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Fenêtre : Religion et politique




Affirmons illico que politique et religion sont fort loin de cohabiter ensemble du fait que leurs champs d’investigation sont si délicats. Au demeurant, le domaine du politique demeure essentiellement le temporel, quant à celui du religieux, il n’est strictement autre que le spirituel. Entre temporel et spirituel la profondeur est tellement abyssale que la logique de l’un ne fonde point la logique de l’autre. Il s’agit dans cette optique de définir, de prime abord, le sens du temporel et le sens du spirituel selon des discours bien précis. Concernant le discours du temporel, il est versatile, historique, condamné à l’éternel changement. Le discours du spirituel, lui, est un discours pur, transcendantal et éternel. Le domaine du politique, désormais temporel, reste le stratégique, le numérique et le rationnel. Le domaine du religieux, désormais spirituel, reste, quant à lui, la foi, le métaphysique, le mystique et le dévotionnel. Entre ces deux domaines, temporel et spirituel, le sens erre. Le sens du temporel n’est pas fait, il est probable, il se fait sur le tas, il est inscrit dans la logique du devenir et de l’à venir. Il échappe à toute certitude et à toute exactitude dès lors qu’il s’assujettit forcément et objectivement aux rythmes des conjonctures. A contrario, le sens du spirituel se propose de véhiculer un sens déjà fait, absolu, clos et structuré préalablement. Son sens est certain, exact, subjectif, indépendant des conjonctures relatives au changements qui façonnent le monde extérieur. Ceci dit, le discours politique induit le discours religieux en erreur et vice-versa. C’est-à-dire que lorsqu’on s’efforce à faire du religieux un thème, une stratégie  et une vision politique, on s’incline à déjouer la nature de la religion elle-même en tant qu’expérience spirituelle purement individuelle. Réciproquement, lorsqu’on tente de faire du politique un thème, une stratégie et une vision religieuse, on se penche à tromper le contenu de la pratique politique en tant qu’orientation et réglementation des affaires publics. De tout temps, le fondamentalisme religieux a toujours versé dans le politiquement et religieusement incorrect, et ce en faisant du religieux un champ proprement politique. Ainsi, ses adeptes, adoptent-ils, brillamment et éloquemment, un discours endoctrinant visant l’altération des consciences. Prosélytisme et propagande sont leur devise. Fausses promesses et superstitions sont leur credo. Mathématiquement parlant, la logique des choses veut qu’un masque en déchire un autre et qu’un calcul en démente un autre. Placé dans une sphère spécifiquement matérielle et interindividuelle, le calcul politique est incessamment voué à gagner ou à perdre. Placé dans une sphère spécifiquement immatérielle et transcendantale, la religion se refuse à la notion de calcul car elle est proprement divine. C’est bien là, effectivement que le bât blesse. Vouloir soumettre le système religieux aux spéculations politiques, c’est entraîner sa propreté et sa pureté dans les voies  labyrinthiques des polémiques et controverses incontrôlables. C’est le désacraliser en lui ôtant ses fonctions premières et éternelles que sont l’illumination, la pureté de l’âme et la quête d’un bonheur immuable. Si la religion est sacrée, la politique ne l’est pas. Si la religion est une expérience privée, la politique ne l’est pas. Si le langage de la religion est céleste, celui de la politique est terrestre. Si le discours politique est intrinsèquement idéologique, celui de la religion ne l’est pas et ne se doit pas de l’être. De par sa qualité de se fonder sur le relatif et sur le compromis, la politique garantit la coexistence des religions dans un espace public fondé, essentiellement, sur le partage, le respect mutuel, la tolérance et le pardon. Respectivement de provenance céleste et terrestre, le dit de la religion et le dit de la politique semblent dire le rêve formulé par le philosophe français Jaques Derrida, dans le même contexte : « ce dont je rêve, ce que j’essaie de penser comme la « pureté » d’un pardon digne de ce nom, ce serait un pardon sans pouvoir : inconditionnel mais sans souveraineté. La tâche la plus difficile, à la fois nécessaire et apparemment impossible, ce serait donc de dissocier inconditionnalité et souveraineté. » (Le siècle et le pardon, Seuil, 2000.) Il serait on ne peut plus clair, suivant ces propos-ci, que le domaine de la politique relèverait de l’« inconditionnalité » puisqu’elle s’engage à défendre les libertés et les droits des individus. Quant  au domaine de la religion, lui, il relèverait de la « souveraineté » si l’on considère la suprématie d’une religion sur une autre. La folie de Jacques Derrida « n’est peut être pas si folle », (Ibid), si, à l’unanimité, la conviction selon laquelle « politique » et « religion » forment deux structures distinctes est reconnue comme évidence…

Atmane Bissani
Jeudi 3 Novembre 2011

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