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Fenêtre... : Notules sur la poésie de Charles Baudelaire




Né le 9 avril 1821 et mort le 31 août 1867 à Paris, le poète français Charles Baudelaire constitue à lui seul une institution poétique incontestable. Il demeure à plus forte raison l’une des traces les plus énigmatiques de l’histoire de la littérature universelle en ceci qu’il renonce à toute les tentatives de moralisation de l’acte poétique comme acte libre et libérateur. Il a battu en brèche la doxa des classiques pour fonder son esthétique sur la modernité comme argument poétique. Si le génie poétique de Charles Baudelaire a commencé si tôt, c’est parce que sa curiosité et son audace de découvrir et de dire l’insolite étaient si fortes. Au fond, la voix poétique de Charles Baudelaire est une interrogation qui porte sur le monde en tant que structure dont le paradoxal rime curieusement avec le commun. Charles Baudelaire, en effet, quête la vérité des choses dans leurs caractères impensables, inédits et étranges. «Le beau est toujours bizarre », disait-il. En témoigne son recueil de poésie «Les fleurs du mal », texte scandaleux quant à sa portée sémantique. Le poète était effectivement condamné à cause de son recueil au même titre que Flaubert pour «Madame Bovary » ou Stendhal pour «Le rouge et le noir. » Charles Baudelaire s’acharne dans sa pratique poétique à repérer la beauté dans la laideur, l’éternel dans l’éphémère et le possible dans l’impossible. «Les fleurs du mal » tournent autour de l’idée du transcendantal et du descendantal, le bien et le mal, le diable et le bon Dieu. Pour Charles Baudelaire, le monde est deux mondes : le sensible et l’insensible, la vérité absolue, elle, fait partie du second car seule la vérité corrompue appartient au monde sensible. L’accès à cette vérité absolue nécessite un moyen, un truchement qui puisse être fiable tel l’art, la poésie, l’acte d’amour, etc. Le poète traite ici d’un état de transcendance qui réconcilie l’être avec son intériorité comme expérience existentielle. L’acte poétique chez Charles Baudelaire est déterminé par une sensibilité fondamentale et par une intuition mystique très fine. Son monde poétique est le produit immédiat des grands échecs qu’il a connus toute sa vie durant. Son intuition l’oriente donc à la recherche d’une autre vérité (qui serait la vérité) dans un au-delà pur et propre. Son univers poétique émane logiquement de cette quête d’un autre possible existentiel qui puisse possibiliser la vie humaine. Invitation au voyage, la poésie de Charles Baudelaire rime avec l’invitation à la connaissance. Ainsi, pour lui, toute connaissance est-elle capitalement sensuelle. Du visuel à l’olfactif, du gustatif à l’auditif, du tactile au sixième sens, la connaissance chemine librement tout en produisant différents horizons de son approfondissement. L’écriture poétique de Charles Baudelaire ne se limite pas à sa seule logique esthétique mais il la dépasse pour toucher aux énigmes de la vie et de l’être moderne. Pour mettre en exergue cette difficulté de vivre aisément dans le monde moderne, Charles Baudelaire opte pour un mot poétique sibyllin et une syntaxe sinueuse. Ce traducteur d’Edgar Alain Poe construit un monde magique et fantastique d’une beauté tellement inouïe car sa logique est on ne peut plus simple. Ce grand amoureux du corps féminin, ce grand agitateur des sens, ce grand peintre des sentiments humains les plus abscons a produit une œuvre qui témoigne de sa célébration de la femme, de son blasphème et de sa sacralisation comme si elle était Dieu. Lieu de tous les mystères, la femme a toujours été pour Charles Baudelaire un continent noir à saisir et à comprendre. Muse, elle oriente ses sens et inspire sa matière poétique. De sa présence physique, il sonde l’absence métaphysique ; du contact avec son corps il entre en union avec Dieu et s’installe dans le royaume de l’immortalité. La fonction mystique de la poésie de Charles Baudelaire renvoie ici à ce besoin existentiel qu’éprouve l’être à certaines périodes de sa vie. Il s’agit, symboliquement, de la dimension spirituelle que recèle l’être humain en tant que matière possédant une âme rebelle jusqu’à sa satisfaction sensuelle et sensorielle. A travers son corps pervers et son âme pure, Charles Baudelaire s’oriente vers la démesure comme fondement logique de la compréhension du monde. Son univers poétique résume son expérience existentielle avec ses hauts et ses bas, lui qui disait : «Je suis l’Ange gardien, la Muse et la Madone»…

Atmane Bissani
Jeudi 16 Décembre 2010

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