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Habib El Malki à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Aïn Sebaâ : Il y a nécessité de changer de modèle socioéconomique

Le secteur privé est appelé à changer de mentalité




«Il faut changer de modèle socio-économique », « Il faut que le secteur privé change de mentalité ». Ce sont les deux idées clés défendues par Habib El Malki, Président de la Commission administrative nationale de l’USFP et directeur de Libération et d’Ittihad Al Ichtiraki lors d’une rencontre avec les étudiants de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Ain Sebaâ à Casablanca sous le thème «Les perspectives de croissance de l’économie marocaine».
D’entrée de jeu, Habib El Malki a affirmé que les problèmes structurels du pays n’ont pas trouvé de solution convaincante. Pour illustrer ses propos, il a donné trois exemples :
Primo : le taux de croissance est marqué par une forte instabilité et cette année, il ne dépassera pas 1% alors que durant 2015, il avait enregistré un taux de 5%. Cela démontre que l’économie du pays n’est pas bâtie sur des bases solides, que le Maroc demeure à la merci de la pluviométrie et que les politiques publiques mises en œuvre ne sont pas à la hauteur…
Le deuxième exemple cité par Habib El Malki tient au fait que le développement économique du pays ne permettra pas de créer suffisamment de postes de travail notamment pour les jeunes. A titre d’exemple, le nombre d’emplois nets créés en 2015 ne dépassait pas les 33.000, alors que celui des diplômés croit annuellement de 60.000. Ceci est notamment dû aux politiques publiques mises en œuvre depuis des années.
Le troisième exemple a trait au fait que le développement économique n’a pas de dimension sociétale. Les disparités sociales se sont creusées durant les dernières années malgré les efforts consentis par l’Etat. Mais ces efforts demeurent insuffisants pour permettre une redistribution équitable des richesses ; chose qui nuira à la cohésion sociale. « L’un des problèmes auxquels nous serons confrontés dans les prochaines années découlera  du déficit de cohésion sociale. Et vous savez que la stabilité est intimement liée à la cohésion».
A partir de ces exemples, l’on peut dire que l’économie marocaine n’est pas en bon état étant entendu que l’analyse objective oblige l’observateur à reconnaître que l’économie mondiale, elle-même, ne se porte pas bien comme l’attestent les différents rapports des institutions financières internationales telles que le FMI ou la Banque mondiale. Ces rapports affirment que les maux dont souffre l’économie mondiale ne permettent pas à l’économie nationale d’avoir un rythme de croissance à même de booster le développement, et ce à l’instar de ce qui se passe dans les économies asiatiques notamment.

