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Frénésie d’achat et forte concurrence pendant Ramadan : Bonjour l’insécurité alimentaire !




Frénésie d’achat et forte concurrence pendant Ramadan : Bonjour l’insécurité alimentaire !
C’est Ramadan. Ce mois sacré est synonyme de forte consommation. La frénésie d’achat est à son pic. Le volet hygiène est quasiment négligé par les citoyens qui ne pensent qu’à leur appétit, notamment avant la rupture du jeûne. Les quelques heures avant l’appel de la rupture, on ne parle que de nourriture et de friandises à s’approprier là où il n’y a pas la grande queue. Les sucreries (chabakia, briouates, etc), produits laitiers (jben, yaghourt, …), les crêpes, les œufs et les produits à base d'œufs (crèmes, mayonnaise, etc.), les volailles, en particulier le poulet, les aliments crus ou peu cuits (poisson, viande hachée, fruits et légumes) demeurent les aliments essentiels de la table marocaine. Dans les coins des rues, les garages loués à courte durée à cet effet et sur les étals des marchands ambulants qui poussent comme des champignons durant le mois sacré, ces aliments à haut risque d’infection sont vendus dans des conditions dérisoires. En l’absence des moindres mesures d’hygiène, les marchandises, périmées en majorité, sont exposées au soleil, aux gaz d’échappements… Reportage.
Dans les différents quartiers de la métropole, le décor n’est certes pas beau à voir. Rares sont les consommateurs et les commerçants qui se soucient des règles simples permettant d'éviter les intoxications alimentaires et de s'alimenter en toute sécurité. En un mot : bonjour l’insécurité alimentaire !
Pour s’en assurer, il suffit de faire un tour aux célèbres quartiers Derb Omar, Derb Sultan, Hay Mohammadi, ancienne Médina, etc. Là, où tout le monde devient commerçant de jus et de lait (souvent de contrebande sinon périmé), du fromage, du chocolat fondu, de dattes dont la date de péremption n’est pas lisible, d’œufs et de crêpes. Les mains sales, installés au bord des trottoirs sinon sur des égouts publics, ils exposent leurs marchandises à des prix concurrentiels. L’hygiène reste leur dernier souci. «Les dattes sont des aliments bénis. Elles ne sont jamais nocives pour la santé. Idem pour le fromage et le chocolat. D’ailleurs, aucun de mes clients n’a souffert de quoi que ce soit. C’est Ramadan, Dieu les protège», affirme un marchand ambulant à Derb Benjdia à Casablanca. Son voisin, marchand de poisson, a, quant à lui, une autre vision des choses : «Seule la famine tue. Tant que les gens mangent, il n’y a rien à craindre. En plus le poisson vit longtemps dans la mer où il y a également des saletés. Je ne crois pas que les saletés des égouts publics sur lesquels je nettoie le poisson puissent nuire à sa qualité. C’est absurde», souligne-t-il en rinçant des merlans dans un sot d’eau sale. Les quelques clients sur place ne s’intéressent qu’au prix qu’ils négocient. «Une fois à la maison, je rincerai bien les poissons à l’eau et le tour est joué. J’habite juste à côté et je ne crois pas que quelques minutes de marche nuiront à la qualité du poisson.», ricane une femme au foyer. Un avis que partage la majorité des clients des poissonniers rencontrés dans différents quartiers de la ville. Pour eux, «les poissonniers connaissent bien leur boulot. C’est à eux de juger ce qui est nécessaire pour préserver la qualité de la marchandise qu’ils gardent bien au frais». Les quelques glaçons éparpillés sur les caisses de poissons exposés au soleil, aux gaz d’échappement et à toutes sortes de pollution et de saletés, leur semblent  suffisants comme mesure d’hygiène. Le cas le plus spectaculaire est celui de ce marchand ambulant qui vient d’occuper le devant d’un magasin à Derb Omar. Surnommé par ses clients de «Makro», ce commerçant saisonnier offre un peu de tout : des poissons, des jus, des produits laitiers, des dattes, des crêpes, des charcuteries et des œufs. Posés en vrac, les aliments sont de temps à autre arrosés par son fils, un adolescent de 16 ans. Pour ce faire, ce dernier utilise une bouteille en plastique percée qu’il remplit d’eau froide. «C’est pour préserver la température idéale des aliments», justifie le marchand qui ignore complètement le degré idéal de cette température dont il parle. Seules les crêpes échappent à cet arrosage fréquent qui ne semble pas inquiéter les clients. « Ce n’est que de l’eau. De toute façon, je vais laver les dattes avant de les consommer. Pareil pour les sardines et les charcuteries.», déclare une cliente. Et d’ajouter : «Heureusement que «Makro» est là sinon je ne saurai comment faire avec cette foule dans les épiceries et les supermarchés. Il nous facilite la tâche en nous offrant la même marchandise à des prix très encourageants». Un avis que partage sa copine. Venues du centre-ville, ces deux femmes préfèrent depuis des années faire leurs courses chez «Makro» au lieu  de faire la queue dans les supermarchés. Selon elles, la qualité des aliments est partout la même.  «Chez Makro, les prix sont négociables. Ce qui n’est pas le cas dans les grandes surfaces», concluent-elles.
Chez le légendaire «Hitler» à Derb Sultan, les clients sont déjà nombreux au début de l’après-midi. Ce marchand qui écoule plus de 200 kilos de «chabakia» par jours utilise des sacs alimentaires mais ne porte pas de gants. De temps à autre, il s’essuie le front avec ses manches ou avec un torchon qu’il met juste à côté de la marchandise exposée en pyramide. Mais les clients ne se soucient guère du volet d’hygiène surtout que le goût de sa marchandise et sa rapidité dans le service le rendent incontournable. De l’autre côté de la rue, à quelques mètres de la poste du quartier Habous, des dizaines de marchands ambulants proposent le même produit à des prix concurrentiels, mais les clients préfèrent «Hitler». Et afin de les servir davantage, ce légendaire marchand de «chabakia» a intégré un autre commerce parallèle. Il a permis à une veuve de vendre juste devant son magasin des pots et des bacs en plastique pour encourager les clients à s’approprier de grandes quantités de marchandise.
A l’instar des autres marchands ambulants, le vendeur de «chabakia» qui concurrencie en quelque sorte «Hitler», en offrant à l’entrée de la rue une marchandise à bas prix, ne se soucie guère de son emplacement sur un égout public. La forte odeur qui règne sur les lieux ne le perturbe  nullement.

Rida ADDAM
Vendredi 5 Août 2011

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