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Forêts modèles : une approche innovante de la gouvernance territoriale




Forêts modèles : une approche innovante de la gouvernance territoriale
Le concept de "forêt modèle (MF) " est basé sur une approche innovante combinant les besoins sociaux, culturels et économiques des communautés locales avec la durabilité à long terme des paysages forestiers. Les forêts modèles, ce ne sont pas simplement des arbres.
 Ce sont des paysages forestiers et surtout des gens qui mettent en commun leur savoir-faire au sein de partenariats locaux et d'un réseau plus vaste en vue d'élaborer, tester et partager des solutions aux problèmes locaux en matière d'aménagement forestier durable. Tous ceux qui participent à la gestion des forêts modèles y consacrent non seulement de leur temps et de leur expertise, mais souvent aussi de leurs ressources financières.
 Venant du Canada et internationalisé au sommet de Rio (UNCED 1992), le concept de "forêt modèle", comme mode de gouvernance territoriale et participative, basé sur l'idée de larges partenariats œuvrant pour la durabilité au sein de paysages complexes, est particulièrement bien adapté à la recherche de solutions aux problèmes communs à toute la Méditerranée, et à d'autres encore, à travers l'innovation et la mise en réseau des acquis et expériences.
 Une forêt modèle, contrairement à son nom, n'est ni une forêt, ni un modèle. Elle n'est pas une forêt, parce qu'au sein d'une forêt modèle, on retrouve la forêt, mais aussi les autres modes d'utilisation de l'espace. La forêt jouant un rôle central, et les interactions, entre cet espace et les autres espaces (agriculture, terrains de parcours, zones humides, habitations…) sont aussi considérées. Ainsi, on parle de paysage ou territoire. La forêt modèle n'est pas un modèle, parce que le concept n'arrête pas une recette magique ou un processus unifié. Chaque région, selon ses spécificités, ses problèmes et les solutions envisageables, créée son propre modèle qui doit concourir envers le partenariat et la durabilité dans tous ses aspects.

Le réseau forêt modèle
en Méditerranée
 Les régions méditerranéennes ont décidé de collaborer dans le but d'établir un réseau de territoires partageant l'objectif de développer le concept de Forêt Modèle en Méditerranée, dénommé le Réseau Méditerranéen des Forêts Modèles (RMFM/MMFN en anglais), en tant que membre du Réseau International des Forêts Modèles (ou réseau mondial, IFMN en anglais) qui se trouve au Canada.       
Le Maroc est un membre fondateur du réseau méditerranéen de forêts modèles et sa première forêt modèle créée au sein des espaces forestiers et péri forestiers d'Ifrane est en phase finale d'institutionnalisation.
 Au niveau opérationnel, le réseau méditerranéen a essentiellement deux fonctions : au niveau des sites identifiés, promouvoir la gouvernance locale de paysages à dominante forestière à travers la création de forêts modèles, et au niveau régional développer et soutenir la mise en réseau des forêts modèles sur l'ensemble de la Méditerranée afin d'accélérer l'apprentissage et l'innovation en appui à la réalisation des objectifs approuvés dans le cadre de ce protocole.
 Principes de la forêt modèle : partenariat, paysage, engagement envers la durabilité, gouvernance, programme d'activités, mutualisation des savoirs et du réseautage
 o Partenariat : Chaque forêt modèle est un forum neutre qui fait bon accueil à la participation volontaire des représentants des valeurs et des intérêts que les intervenants portent au paysage
 o  Paysage : Le paysage est un milieu biophysique à grande échelle représentant un large éventail de valeurs forestières, y compris des préoccupations d'ordre social, culturel, économique et environnemental
 o    Engagement envers la durabilité : Les intervenants s'engagent à conserver et à gérer durablement les ressources naturelles et le terrain forestier
 o     Gouvernance : Le processus de gestion de la forêt modèle est représentatif, participatif, transparent et responsable et il favorise les pratiques de travail coopératives parmi les intervenants
 o    Programme d'activités : Les activités entreprises reflètent la vision qu'on a de la forêt modèle ainsi que les besoins, les valeurs et les défis de gestion des intervenants
 o    Mutualisation des savoirs et du réseautage : Les forêts modèles renforcent la capacité des groupes d'intérêt à exercer une gestion durable des ressources naturelles, à collaborer et à partager les résultats et les leçons apprises par le truchement du réseautage.
La structure
de gouvernance
 Les forêts modèles et leurs activités sont gouvernées et administrées selon les normes du pays et de la région où elles se trouvent. La gouvernance d'une forêt modèle est représentative, participative, transparente et responsable. Elle favorise la collaboration entre les intervenants et devrait inciter tous les intervenants à participer équitablement et efficacement aux activités suivantes : définir une vision d'avenir pour la forêt modèle; discuter des obstacles et des façons de concrétiser cette vision; élaborer un programme d'activités contribuant à l'accomplissement de la vision commune. La participation signifie permettre aux intervenants de jouer un rôle actif dans les processus décisionnels et les activités qui les concernent.  Elle doit permettre le changement. Il est donc inutile de permettre aux intervenants de participer s'ils ne peuvent pas influencer les décisions qui sont prises.
Quant à la transparence, elle fait référence à l'ouverture d'un organisme par rapport à ses activités, à fournir de l'information sur ces dernières, sur les lieux et la façon dont elles se déroulent, ainsi que sur son rendement.
 Concernant le consensus, tous les intervenants arrivent à une décision mutuellement acceptable (Cela ne veut pas nécessairement dire que tous les intervenants sont d'accord de façon unanime).
L'Imputabilité : La forêt modèle s'engage à répondre aux besoins des intervenants et à en tenir compte dans son processus de prise de décisions et dans ses activités; elle respecte cet engagement.  Une structure de gouvernance créée un environnement de procédure dans lequel les intervenants interagissent et les décisions sont prises en permettant à la forêt modèle de devenir active publiquement en tant qu'entité légitime et crédible.