Un modèle
de croissance équilibré


Pour Habib El Malki, la critique n’est qu’une étape dans l’analyse. Sans diagnostic, on ne peut parvenir à dégager des alternatives fiables et réalisables à même de relancer l’économie marocaine.
«Il faut changer de modèle socioéconomique», a-t-il déclaré. Il a expliqué que le modèle socioéconomique qui a prévalu durant des années était principalement fondé sur le marché intérieur, c’est-à-dire sur la demande intérieure. Pour lui, ce modèle est important, car dans une phase de modernisation, de construction et d’ouverture progressive, privilégier le marché intérieur était un bon choix étant donné qu’il permettait la création, de manière concomitante, d’une classe moyenne qui dépense et consomme. « Dans l’histoire du développement, les classes moyennes ont joué un rôle extrêmement important en matière de stabilité et de  modernisation». Ce modèle de croissance a donné de bons résultats, mais, aujourd’hui,  «il s’est essoufflé», a-t-il affirmé. Et d’ajouter :«Il faut tendre vers un modèle de croissance équilibré qui prenne en considération à la fois le marché intérieur et les marchés extérieurs, vu qu’une économie ouverte est condamnée à exporter. «Personne ne peut vivre en vase clos dans un monde mondialisé comme le notre, où le libre-échange est devenu la règle et où règne un désarmement douanier».
Pour El Malki, le nouveau modèle de croissance équilibré prend en considération l’offre et la demande et cela constitue un défi pour tout pays qui se doit d’être compétitif. «On ne peut plus exporter des agrumes. Les produits agricoles, quelle que soit leur importance, ne sont pas porteurs de valeur ajoutée. Ceci d’autant plus qu’ils sont périssables». Et d’enchaîner : «On ne devient pas compétitif par l’agriculture mais par l’industrie. Malheureusement, on a pris un retard important en matière d’industrialisation». Certes, il y a eu des tentatives allant dans ce sens tels que les Plans d’émergence industrielle 1, 2 et 3, mais il faut accélérer l’industrialisation du Maroc. Ce qui signifie qu’il faut produire localement de la valeur ajoutée.    
Concernant l’absence d’une véritable politique intégrée au niveau gouvernemental, Habib El Malki a affirmé que ce constat est juste, mais cette absence n’est pas liée à la nature des coalitions gouvernementales, car quelles que soient celles-ci, le gouvernement est tenu de respecter les priorités de son programme.
Selon l’intervenant, le problème réside dans l’absence d’une culture industrielle au Maroc. Sociologiquement parlant, la mentalité dominante est une mentalité commerçante. «Si vous analysez les investissements du capital marocain, vous voyez que notre secteur privé n’est pas un secteur industrialisant si l’on peut s’exprimer ainsi. Sa genèse et son historique expliquent sa frilosité en matière de prise de risque. Or l’industrie nécessite une prise de risque, une intervention forte de l’Etat et une vision prospective de notre société pour les 15 ou 20 prochaines années. Or jusqu’à présent, le secteur privé marocain n’a malheureusement pas fait montre de sa capacité à s’adapter. C’est un secteur commerçant et non pas un secteur privé dont la culture est tournée vers l’avenir de l’économie nationale ».
Par ailleurs, les Plans d’émergence industrielle (1, 2 et 3) ne sont pas, selon Habib El Malki, mauvais, mais ils ne s’intègrent pas dans le cadre d’une stratégie globale. Ce sont des politiques sectorielles et «une politique sectorielle ne peut véritablement créer des effets d’entraînement  que si elle s’intègre dans le cadre d’une stratégie globale et qu’elle ait une relation forte avec l’agriculture, l’artisanat et d’autres secteurs. Donc, on a une addition de politiques sectorielles sans aucun lien direct entre elles. En d’autres termes, l’addition des politiques sectorielles ne fait pas une stratégie d’ensemble. Celle-ci consiste en une vision étalée sur 5 ou 10 ans et même sur 15 ans. En matière économique, le facteur temps est fondamental». Et d’ajouter :«On n’anticipe pas, on fait de la gestion au quotidien. On n’a malheureusement pas une stratégie à moyen et long termes».
 «Sans changement de culture, de comportement et de mentalité de la part de notre secteur privé, il est difficile d’aller loin dans le domaine de l’industrialisation du pays ». Même s’il y a des opérations réussies à l’instar du dernier accord avec Renault et du secteur aéronautique, cela relève de la sous-traitance. Et l’on sait que la sous-traitance n’est pas forcément de l’industrialisation. Mais cette sous-traitance peut devenir un facteur d’industrialisation avec le temps si elle s’inscrit dans une vision plus large».
Selon l’économiste ittihadi et Président du Centre marocain de conjoncture (CMC), l’industrialisation est à la fois un choix culturel et un choix de société mais non pas un choix strictement économique. «Il faut changer de culture. Chez nous, l’Etat est le seul acteur qui peut véritablement jouer le rôle de stratège dans le domaine de l’industrialisation. Le secteur privé n’est pas encore arrivé à ce stade de maturité».  
La question du renchérissement des prix de quelques produits agricoles a été également évoquée par des étudiants comme ce fut le cas pour l’oignon qui a atteint récemment des prix exorbitants (entre 13 et 15 dirhams).
Habib El Malki a affirmé que le taux d’inflation est inférieur à 2%, mais ce taux avancé officiellement n’a aucune relation avec la réalité quotidienne. Pourquoi ce décalage ? Celui-ci peut être notamment expliqué par la multiplicité des intermédiaires entre l’agriculteur et le consommateur et l’absence de tout contrôle de ce processus par les autorités compétentes, mais il est dû, essentiellement, à la méthodologie de définition du taux d’inflation par le HCP. Laquelle doit être revue.

Absence de stratégies
pour les jeunes


Par ailleurs, le Président de la Commission administrative de l’USFP a déploré que les responsables actuels gouvernementaux n’aient pas de vision claire quant à l’avenir des jeunes. «En dehors du dossier de l’éducation qui s’impose à tout le monde, il n’y a absolument pas de politique ou de stratégie visant à créer les conditions d’accompagnement de nos jeunes jusqu’à l’intégration dans le marché du travail. Cette absence de stratégie doit nous interpeller tous». Et d’ajouter :«Je crois qu’elle est due à une absence de culture économique et politique. Car les expériences à l’échelle mondiale démontrent que les jeunes jouent un rôle essentiel dans le développement de toute économie aussi bien dans les pays asiatiques, en Amérique du Nord qu’en Europe. Il est donc temps d’élaborer une stratégie en faveur de l’intégration des jeunes et de les accompagner à partir de 15 ans jusqu’à la fin de leur cursus académique ou de formation professionnelle. Et sans cette vision et cette stratégie, le Maroc n’a pas d’avenir».


Mourad Tabet
Samedi 23 Avril 2016

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