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Genèse d’un islam politisé




Genèse d’un islam politisé
Jamaat-e Islam (en ourdou = parti islamique),  fondé par Abul Ala Maoudoudi en Inde britannique en 1941, Ennahda en Tunisie et son leader Ghanouchi, le Front islamique du salut en Algérie avec ses guides Madani et Ali Ben Hadj, Parti de la justice et du développement au Maroc et son dirigeant Benkirane, les Frères musulmans en Egypte et leurs mentors Sayed Qotb et Hassan El Banna, AQMI au Mali, Boko Haram au Nigeria, Al-Qaïda la nébuleuse sans domicile fixe, Ansar Eddine en Syrie et des dizaines d’autres partis ou organisations qui se spécifient par leur appartenance à l’Islam, leur « vrai » islam, synonyme de vérité absolue, un islam remède à tous les maux, comme se plaisaient à le répéter les Frères musulmans égyptiens avant d’accéder au pouvoir, et découvrir que l’une des solutions à leurs différentes plaies se trouvait plutôt du côté de la Banque mondiale, du FMI et du Qatar.
Ce foisonnement, ce pullulement des partis politiques et des organisations islamistes poussent tout observateur, voire tout croyant, à se poser légitimement la question suivante :                 L’Islam est-il une simple organisation djihadiste, un parti politique, une idéologie obscurantiste, ou une religion préoccupée par le salut de l’homme sur terre et dans l’au-delà? Peut-il se circonscrire aux seuls « fatwas » takfiristes émises par des barbus vêtus de « foukia », brandissant des kalachnikovs sur les écrans des télévisions, détruisant ou interdisant tout ce qui est civilisationnel ou moderne, et voulant instaurer un mode de vie moyenâgeux  et révolu?
Sans conteste, l’Islam est une religion, la religion de plus d’un milliard et demi de musulmans, qui pratiquent leurs dogmes et adorent leur Dieu religieusement et paisiblement en Afrique, en Asie et partout dans le monde depuis la nuit des temps. Il n’est nullement la propriété de ces milices, et n’en déplaise aux détracteurs de cette religion, l’Islam est aussi une civilisation, l’une des civilisations qui ont contribué largement à l’essor de l’être humain : l’humanisme arabo-musulman des Abbassides et en Andalousie témoigne de la grandeur  de cette culture, qui n’a rien à voir avec des groupes fascistes, barbus avec ou sans moustaches,  culture qui a permis à l’humanité de sortir des ténèbres du Moyen Age et de s’émanciper. « L’humanisme musulman du Xe siècle fut une culture « ouverte », disons « dialogante ». Ces propos sont de Léopold Sédar Senghor, qui considérait l’Islam comme la raison principale du dialogue des cultures qui fut, « croyons-nous, l’une des notes les plus vivantes du classicisme musulman ». Pour étayer cette thèse, contemplons l’affirmation du philosophe arabe Al-Kindi : « Nous ne devons pas avoir honte de reconnaître la vérité et de nous l’assimiler, quelle qu’en soit la source, même si elle nous est apportée par des générations anciennes et par des peuples étrangers » (Rasâ’il al Kindi). Contemplons aussi ce témoignage de Voltaire, ennemi juré des religions, mais qui ne manque pas d’éloges envers l’Islam : « Sa religion (il s’agit du Prophète) est sage, sévère, chaste et humaine : sage puisqu’elle ne tombe pas dans la démence de donner à Dieu des associés, et qu’elle n’a point de mystère ; sévère puisqu’elle défend les jeux du hasard, le vin et les liqueurs fortes, et qu’elle ordonne la prière cinq fois par jour ; chaste, puisqu’elle réduit à quatre femmes ce nombre prodigieux d’épouses qui partageaient le lit de tous les princes d’Orient ; humaine puisqu’elle nous ordonne l’aumône, bien plus rigoureusement que le voyage à La Mecque. Ajoutez à tous ces caractères de vérité, la tolérance ». Cette ouverture, cette largesse d’esprit, cette tolérance ne sont-elles pas la preuve de la vitalité et de l’originalité de cette civilisation qui a vu le jour grâce à l’Islam ?
De nos jours, l’Islam, au moins dans sa version médiatisée, et pour une petite frange de ses adeptes, frange ignorante de son histoire et de sa culture, est devenu synonyme de régression, d’obscurantisme, de fermeture, de fanatisme, et de violence. Sur les chaînes satellitaires, toutes les images d’horreur et de sang sont cyniquement liées à « Allah ou akbar ». Il y a une volonté de diaboliser cette religion pour permettre à l’impérialisme via  l’Otan de mettre main basse sur les richesses du monde arabe, et aussi pour réaliser un nouveau  Sykes Picot, un nouveau partage, une parcellisation des Etats arabes sur des bases confessionnelles ou ethniques,  sous l’égide des USA cette fois-ci, ce qu’ils appellent communément : le nouveau Moyen-Orient.
Mais toutes ces transformations ne sont pas tombées du ciel avec la dernière pluie. Pour les comprendre dans toutes leurs complexités, il faut revenir quelques décennies en arrière.
