qu’il ne faut jamais se taire devant une injustice patente.
Et au Me Enouassi de paraphraser le dramaturge et poète allemand Bertolt Brecht qui avait dit : «Ceux qui luttent ne sont pas sûrs de gagner, mais ceux qui ne luttent pas, ont déjà perdu».
Pour conclure, le psychologue ainsi que l’avocat s’accordent à conseiller les victimes en les invitant, primo, à savoir reconnaître et identifier le harcèlement moral, secundo, à ne pas se laisser déstabiliser par les agresseurs en les affrontant, tertio, à rester fortes et ne jamais douter de leur compétence ni de leur capacité et quarto, à chercher des alliés (médecin de travail, assistance sociale, syndicat,…) en mesure de les accompagner dans cette pénible épreuve, voire de témoigner en leur faveur.

Meyssoune Belmaza
Mardi 20 Septembre 2016

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