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Gouvernance européenne : panique à bord




La classe intellectuelle et politique européaniste se mobilise pour haranguer les citoyens sur l’impératif de remettre à Bruxelles davantage de pouvoirs souverains (une union budgétaire) au nom du concept flou de solidarité. La rébellion s’organise à travers l’Europe rappelant aux dirigeants politiques que l’idée de « plus d’Europe pour moins de liberté » ne passera pas.
La gouvernance européenne est apparemment hors de contrôle. Le spectacle de l’élite fédéraliste essayant désespérément de sauver le modèle d’État providence européen en crise n’est pas rassurant. En dépit de ses leçons de démocratie au reste du monde, l’Union européenne en tant qu’entité politique souffre d’un « déficit démocratique », à savoir « des lacunes dans la représentation, la représentativité et la reddition des comptes ». Un problème crucial est la déconnexion croissante entre la strate supranationale de gouvernance et les peuples.
Les sommets européens sont devenus toujours plus surréalistes, comme s’ils prenaient place sur une autre planète. Ils sont également devenus moins … « européens ». La présence du secrétaire au Trésor américain en Pologne en est une illustration. Où exactement dans le traité de Lisbonne les Etats-Unis sont-ils caractérisés comme de« conseiller spécial » au Conseil européen? Et que penser de l’entrée de la Chine communiste sur la scène de l’euro-gouvernance ? Si elle prête une main plus généreuse, pleine de Yuans pour acheter de la dette souveraine, son avis aura de facto plus de poids que celui de la plupart des États membres ...
Le rapprochement de l’Europe en un espace unique a été d’abord et avant tout une question d’économie, non pas de démocratie ou de solidarité. La légitimité du processus d’intégration venait de la paix et, surtout, de la prospérité apportées par le développement d’après-guerre dans le cadre du marché commun. 20 ans après le Traité de Maastricht (et ses fameux critères), le Traité de Lisbonne n’a pas réglé la question du déficit démocratique. Au regard de l’actualité, les décisions prises engagent les peuples bien au-delà des termes des Traités. L’intégration politique est resté un processus imposé par l’élite « d’en haut ». Pris dans un sens large, le « consensus » entre l’élite et les peuples par lequel les Etats démocratiques (et leurs peuples) ont accepté de renoncer aux droits souverains en échange de la prospérité économique est en train de s’évaporer. Sans la prospérité économique, le projet plus large d’une union politique énoncée par les « pères fondateurs » ne serait allé nulle part. En 2011, l’Europe est « face à l’abîme ».
L’Union monétaire et la mise en œuvre du « marché social » ont fini par mettre un coup de frein à la prospérité. L’Union a perdu en compétitivité dans un monde en évolution rapide. En fait, comme cela a été soutenu de façon convaincante par le président tchèque, Vaclav Klaus, le processus d’intégration politique lui-même a entravé le développement économique.
Les sirènes d’alarme hurlent dans les couloirs de la gouvernance européenne. C’est la panique à bord. Après des années de déclin économique, les économies du bloc sont maintenant dans le trou de récession et de la dette souveraine. La rue européenne se sent trompée.
Les contribuables allemands disent « nein » à davantage de renflouement en tenant leurs politiciens pour responsables aux élections locales. Lorsque le traité de Maastricht (1992) instituant l’Union économique et monétaire avait été discuté, le deal était clair : leur accord à renoncer à leur bien-aimé Deutschemark en échange de la clause de non-renflouement. Aujourd’hui on parle d’un mécanisme permanent de renflouement ...
Le scandale des finances publiques grecques a été découvert non par le « gardien » des traités (la Commission), mais par les marchés et les agences de notation.
Les politiciens irresponsables grecs se sont livrés à des années de débauche alors que « la gouvernance de l’UE » tournait la tête. Les citoyens grecs pensent que leur pays est devenu un protectorat avec casques bleus budgétaires désormais sur le terrain pour maintenir la « paix CE-BCE-FMI » ...
Malheureusement, la salle d’attente européenne est pleine de patients. La question est: jusqu’où le « consensus de coercition » mènera-t-il le projet de l’UE, et ses peuples, sur la route de la servitude économique?
Bien que chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles, les idéologues fédéralistes continuent d’annoncer leurs croyances quasi-mystiques en un projet politique intégrationniste. L’élite dirigeante cherche à imposer le consensus autour de « davantage d’Europe » par tous les moyens possibles. Le discours sur le risque de guerre prononcé par le ministre des Finances polonais devant le Parlement européen a été le dernier ajout à la boîte à outils de la communication fédéraliste. Les catastrophistes se surpassent pour instiller la peur dans l’esprit des citoyens avec leurs sombres prophéties. Bien sûr la situation est grave, mais l’hystérie n’aide pas vraiment.
La montée de l’euroscepticisme, que ce soit à gauche ou à droite, n’est pas uniquement le « travail des forces sombres du nationalisme ou du populisme ». C’est plutôt la conséquence d’une gouvernance européenne devenue folle et une réaction au diktat du consensus pour «plus d’Europe» imposé à tout prix. C’est un cri salutaire, pour la responsabilité et la reddition des comptes, lancé au visage d’un système collectif d’irresponsabilité.
Pour les citoyens, la « nouvelle donne » élaborée à huis clos par les mécanismes du processus décisionnel européen est susceptible de signifier davantage d’intégration politique au prix de moins de prospérité et de moins de… démocratie. Comme pour le célèbre pont, ce deal pourrait bien être le deal « trop loin ».

* Analyste sur www.unmondelibre.org.
Articles publiés en collaboration avec www.unmondelibre.org

Par Sophie Quintin Adali *
Samedi 8 Octobre 2011

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