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“Fissures”, ou l’improvisation en brèche




Le nouveau film de Hicham Ayouch est un pavé dans la mare cinématographique sans même prendre la peine de s’appuyer sur un scénario ou des acteurs dans des rôles précis.
Comme un peintre qui signerait son tableau d’un seul jet, sans esquisse, Hicham Ayouch, mû par un désir irrépressible d’accomplir son œuvre au plus vite, a tourné son dernier long-métrage en quinze jours dans des conditions surréalistes ou en tout cas loin des règles de la création du 7ème  Art.
Pourquoi toute cette hâte, cette précipitation?
Il faut recourir à la psychanalyse pour essayer de comprendre ce réalisateur  trentenaire trop pressé de montrer l’étendue de son talent.
Alors point de précaution de script et de répétition de scènes pendant le tournage. Les trois acteurs en lice, un trio de déjantés, sont libres de leurs mouvements pour s’autoriser toute sorte de liberté avec le fil conducteur du film rédigé….pendant le montage. Audace ou inconscience ? Seul l’avenir le dira mais devant la foi affichée par le jeune réalisateur qui croit dur comme fer en son projet, on est bien obligé d’accorder  un certain crédit à son talent.
Pour l’heure, c’est le CCM qui lui a avancé 300.000 DH sur recettes !...
Hicham, petit frère de Nabil et fils de Nourreddine Ayouch, est bien décidé, comme on dit, à « casser la baraque » d’un cinéma national trop englué dans des stéréotypes dictés par la société.
Les tabous doivent tomber et les verrous sauter, selon Hicham Ayouch qui croque des scènes hardies et osées qui ne manqueront pas de scandaliser les puritains. Allergiques aux scènes où alcool et sexualité semble faire bon ménage.
Curieusement aucune scène n’a été censurée, ce qui renvoie impitoyablement au « traitement » infligé à son aîné pour «Une minute de soleil en moins » qui n’est jamais sorti sur les écrans marocains pour refus d’obtempérer à la commission de censure.

Tanja Al Alia by-night
En plantant le décor à Tanger, à la nuit tombée, Hicham Ayouch restitue à la cité blanche toute sa magie séculaire, elle qui a bercé tant de poètes, d’artistes et de créateurs dans son cadre à nul autre pareil au Royaume.
Le fil de l’histoire lie le destin de trois personnages, une femme, Marcela, artiste-peintre brésilienne, un joyeux noceur, Abdel, sexagénaire et Nourreddine, un architecte plutôt porté  sur la bouteille.
Les relations à trois font ainsi leur entrée dans le cinéma marocain jusqu’alors formé (ou fermé) à deux.
 Pas étonnant donc que le film soit assorti d’une interdiction aux moins de 16 ans.
On verra à la file des spectateurs, la pyramide des âges apprécier à sa juste valeur l’évolution de la société marocaine.

Libé
Samedi 5 Juin 2010

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