Pourquoi la première forêt modèle marocaine à Ifrane ?
Ifrane est une ville modèle, vivante (tissu associatif très développé, plusieurs initiatives, diversité remarquable (culturelle, ethnique, habitats, biologique…). Elle est considérée comme la " capitale écologique du Maroc " et un laboratoire pour tester les nouvelles approches et stratégies en matière de biodiversité et paysage. Il y existe une réelle volonté et sensibilité politique pour sauvegarder et développer cet espace.  Ifrane est également un territoire qui est très étudiée à tous les niveaux. Tous les spécificités, atouts et problématiques du territoire sont recensés et les solutions envisageables sont répertoriées et testées pour quelques unes ;
Ifrane contient une espèce noble et emblématique du Maroc : Le cèdre de l'Atlas. Au niveau de la région du Moyen atlas, nous recensons 16 et 80 % de la cédraie mondiale et nationale, respectivement. Aussi, une faune très variée, dont le principal représentant reste le singe magot, espèce emblématique du Maroc.
Le Projet Ifrane, qui vient d'être achevé a permis d'amorcer une dynamique de développement socio-économique au et a permis de conclure plusieurs partenariats avec les acteurs du territoire.
Le concept " forêt modèle " est venu juste à temps pour concrétiser et institutionnaliser cette approche entamée par le projet Ifrane, en mettant tous les acteurs du territoire sur la même table et ou les administrations territoriales sont des partenaires parmi d'autres ; aussi, il y a lieu de mettre en exergue le rôle important joué par l'équipe du Parc National d'Ifrane qui a initié et développé une réelle approche de gestion participative et durable de l'espace.
Le secteur des filières (Écotourisme, PAM, Élevage; produits terroirs), un créneau prometteur à développer et à promouvoir. Toute fois la forêt modèle, en plus des actions de sensibilisation et d'information du grand public, doit se pencher sur les principales problématiques du territoire (surpâturage, consommation excessive en bois de feu et les délits forestiers).
 Par  Mohammed Benslimane
 Ingénieur d'Etat principal des eaux et forêts, DREFLCD Moyen Atlas

