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Fin de la crise opposant les futurs professeurs et le gouvernement …Et après ?

L’Etat a systématiquement péché dans ses politiques en matière d’éducation et de formation en faisant preuve d’indifférence ou, dans le meilleur des cas, d’improvisation et de manque de méthode




S’il est inutile de commenter les deux fameux décrets qui ont tant préoccupé depuis six mois 10.000 stagiaires,  l’opinion publique, la presse, des organisations syndicales, des droits de l’Homme et une bonne partie de la classe politique, il y a lieu de penser aujourd’hui que l’issue qu’aura connue cette crise pourrait a priori être considérée comme satisfaisante. Sur un plan purement technique, les trois mois restants suffiront pour effectuer l’essentiel du dispositif de qualification : dans les conditions normales où la formation modulaire (au centre) alterne avec les mises en situation pédagogiques (stages pratiques), 360 heures sont consacrées à la formation dans le centre contre 476 heures réservées au stage. Comme celui-ci est reporté au premier trimestre de l’an prochain, seule la formation modulaire est à effectuer d’ici à fin juillet. A raison de 30 heures par semaine, 12 semaines pourront mathématiquement suffire pour assurer le programme annuel, soit du 2 mai au 23 juillet, la dernière semaine (du 25 au 30 juillet) devant être consacrée à l’examen final (volet théorique).
Si l’on s’en tient à ces considérations strictement calendaires, la résolution du conflit opposant le gouvernement à ces stagiaires, n’aura pratiquement pas provoqué de dégâts majeurs : la ‘’formation théorique’’ aura bien lieu cette année même, de façon juste un peu plus concentrée ; la formation pratique se tiendra sans doute consécutivement l’année prochaine, faisant ainsi d’une pierre deux coups puisque ces stagiaires auront la responsabilité de classe, ce qui permettra de compenser en même temps une bonne partie du contingent des enseignants à la retraire l’an prochain. De surcroît, chacun de ces futurs enseignants percevra sa bourse initialement décrétée de 1200 DH pour les trois mois restants de l’année et -à titre rétroactif- pour les mois de septembre-octobre 2015, bourse qui sera majorée de 1600 DH lors des stages (prévus de septembre à décembre 2016), tandis que l’évaluation du ‘’volet pratique’’ se fera en décembre prochain et le concours de recrutement -tel que décrété aussi- interviendra en janvier 2017, aussitôt suivi des affectations en février. Toutes les conditions d’une formation complète se trouvent ainsi réunies dans ce tableau désordonné où tous les protagonistes (stagiaires et gouvernement) semblent avoir sauvé la face : le gouvernement d’abord aura maintenu les deux décrets objet de discorde, moyennant juste le recrutement de tous ces stagiaires avant même qu’on sache ce qu’il en sera des résultats des examens de fin de formation et du concours (mais une situation aussi chaotique ne saurait mieux se terminer) ; ensuite les stagiaires -qui n’auront finalement certes pas réussi à faire annuler les deux décrets au profit de la postérité- auront personnellement eu gain de cause au moins sur la question de leur recrutement qui ne sera pas d’ores et déjà conditionné par leurs performances effectives.
Qui a donc perdu au terme de cette histoire pour ainsi dire tragicomique ? Ce sont à coup sûr les deux protagonistes et notre Ecole, dès lors qu’on tient compte des dimensions éthiques et professionnelles de cette affaire trop sensible pour être traitée avec autant d’amateurisme et de cynisme. Car quels que soient les motifs de satisfaction que les uns et les autres pourraient désormais tirer du dénouement de ce fâcheux imbroglio, le mal est fait et de façon durable.
En premier lieu, l’Institution devait en toute logique politiquement en pâtir puisqu’elle a en l’occurrence montré son incompétence verticale tant par sa méthode expéditive et dilettante de réformer (en publiant ses deux décrets presqu’à la sauvette pour les renier à présent dans les faits) que par sa culture primaire de gérer les résistances (en adoptant tantôt la sourde oreille et la stratégie de l’usure, tantôt la répression grotesque avant de lâcher à la fin, sous la pression, ce qu’elle aurait dû céder depuis le début si elle maîtrisait un tant soi peu l’art de la négociation).
En second lieu, les futurs enseignants sont autrement perdants du fait que les deux décrets objet de contestation sont théoriquement toujours là (tout ça pour ça !), que le coût psychologique de leur mouvement devra être à terme traumatisant pour eux et préjudiciable pour leurs futurs élèves et, enfin, que leur entrée dans la carrière aura été définitivement marquée davantage du sceau d’un passage en force que d’une véritable initiation académique, didactique et pédagogique nécessaire à l’exercice d’un métier impossible où la méritocratie est plus que jamais en question.
Mais le principal perdant, à qui l’on pense peu, demeure bien entendu l’élève marocain déjà en souffrance même face à d’anciennes recrues normalement formées. Car ce que l’actualité des professeurs stagiaires aura terriblement occulté cette année, c’est le niveau de cette nouvelle génération de professeurs, leurs compétences disciplinaires à l’entrée, leurs compétences professionnelles à la sortie, compétences qui laissent souvent à désirer mais que le marché de l’emploi devrait intégrer à tout prix, quelle qu’en puisse être l’incidence néfaste sur les apprenants, parce que les besoins sont considérables (au regard des départs massifs à la retraite), parce que le vivier du recrutement qu’est l’université ne saurait fournir de meilleurs profils, parce que l’enseignement est devenu moins une vocation que le pis-aller pour beaucoup d’étudiants qui n’ont pas pu aller ailleurs (ingénierie, médecine, recherche…), et parce que  l’Etat a systématiquement péché dans ses politiques en matière d’éducation et de formation en faisant preuve d’indifférence ou, dans le meilleur des cas, d’improvisation et de manque de méthode dans la conception, la mise en place et le suivi des réformes même les plus élémentaires.

 * Formateur au Centre régional des métiers de l’éducation et de la formation de Meknès.

Par Noureddine Nimgharen *
Vendredi 6 Mai 2016

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