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France-Afrique : réformes et rigueur budgétaire au menu




France-Afrique : réformes et rigueur budgétaire au menu
Les réformes tant militaires que diplomatiques annoncées par le président Nicolas Sarkozy, dans un souci à la fois de meilleure gestion et de rigueur financière, touchent directement les relations franco-africaines. Le Premier ministre François Fillon a annoncé un allègement, dans les prochains mois, de plus de 2.000 hommes de la présence militaire française en Afrique, soit une réduction d’au moins mille soldats déployés au Tchad, et la réduction de moitié du contingent de 1 800 soldats de la force Licorne en Côte d’Ivoire où la situation se normalise. Le Tchad, la République centrafricaine, la Côte d’Ivoire, le Liban et le Kosovo représentent 68 % des 13 290 militaires français déployés dans 33 opérations extérieures. Une réduction de 20 % des effectifs globaux permettrait d’économiser de 100 à 150 millions d’euros par an sur des opérations dont le montant a approché les 900 millions d’euros en 2008, selon le ministère de la Défense. Ce redéploiement intervient dans un contexte marqué par le retour de la France dans les structures militaires de l’Organisation du Traité de l’Atlantique-Nord (Otan) et les conclusions du Livre blanc de la défense publié en juin 2008. Celui-ci préconise la concentration des forces françaises sur un axe géographique prioritaire, allant de l’Atlantique jusqu’à la Méditerranée, au golfe Arabo-persique et à l’océan Indien. Cet axe correspond aux zones où les risques impliquant les intérêts stratégiques de la France et de l’Europe sont les plus élevés. Il permet aussi de prendre en compte l’importance croissante de l’Asie pour la sécurité internationale, et favorise des actions de présence et de coopération dans cette direction à partir de l’océan Indien. L’Afrique n’est toutefois pas abandonnée pour autant : le Livre blanc prévoit une capacité de prévention et d’action sur les façades occidentale et orientale du continent ainsi que dans la bande sahélienne, notamment pour lutter contre les trafics ou les actes de terrorisme. Dans ce cadre, Paris est en train de renégocier les accords de défense qu’elle a avec huit pays africains – Cameroun, République centrafricaine, Comores, Côte d’Ivoire, Djibouti, Gabon, Sénégal et Togo. Au Tchad, il n’y a pas d’accord de défense en tant que tel, mais le dispositif Epervier, datant de 1986, les forces françaises assurant des missions conformes à l’accord de coopération bilatérale signé entre la France et le Tchad. Concernant les bases militaires françaises en Afrique, si le Livre blanc en préconise deux, on estime à Paris qu’on n’est pas loin du compte puisqu’il y en a trois : Dakar, Djibouti et Libreville, la Réunion servant à l’Afrique australe et la France à l’Afrique du Nord. Ainsi pour le moment ce dispositif sert de point d’appui aux brigades prévues par l’Union africaine à l’horizon 2010. La France a aussi européanisé son dispositif Recamp de formation au maintien de la paix, et a réussi à coopter des partenaires plus lointains comme le Canada ou le Japon. Autre nouveauté, la réforme du ministère des Affaires étrangères et la classification des ambassades, dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques (RGPP). La mise en œuvre de la RGPP au Quai d’Orsay consiste, pour l’essentiel, à mieux hiérarchiser dans un délai de trois ans les moyens déployés à l’étranger, et donc à distinguer trois groupes pour les 160 ambassades existantes : une trentaine d’ambassades polyvalentes, une centaine d’ambassades à missions prioritaires et une trentaine de postes de présence diplomatique aux effectifs très réduits. Parmi les grosses ambassades passées au crible figure celle de Dakar au Sénégal, qui arrive au troisième rang en termes d’effectifs après les Etats-Unis et le Maroc. Ou celle de Libreville au Gabon, qui compterait, selon certains diplomates, plus d’effectifs que celle du Japon. Le but de la nouvelle catégorisation des ambassades est simple : adapter les structures aux priorités de la France. Autre changement majeur au Quai d’Orsay, la création d’une Direction des affaires mondiales qui englobera la Direction générale de la coopération et du développement (DGCID, elle-même née de la fusion, en 1996, du ministère des Affaires étrangères avec le ministère de la Coopération), la Direction économique et une partie de la Direction des Nations unies chargée de suivre les grands dossiers dans les domaines économiques, environnementaux, culturels et de développement. Une telle structure – qui reste vague – suscite toutefois de nombreuses réserves de la part de nombreux diplomates qui attendent d’en voir les réalisations concrètes. L’Agence française de développement, elle, voit son rôle sur le terrain renforcé. Mais, face au rejet par le Conseil d’Etat de l’idée de placer directement à sa tête le Secrétaire d’Etat à la Coopération, procédé jugé inconstitutionnel, il a été décidé de créer un comité d’orientation stratégique sous l’autorité de celui-ci pour superviser les activités de l’agence. La RGPP avait préconisé le renforcement de la tutelle stratégique de l’État sur l’AFD, principal opérateur de l’aide publique au développement. Enfin, en consultation avec les dirigeants africains qui restent demandeurs de telles réunions, Paris a décidé de changer la formule des sommets franco-africains qui existent depuis 1973. Ainsi l’ambassadrice Louise Avon, chargée par le président français d’une mission de réflexion sur la rénovation de ces sommets, s’est déjà rendue au Sénégal pour consultation. « Le président Nicolas Sarkozy et le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner veulent donner une impulsion plus moderne et plus concrète aux futurs sommets France-Afrique, a-t-elle expliqué. Le monde, l’Afrique, la France ont beaucoup changé. » Il s’agit en fait, indique-t-on de source informée, d’y associer la société civile et le monde des affaires.

Par Marie Joannidis (MFI)
Lundi 23 Février 2009

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