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Fenêtre... : Penser le «vide»




L’idée du « vide » n’est pas neutre car elle interroge les capacités cognitives de l’être de manière à ce qu’il se positionne volontairement du côté de l’absence ou de la présence, du côté de l’être ou du néant, du côté de la vie ou de la mort. Du « vide » émanent plusieurs autres acceptions relatives à la connaissance et aux sentiments et émotions humains. Le « vide » ontologique commence avec l’absence de repères éclairant le chemin de l’être dans les labyrinthes de la vie. Il commence avec la tombée de la nuit de l’errance, avec le sentiment du « rien à faire » et du « nulle part.» L’être du « vide » se trouve catapulté dans un monde fait d’insignifiance, d’arbitraire et d’inanité. L’être du « vide » va son chemin à la lisière de l’absence d’une trace fiable pouvant guider ses pas, et la présence d’une trace incertaine pouvant rendre d’autant plus douloureuse sa croisière ontologique. Le « vide» structure sa dynamique et sa logique sur la production de synonymes tragiques. Le « vide » compose en effet avec l’absurde, le chaos, le néant, la mort, etc. Il compose avec le conditionnement négatif de l’être. D’où la question : et après ? Il s’agit là de réactualiser le mythe de Sisyphe, lequel Sisyphe pense à l’encontre de sa volonté et suit à la lettre près la volonté des dieux qui l’ont condamné à vivre sa tragédie existentielle. D’où aussi la question : et si Sisyphe avait dit non à ses dieux ? La réponse restera en suspens car elle ne tranchera point, elle ne fera qu’ouvrir d’autres questions et d’autres débats à caractères politique, économique, et bien d’autres. Toutefois, il faut dire que Sisyphe était obligé d’accomplir mécaniquement sa tâche de monter et descendre afin d’honorer spectaculairement sa fonction de personnage tragique, et  afin de permettre aux humains de comprendre et de connaître leur situation dans le monde. De même pour tous les personnages de fiction : si seulement ils avaient la possibilité de choisir leurs propres destinées ; si seulement il leur était possible de dire non à leurs créateurs. L’être du « vide » c’est l’être qui ne refuse jamais ce qu’on lui demande. Il est l’être des grands paradoxes car sa condamnation relève aussi de sa propre volonté d’accepter d’être condamné. Si l’être du « vide » entame, ne serait-ce qu’occasionnellement, le jeu de la « méditation » et de l’ « adaptation » de sa raison et de sa pensée libre aux contextes dans lesquels il se trouve, il se sentira fort de ses capacités créatrices et ses potentialités inventives tant sur le plan de l’expérience de la vie intérieure que sur le plan de l’expérience de la vie extérieure. Pris dans une acception laudative, le « vide » apprend à l’être de se saisir comme énergie qui illumine le sens de l’existence. Le «vide» cultive la « patience » et nourrit chez l’être le sens de la « méditation » mystique. Le « vide » à ses secrets. Face au « vide », en fait, l’être devient attentif, prudent, facile à dompter car il entre peu à peu dans les cercles in-visibles de la transe salvatrice des maux de la vie et du monde. Au-delà de sa part métaphysique qui suggère l’idée de la mort, le « vide » peut suggérer la vie lorsqu’on le pense comme source de développement de l’énergie interne que recèle l’être. La contemplation du « vide » cultive la sagesse du « silence » et donc l’être entre en soi en vue de reconnaître ses points faibles et ses points forts, ses peurs et ses craintes, ses ambitions et ses choix, etc. Le « vide » est une sagesse si on sait développer ses acquis et ses apports en soi. D’ailleurs l’expression « faire le vide » est fort révélatrice dans cette perspective en ceci qu’elle laisse entendre que l’être a tellement besoin de fermer les yeux et les oreilles et de rentrer en soi afin de récupérer sa trace d’être humain dans ce monde des grands bruits. Vider son cerveau, respirer profondément, relâcher son corps pour retrouver ses esprits n’est autre que la fabrique exclusive de cet exercice qu’est « faire le vide. » « Faire le vide» revient à dire aussi se laisser guider par l’instinct, par l’intuition, par le mouvement d’une âme libre, heureuse et tranquille qui traverse les cieux sans obstacle aucun. C’est se voir vibrer suivant le rythme de la réconciliation de l’être en tant que corps avec l’être en tant qu’âme. Ainsi, la vacuité ontologiquement tragique cède-t-elle immédiatement la place à la vacuité ontologiquement spirituelle. L’essence du « vide » ne réside pas dans le « vide » en tant forme existentielle, mais plutôt dans la compréhension qu’on en donne. L’être peut bien vivre l’expérience tragique du « vide » dans une ville moderne, mais, il peut, curieusement, bien vivre l’expérience d’un bonheur inouï du « vide » en plein désert. Tout dépend de la manière de voir de l’être…

Atmane Bissani
Jeudi 10 Mars 2011

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