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Fin de la route pour les emblématiques taxis Padmini de Bombay




Avec leur toit jaune vif et leur carrosserie noire, les ubiquitaires taxis Premier Padmini ont été pendant un demi-siècle l'emblème de Bombay. Mais ils s'apprêtent à faire leur dernière course, vers la casse.
Ces voitures compactes à la décoration intérieure souvent excentrique, cousines orientales de la Fiat italienne d'après-guerre, étaient autrefois visibles à tous les coins de rue de la capitale économique de l'Inde. Elles ont figuré dans d'innombrables films de Bollywood.
A leur apogée au milieu des années 1990, 65.000 Padmini sillonnaient nuit et jour les routes de la mégalopole. Progressivement remplacées par des véhicules neufs et moins polluants, il n'en reste plus que 300 aujourd'hui et les autorités prévoient leur disparition totale pour l'an prochain.
Pour beaucoup à Bombay, la mise hors service de cette voiture fabriquée en Inde, produit de l'économie socialiste des années 1960 du géant démographique d'Asie du Sud, marquera la fin d'un pan de l'histoire.
"C'est vraiment une voiture iconique: elle a été le seul véhicule utilisé par les compagnies de taxis ici pendant si longtemps...", explique à l'AFP A. L. Quadros, un représentant syndical de taxis. Les premières Padmini, version indienne de la Fiat 1100 Delight, ont vu le jour sur les chaînes de production du groupe Premier Automobiles à Bombay en 1964 grâce à un accord de licence avec le constructeur automobile italien.
Connues autrefois sous le nom "taxis Fiat", elles ont été renommées "Padmini" en 1973 d'après une mythique reine hindoue, qui aurait vécu selon la légende aux XIIIe et XIVe siècles. A l'inverse de Calcutta et Delhi, les autorités de Bombay avaient porté leur préférence sur la Padmini plutôt que sur l'Ambassador d'Hindustan Motors, autre voiture emblématique mais dont le gabarit imposant s'avérait moins pratique dans cette ville notoirement encombrée. "La Padmini a été choisie car elle était petite et attractive. C'était agréable à conduire et vous pouviez vous garer partout facilement. C'était confortable et les gens l'ont aimée", raconte M. Quadros.
Les Padmini se repèrent à leur plafond bas, leur grand levier de vitesse placé derrière le volant et leurs poignées chromées qu'il faut lever puis pousser pour ouvrir une portière.
Certaines sont particulièrement coquettes: des propriétaires ont tapissé les sièges et le plafond de motifs décoratifs, voire de néons multicolores qui illuminent l'intérieur du taxi la nuit...
Mais les Padmini sont aussi célèbres pour leurs freins défaillants, des tableaux de bord qui se gèlent, des portes qui ferment mal et une certaine tendance à laisser l'eau rentrer dans la voiture pendant les quatre mois de torrentielle mousson à Bombay.
En dépit de leur aura, les Padmini n'étaient pas des voitures de bonne qualité, rappelle Hormazd Sorabjee, rédacteur en chef de la publication spécialisée Autocar India. "La soudure était mal faite et bâclée. Elle était déjà dans un état exécrable en sortant de l'usine et vous deviez probablement la faire réparer. C'était comme ça en Inde à cette époque", raconte-t-il, en référence à la période avant la libéralisation et l'ouverture de l'économie indienne en 1991.
La libéralisation a ouvert la voie à l'arrivée de nouvelles voitures, plus spacieuses, fiables, confortables et économes en carburant comme les modèles Hyundai. La flotte de Padmini a alors décliné avec régularité, leur production a été arrêtée en 2000.
Le coup de grâce est finalement venu en 2013, lorsqu'au nom de la lutte contre la pollution, le gouvernement a banni des rues surchargées de Bombay toute voiture vieille de plus de 20 ans.
A la perspective de se séparer de sa fidèle Padmini, le chauffeur de taxi Mukund Shuklar ressent un pincement au coeur. "Cette Padmini a été ma compagne pendant deux décennies et elle me manquera énormément", dit le chauffeur de 47 ans, qui prévoit de contracter un emprunt bancaire pour rassembler les 500.000 roupies (7.000 euros) nécessaires à l'achat d'un nouveau taxi.

Libé
Lundi 19 Juin 2017

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