Formations forestières

Le Maroc est l'un des pays les plus originaux d'un point de vue géographique, climatique et écologique et, par voie de conséquence, parmi les plus intéressants sur le plan biologique et biogéographique. Plusieurs facteurs se sont conjugués pour offrir, à l'heure actuelle, une diversité floristique, faunistique et paysagère sans égal dans le bassin occidental de la Méditerranée. Aucun autre pays ne peut prétendre offrir sur une échelle géographique si restreinte, les milieux froid et glacial des hauteurs enneigées de l'Atlas qui culmine à plus de 4000 m, et les confins arides et chauds des hamadas désertiques du Sahara.     
Les formations forestières marocaines, à l'instar des forêts méditerranéennes, sont composées d'essences très hétérogènes, souvent claires et à structures très diverses.
Ces formations sont en majorité domaniales et s'étendent sur une surface d'environ 9.037.714 ha (dont plus de 3 millions d'hectares de nappes alfatières), soit 12,7% du territoire national.
Les forêts marocaines sont constituées de forêts naturelles de feuillus (Chêne Vert, Chêne-Liège, Chêne Tauzin, Arganier, Caroubier, Acacias, ...) et de résineux (Cèdre de l'Atlas, Thuya de Berbérie, Pin d'Alep, Pin Maritime, Pin Noir, Genévrier Thurifère, Genévrier Rouge, …), réparties entre les différents étages bioclimatiques, du semi-aride à l'humide.
La Cédraie occupe les zones de montagne dans le Moyen Atlas et le Rif, Les Chênaies occupent les plaines et piémonts de montagne, tandis que la seule Sapinière du Maroc trouve refuge à Talasemtane dans les altitudes du Rif occidental près de Chefchaouen. Au Sud-ouest, l'Arganeraie, espèce endémique, occupe des zones semi-arides et arides du Haut Atlas occidental et de l'Anti-Atlas. Plus au Sud, les Acacias constituent des climax pré-steppiques et pré-forestiers, dans les zones à bioclimats aride et saharien.
Le cortège floristique des forêts marocaines est riche en espèces d'arbustes et d'herbacées, dont un grand nombre d'endémiques ont un intérêt médicinal et aromatique.


La forêt en chiffres

 
Grâce à sa positon géographique privilégiée, entre la Méditerranée au nord, l'océan Atlantique à l'ouest et le Sahara au sud, et grâce à l'importance des chaînes de montagnes, dont certaines dépassent quatre mille mètres d'altitude, le Maroc présente une grande diversité bioécologique et une gamme très importante de milieux naturels différents.
Pour avoir une connaissance complète et homogène sur l'état du patrimoine forestier, le premier Inventaire Forestier National (IFN), réalisé entre 1990-2005, a permis de disposer d'une base de données cartographiques et numériques fiables et importantes sur la répartition géographique, la consistance et l'état général des ressources forestières.
Sur le plan de l'occupation et du statut foncier des terres, les formations forestières, paraforestières et alfatières sont en majorité domaniales et s'étendent sur une surface d'environ 9.037.714 ha, soit un taux de couvert de 12,7 % du territoire national.
Les peuplements forestiers, situés en majeure partie dans les climats semi-arides, subhumides et humides, sont composés d'essences et de structure très diverses. Leur répartition géographique reste liée aux bioclimats, à la topographie et à l'action anthropique.
Les formations forestières boisées couvrent une surface de 5.814.000 ha et sont constituées à 63 % d'essences feuillues (chêne vert, chêne-liège, arganier et acacias sahariens) et à 20 % d'essences résineuses (cèdre, thuya, genévrier, pin, cyprès de l'Atlas et sapin). Le reste de la superficie, soit 17%, est occupé par des formations basses (matorrals et essences secondaires) résultant souvent de la dégradation des forêts.
Le taux moyen de boisement du pays est de l'ordre de 8%, ce qui est en deçà du taux optimal (15 à 20%) nécessaire à l'équilibre écologique et environnemental.

Libé
Jeudi 1 Juillet 2010

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