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Fenêtre... : Solitudes




Nombreux sont les attributs qui qualifient l’être des temps modernes. Il est l’être de la légèreté, pour Milan Kundera. Il est l’être de la technique, pour Martin Heidegger. Et puis, il est l’être de toutes les solitudes si l’on revisite les traces poétiques de Fernando Pissoa, René Char, et j’en passe. Expérience existentielle par excellence, la solitude ne peut se traduire qu’au pluriel. En effet, toute solitude est un enchevêtrement d’autres solitudes désignant la part obscure de ce qui définit le Dasein humain comme structure incompréhensible. La solitude est un épochè du social, des fonctions collectives, des pratiques groupales, des impératifs de la doxa. La solitude est un résultat. Elle émane d’une réflexion profonde qui finit par engager l’être à se saisir comme vérité ontologique qui se déploie en dehors des raisonnements du commun des mortels. Mine de rien, la solitude est une interprétation de la vie du groupe. Elle est refus, méditation et conscientisation externe et objective des anomalies de la vie en groupe. En tant qu’expérience limite de l’existence humaine, la solitude programme le devenir de l’être, cet être qui, pratiquement, ne doit s’autoriser que de lui-même pour donner sens à son existence. La solitude commence avec l’avènement de l’être au monde. C’est en fait cette séparation biologique du corps de la mère qui nourrit chez l’être le sentiment d’être en quête permanente de Salut. Catapulté dans le hic et nunc du monde/réalité, l’être, délaissé, achemine vers son sens ontologique qu’est sa propre connaissance. Le cogito cartésien «je pense donc je suis» fait de l’être à la fois sujet et objet de réflexion. L’être  connaît désormais la vérité de son existence indépendamment d’autrui, chose que les adeptes de la phénoménologie réfutent, dès lors qu’une telle connaissance ne permet pas l’accomplissement de la connaissance de l’être comme être puisque sa véritable vérité lui vient essentiellement du dehors, c’est-à-dire d’autrui qui le pense de l’extérieur. Dans le cas de Descartes, l’être découvre une solitude fondamentale qui lui permet de vérifier tout seul la véracité de son être. Dans le cas de la phénoménologie, l’être découvre une autre solitude que lui impose le regard d’autrui pour finir dans la «timidité», à titre d’exemple comme le souligne Sartre dans «l’être et le néant». On ne naît pas seul, on le devient. La solitude se choisit parfois comme fondement de l’être. Mettons l’accent ici sur les différentes fonctions de la solitude. De sa fonction poétique à sa fonction mystique, la solitude acquiert le statut d’un besoin sine qua non sans lequel l’exercice de la méditation, de l’intériorité ne sera plus. L’inspiration est solitude. L’écriture est solitude. La lecture est solitude. La douleur est solitude. La joie est solitude. La solitude est un sentiment. La solitude est la manifestation d’être tragique. C’est à partir du moment où l’être se réduit à son être initial, c’est dire sa vérité originale qu’est la prise de conscience de «finitude», qu’il sombre dans la procréation comme forme compensatrice. D’où les pratiques artistiques qui favorisent à l’être un retour à soi et, surtout, une possibilité de faire face à l’inconnu, à l’imprévu, à la mort. Dans cette optique, la solitude est à concevoir comme le contraire du neutre. Etre seul n’est pas neutre du fait qu’il s’agit là de l’expression d’un état, d’une logique qui condamne la logique des autres. Il s’agit, en d’autres termes, d’une prise de position vis-à-vis de quelque chose. La solitude est un dégagement du radicalement neutre. Lorsqu’elle est poétique et mystique, la solitude est quête de l’éternellement fraternel. Sa quiddité poétique et mystique, en effet, se soulève contre la misanthropie. Révélatrice à bien des égards, la  solitude choisie et assumée par Jean-Jacques Rousseau explique son attachement au genre humain et à sa condition d’être. Tout se passe ici comme si l’auteur des «Rêveries du promeneur solitaire» avait opté pour la solitude comme forme de plénitude ontologique qui arrache l’être des racines du Mal et l’engage dans les chemins du Bien. La solitude est donc Amour puisqu’elle est source d’Amour. Elle est silence et paix de l’âme. Elle est bonne compagnie. Elle est l’amie qui donne conseil. Elle est entretien infini avec soi-même. Elle est quête du métaphysiquement possible…

Atmane Bissani
Jeudi 7 Octobre 2010

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