La vague révolutionnaire qui avait soulevé l’Afrique durant les années 60  mettait en péril tous les acquis des pays impérialistes. La politique de Lénine qui disait que pour mettre la main sur les pays de l’Europe occidentale, il fallait prendre l’Afrique, se réalisait, d’autant plus qu’à cette époque, en une cinquantaine d’années, presque la moitié du monde basculait dans le camp soviétique. Rien donc n’arrêtait la marche révolutionnaire du communisme et sa pénétration dans le continent africain. C’est à ce moment-là que l’Arabie Saoudite, alliée stratégique des USA, est entrée en jeu. Le plus sûr moyen d’arrêter l’expansion communiste, c’était l’Islam. Les pétrodollars ont commencé à pleuvoir sur ce continent, accompagnés de la construction de mosquées, de centres culturels islamiques, de bourses d’études, etc. C’est en 1963 que l’émir Fayçal crée la  Ligue du monde islamique qui se donne pour tâche la « renaissance spirituelle et culturelle de l’Islam ». Une fois ces pays devenus musulmans, ou sous l’hégémonie des pétromonarchies, quoi de plus facile que de les dresser contre l’ennemi de l’islam, le régime athée de Moscou ? Le même procédé a été employé plus tard en Afghanistan pour combattre les impies soviétiques, déclarer le djihad, et envoyer des milliers de fanatiques combattre pour réaliser des politiques impérialistes. Le même procédé est employé actuellement en Syrie pour combattre le régime laïc du parti Baath en Syrie.
Aussi, face au danger que représentait l’arabisme révolutionnaire de Nasser, Riyad a brandi l’étendard de l’Islam. En 1962, la guerre civile au Yémen opposa les nationalistes arabes soutenus par la République arabe unie ( Egypte+Syrie), et les royalistes d’Al-Badr soutenus par l’Arabie Saoudite et la Jordanie. Cette guerre dura jusqu’à 1967. Ce fut le Vietnam de l’Egypte et le prélude à la défaite de la guerre des six jours. En combattant Nasser sur ce front, les forces conservatrices combattaient aussi l’espoir naissant des nationalistes qui rêvaient d’un démantèlement en profondeur de l’impérialisme politique, économique et idéologique qui maintenait les Etats arabes fraîchement indépendants en servitude. Ces événements ont sonné le glas de l’arabisme révolutionnaire.
Sortie « victorieuse » de toutes ces guerres idéologiques et militaires, l’Arabie Saoudite est désormais une puissance islamique. Il ne lui reste plus qu’à propager son wahhabisme.
C’est le début de la propagation de la foi wahhabite de par le monde. A partir de ce moment, l’islam n’a cessé de changer, de l’Indonésie au Maghreb. C’est l’universalisation du culte wahhabite, un culte ultra-orthodoxe et extrémiste qui considère tous les autres courants de l’Islam et tout modernisme comme hérétiques.
L’islam est devenu le détracteur des mausolées, le bon Dieu s’est transformé en un être qui guette et surveille le comportement des fidèles, leurs moindres gestes, pour punir et envoyer en enfer les récalcitrants  parce qu’une goutte d’eau malheureuse est tombée de leur coude au moment des ablutions, parce qu’ils ne sont pas sortis avec le pied droit en premier, parce qu’un cheveu rebelle est visible du dessous du voile porté par une femme, ou parce que le pratiquant ne s’est pas mouché avec la main droite ou  ne s’est pas gratté avec le deuxième ou le troisième doigt de la main gauche.  Désormais, l’ouverture, la liberté, le dialogue, la raison et la tolérance sont bannis, et à leur tour considérés comme hérésie.
Une fois l’endoctrinement religieux obscurantiste réussi, il ne reste plus qu’à marginaliser tous les oulémas et docteurs de la foi d’El Azhar, de la Karaouiyine ou de l’université de théologie tunisienne la Zaïtouna. Ces lieux de brillant savoir islamique furent remplacés par une armée de faux « alims », des prêcheurs vedettes des chaînes satellitaires, qui ne possèdent qu’une connaissance superficielle de l’Islam et de sa civilisation, mais qui savent retenir les masses et les amener à verser des larmes.  En connivence avec les USA, l’Angleterre et la France, les pétromonarchies fournissent ainsi le socle idéologique qui servira les guerres de l’Otan. Les pseudo-djhadistes endoctrinés, misérables, ignorants et fanatiques, seront engagés par milliers ; ils ont combattu en Afghanistan sous l’égide d’Al-Qaïda, ils combattent actuellement sous l’étendard de différentes milices armées et manipulées par les services secrets des puissances qui dirigent le monde.
Nous terminons cette genèse qui a survolé un fragment de l’histoire récente par ces citations que tout un chacun doit méditer :
« Il faut combattre sans cesse. Quand on a détruit une erreur, il se trouve toujours quelqu’un pour la ressusciter ». (dictionnaire philosophique 1764)
« Prenez n’importe quelle action de Satan, trouvez le moyen de l’habiller religieusement par un hadith ou un verset du Coran, et tous les musulmans vous suivront ». (Mohamed Arkoune).

Mohamed Aboulasse
Samedi 23 Mars 2013

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