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Habib El Malki, président du CMC, dresse un bilan où plusieurs indices sont au rouge : Une conjoncture qui rappelle le spectre de «l’arrêt cardiaque» des années 90




Habib El Malki, président du CMC, dresse un bilan où plusieurs indices sont au rouge : Une conjoncture qui rappelle le spectre de «l’arrêt cardiaque» des années 90
Avec un taux de croissance de 3%. On est loin, trop loin des 5,2% promis par Benkirane et son parti, le PJD qui en avait fait son cheval de bataille lors de sa campagne électorale. Un déficit jumeau : le déficit budgétaire est à 6,1%; le déficit de la balance des opérations courantes est à  8,1%. Le taux de chômage à 10%. Un taux d’inflation entre 3 et 4%.
Telles sont les grandes lignes habilement développées par Habib El Malki lors du point de presse annuel tenu par le Centre marocain de conjoncture (CMC) mercredi à Casablanca sous le thème «Perspective de croissance dans le cadre du nouveau contexte 2012-2013».
S’agissant des prévisions 2012, la croissance économique du Maroc sera moyennement faible et devrait se situer aux alentours de 3%. «Nous sommes restés fidèles à notre prévision ; nous avons prévu au début de l’année 2012 un taux de croissance de 3,2%, et l’estimation que nous avançons pour 2012 est de 3%», a-t-il souligné. Ce faible taux est attribué, selon l’ancien ministre de l’Éducation nationale et membre du Bureau politique de l’USFP, à des facteurs à la fois externes et internes. Sur le plan externe, la croissance mondiale qui est au ralenti a impacté négativement celle du Maroc, surtout que la Zone euro, principal partenaire économique du Maroc (principal débouché et fournisseur) est en crise. Sur le plan interne, le contexte actuel est marqué par un ralentissement de la demande. Cette dernière a constitué, ces dernières années, la locomotive qui a tiré la croissance de l’économie marocaine. En plus du recul de la demande intérieure, cette diminution est due au poids du secteur primaire sur l’ensemble du système productif national.
A ce titre, Habib El Malki a rappelé que l’année agricole, marquée par la sècheresse, a été relativement sauvée. Surtout après que la production céréalière s’est établie à 50 millions de quintaux, c’est-à-dire une récolte, moyennement faible.
Cette faiblesse de croissance économique, constatée surtout ces deux dernières années et de manière encore plus prononcée en 2011, a eu un impact négatif sur les finances de l’Etat. Cet impact est perçu, selon le professeur d’économie à l’Université de Rabat,  par le fait que  «pour la première fois depuis 15 ans, il y a l’apparition d’un phénomène très grave qui présente un danger réel. C’est ce que les économistes appellent un déficit «jumeau» ou bien le double déficit : d’un côté le déficit classique, celui du budget estimé à 6,1% pour le compte de 2011 et puis le déficit de la balance des opérations courantes (c’est-à-dire celle constituée des transferts des MRE, des recettes du tourisme, et des investissements directes étrangers (IDE)) qui est estimé à 8,1% du produit intérieur brut (PIB)». Avant d’ajouter que cette situation de double déficit nous incite à une lecture très sérieuse et approfondie de la situation économique et financière actuellement.
 Outre le faible taux de croissance, et le double déficit, les autres équilibres économiques ne sont pas préservés de cette vague de diminutions à tous les niveaux. Le chômage, quant à lui, a connu une légère hausse en passant de 9% à presque 10%. «Vous savez que chaque année, presque 180.000 nouveaux demandeurs d’emploi se trouvent sur le marché. Arriver à un taux de chômage tel que celui-là est un indicateur qui permet de mieux apprécier la dégradation de la situation sociale», a-t-il confirmé.
Un autre aspect de cette dégradation est le danger d’un retour à la spirale inflationniste. Surtout après la hausse des prix de certains produits énergétiques. Le CMC a estimé l’impact direct de cette hausse à plus de 1,4%.  «Pour la première fois depuis 15 ans, le taux d’inflation va passer de 2 à 3%; 4% durant cette année avec continuation pour l’année prochaine», a-t-il fait remarquer.
Pour remédier à cette situation, l’expert en économie a proposé de «poser les jalons d’un nouveau modèle de croissance inclusive pour élargir le marché et la demande intérieurs et revoir la stratégie de l’investissement public pour accroître sa productivité et son efficience».
 «Quelle est la pertinence de notre modèle de croissance? Le modèle actuel basé sur le développement du secteur privé, la libéralisation des marchés, et l’ouverture commerciale marque des signes d’essoufflement». Telle est la principale conclusion, formulée sous forme d’interrogation, par Habib El Malki. De ce fait, il a souligné l’urgence d’une remise en cause du modèle triptyque en l’occurrence le développement du secteur privé, la libéralisation des marchés et l’ouverture commerciale. «Il faut revoir le modèle de croissance économique suivi par Maroc depuis près de 15 ans», a-t-il soutenu. Et d’ajouter à cet égard que l’effort d’investissement de l’Etat, qui constitue 30% de la formation brute du capital fixe (FBCF), a une faible influence sur l’emploi, le pouvoir d’achat et la croissance économique.
Revoir notre modèle de croissance s’explique par la nécessité d’en accélérer le rythme. Sur ce point, le professeur a signalé que «seule une croissance à 7% pourra faire adhérer le Maroc au peloton des pays émergents» ; une ambition qui reste loin de se réaliser. D’autre part, parce que le modèle de croissance en vigueur est excluant, il se traduit par un appauvrissement des couches moyennes.
L’alternative, selon l’expert économique et financier, est un modèle qui favorise l’inclusion des couches vulnérables, et la diminution de la pauvreté. Cette inclusion ne doit pas se faire au détriment de la classe moyenne, mais plutôt il faut essayer de valoriser quelque peu les couches moyennes pour élargir le marché intérieur.
El Malki a recommandé également de «continuer la réforme fiscale pour garantir plus d’équité et chercher à donner un nouveau souffle aux couches sociales moyennes». Il a, par ailleurs, préconisé d’aller au-delà des politiques sectorielles fragmentées et de mettre en place des politiques cohérentes dans les domaines de la santé, du logement, de l’éducation et de l’emploi. S’agissant des perspectives de l’année 2013, le CMC relève que, compte tenu des prévisions de la conjoncture internationale et dans l’hypothèse d’un retour à des conditions climatiques plus favorables, l’économie nationale pourra retrouver le chemin de la croissance en 2013 avec un taux prévisionnel de 4,1%.
Selon El Malki, si ce taux se réalisait, il serait annonciateur d’un nouveau cycle de développement pour le Maroc.
Toutefois, et au-delà de la dimension purement conjoncturelle de cette évaluation, il convient de s’interroger sur la signification profonde des indications déduites de cette analyse.
Une conjoncture qui rappelle bel et bien le spectre de  “l’arrêt cardiaque” des années 90.
 
 
 


MOHAMMED TALEB
Vendredi 13 Juillet 2012

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