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Gare à l’instrumentalisation du nationalisme en Afrique !




Gare à l’instrumentalisation du nationalisme en Afrique !
Dans la plupart des pays africains, les épreuves historiques de l’esclavage, de la colonisation et de la décolonisation ont laissé un sentiment profond de dépossession, d’oppression, de persécution et de bannissement qui crée et entretient l’élan émotionnel de la recherche de l’unité et de la solidarité nationale. Nous parlons donc de nationalisme en référence à ce mouvement d’idées et d’émotions exaltant l’appartenance à sa nation par opposition aux autres, injectant une logique de «Nous contre eux».
En Guinée ou au Mali, les présidents Alpha Condé ou Ibrahim Boubacar Keita ont surfé avec succès sur cette idée de priorité nationale pour se faire élire. Mais de nos jours, la mise en œuvre de leurs slogans «La Guinée d’abord» ou «Le Mali d’abord» reste très discutable. Dès le début, le nationalisme en Afrique était écartelé entre les idéologies socialistes, communistes ou révolutionnaires. De nos jours, les exigences du «vivre ensemble» nous invitent à recevoir les discours nationalistes avec discernement. La question n’est pas de savoir si ce mouvement est légitime ou non mais de savoir comment exprimer ses convictions en accord avec les exigences des libertés individuelles. En clair, l’instrumentalisation du nationalisme  ou les dérives idéologiques ne sont-elles pas un danger pour la construction de l’Afrique?
L’instrumentalisation de l’idée de souveraineté nationale pousse certains idéologues africains à envisager la vie en autarcie et la fermeture totale des frontières aux partenaires étrangers. Surfant sur la nécessité de rompre avec les structures coloniales de l’économie, d’aucuns prônent même la nationalisation des entreprises étrangères et la limitation totale des importations sans tenir compte de l’impact d’une part, sur le fonctionnement de l’économie et d’autre part, sur les libertés et droits individuels. Par exemple, suite à la politique de confiscation des fermes détenues par des Blancs, et la politique hostile à l’investissement étranger, l'hyperinflation a frappé le Zimbabwé atteignant jusqu’à 231 millions pour cent par an en juillet 2008. Pour le malheur des populations affamées, un pain coûtait entre 7000 et 10.000 dollars zimbabwéens (entre 27 et 43 euros). Ces mesures conservatoires n’ont eu aussi que des effets pervers en RDC (ex-Zaïre) où la politique du président Mobutu de «zaïrianiser [décoloniser]» l’économie et la culture a plutôt accru la dépendance du pays à l’extérieur. Selon le rapport du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD-Terre Solidaire) du 29 mars 2007 sur les «Biens-mal-acquis» en RDC (Ex-Zaïre), la dette publique du pays avait atteint 13 milliards de dollars. On a parlé de «kleptocratie» en référence à un gouvernement par le vol ou par l’expropriation. Aussi, Mobutu avait lancé en 1971, la révolution culturelle à travers, entre autres, l’obligation de porter «l’abacost [à bas le costume occidental]». Paradoxalement, les ex-Zaïrois (Congolais) sont devenus plus tard des promoteurs de l’idéologie de la «SAPE [réforme du costume occidental]» et du décapage de la peau qui sont une passion pour l’Occident.
Loin de cette conception politisée, le nationalisme démocratique serait plutôt la défense de la dignité et des droits des citoyens africains dans la perspective d’un monde plus juste et égalitaire. Il encouragerait plutôt l'émancipation des Africains qui doivent par la force de la légitimité démocratique faire entendre leurs voix sur la scène internationale. Par exemple, l’Afrique a besoin de sa liberté de déterminer ses politiques budgétaire, monétaire et fiscale pour définir librement ses priorités et le choix de ses partenaires sans pressions extérieures. Mais, cela ne doit pas sombrer dans des dérives extrémistes qui conduisent aux expropriations ou à la vandalisation des intérêts étrangers (attaques aux droits de propriété).
Le nationalisme est aussi utilisé par certains dirigeants indélicats comme un fallacieux prétexte pour légitimer leur gestion (néo)patrimoniale et leur culte de la personnalité. On entend dire que des présidents comme Paul Biya du Cameroun (32 ans au pouvoir), Denis Sassou-Nguesso du Congo (30 ans de pouvoir non-consécutif), Obiang Nguéma de la Guinée Equatoriale (35 ans au pouvoir), José Eduardo Dos Santos de l’Angola (35 ans au pouvoir), Robert Mugabé du Zimbabwé (27 ans au pouvoir), Yoweri Museveni de l’Ouganda (28 ans au pouvoir), etc., doivent continuer de rester au pouvoir pour des raisons nationalistes. Il semblerait qu’en lieu et place de la libre compétition, il faudrait les soutenir pour garantir la paix et la stabilité. Entre-temps, ces présidents sont cités dans des affaires de «biens-mal-acquis» qui trahissent leurs volontés réelles. Certains d’entre eux entrent maladroitement, aux côtés des chefs d’entreprise qui produisent de la valeur, dans le classement Forbes des meilleures fortunes du monde alors qu’ils sont à la tête des pays pauvres et très endettés. Il semblerait que ce soit le prix à payer par leurs peuples pour continuer de bénéficier de leurs «compétences idéologiques».
Au Sénégal, le président Abdoulaye Wade défendait sans perturbation jusqu’en 2010 l’idée selon laquelle son fils Karim Wade était le seul citoyen compétent susceptible d’assurer la continuité de l’action gouvernementale. Au Zimbabwé, le président Robert Mugabé semble dire jusqu’à nos jours qu’il n’y a aucun citoyen capable d’assurer valablement sa relève. Cette dérive idéologique conduit à la gestion patrimoniale de l’Afrique en décalage avec les aspirations des peuples à une vie meilleure. L’Afrique doit certes lutter contre l’impérialisme et la françafrique, mais elle doit aussi et surtout promouvoir les libertés économiques pour contrecarrer la mainmise sur l’exploitation de ses ressources naturelles et de son marché. L’Afrique doit certes limiter les ingérences politiques mais elle doit favoriser les échanges économiques pour atteindre son idéal de l’intégration économique. Pour protéger l’emploi au niveau local, elle pourrait encourager la production locale et exiger le transfert des technologies mais, elle doit éviter de sombrer dans des dérives extrémistes qui cultivent la haine des peuples.
En conclusion, on peut dire qu’il faudrait se méfier de la récupération politicienne qui est faite de l’aspiration des Africains à la liberté, à l’égalité, à la justice, et à l’autonomie. Aussi, les Africains eux-mêmes devraient s’engager sur le chemin de la souveraineté et de la liberté sans représenter des menaces pour celles des étrangers.
 

Par Louis-Marie Kakdeu Articles publiés en collaboration avec Libre Afrique
Mardi 18 Novembre 2014

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1.Posté par Khalid le 17/11/2014 19:45
Toutes les nations sont passées par des épreuves difficiles, voire dramatiques, avant d'asseoir leur existence. Les Africains sont peut être en train de vivre des moments de leur histoire qui contribuera à consolider leur "nationalité". Idem pour certains pays arabes. Dans les deux cas, le fait tribal marque encore très fortement l'identité des gens. Mais outre ces moments critiques fondateurs, les anciennes nations ont pu bénéficier de l'apport d'idées nouvelles véhiculées par des élites visionnaires.

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