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Fenêtre… : Les mots et les êtres




Les mots constituent l’essentiel de l’expérience existentielle humaine. Ils servent à dire le monde, à le décrire, à le critiquer, à le penser en tant que lieu de fonctionnement de l’épreuve de l’existence. Les mots ont leur propre âme. Elle est invisible car son lieu d’existence réside dans la méditation. Les mots, touts les mots, exigent de nous une profonde méditation et un profond voyage dans la contemplation des Lettres qui les composent. Qu’elles soient tracées à la verticale ou à l’horizontale, les lettres recèlent leur sens invisible et donc l’âme des mots qu’elles fabriquent. D’où l’entrecroisement entre expérience relative aux mots, et expérience relative aux êtres. La désignation « mots croisés » ne relève pas du seul jeu ; elle peut être porteuse d’un autre sens dont l’ontologique flirte avec l’anthropologique. Les mots ne sont pas neutres. Ils peuvent tuer comme ils peuvent faire renaître un être. Le « mot » vit dans sa trace et se nourrit de son effet. Dans ce sens, l’être qui en fait usage, doit s’armer de sa bonne foi et de son bon sens, sinon le tragique l’emporte et l’exercice de la langue chemine mal. « Etres » et « mots » s’entrecroisent pour signifier. Si fonctionnellement les « mots » structurent la pensée de l’être et si l’« être » structure la dynamique de la langue à partir de ses mots, logiquement, un mot n’acquiert son sens véritable qu’à partir de la relation qu’il tisse avec d’autres mots. Le sens d’un mot ne dépend pas forcément de lui-même mais de sa capacité de créer des liens avec d’autres mots et dans différentes situations linguistiques. Tout se passe ici comme si le mot avait besoin de se miroiter dans un autre afin d’avoir une existence. Tout se passe aussi comme si le mot n’existait pas en soi, mais plutôt dans ses potentialités de vivre avec d’autres mots. Le jeu ici, si jeu il y a, est un jeu de réflexivité et d’entrecroisement. Le mot quitte sa logique pour s’installer dans la logique d’un autre. Il se laisse réfléchir dans un autre tout en croisant d’autres. Tout comme l’être humain, le mot a besoin de voyager d’un lieu à un autre afin de se définir comme sens. Tout comme l’être humain, le mot a besoin de croiser d’autre mots, d’autres identités pour enrichir son expérience existentielle. D’où le rôle de la traduction comme moteur de valorisation de l’expérience existentielle d’un « mot.» Pour signifier le « mot » a besoin d’être traduit dans la langue de l’autre ; pour signifier, l’« être » a besoin d’être traduit dans le regard de l’autre. La langue de l’autre et le regard de l’autre sont le lieu fiable qui puisse designer la réalité d’un « mot » ou d’un « être » en ceci qu’ils émanent de la logique de la différence. Ainsi, l’identité d’un être humain ou d’un mot demeure-t-elle extrinsèquement liée à l’extérieur et non intrinsèquement liée à l’intérieur. Dans cette perspective, le mot et/ou l’être tirent leur valeur, laquelle valeur selon Ferdinand de Saussure fait partie de la signification, de la place qu’ils occupent par rapport aux valeurs que définit un système donné. En tant que système, la langue évolue grâce aux nouveaux mots qui entrent dans sa fabrique, des mots qu’elle invente par nécessité. De même pour l’être qui évolue grâce au cumule d’expériences qu’il vit dans sa relations avec les autres comme cultures et comme civilisations. Le mot « être » fonctionne comme interrogation de l’être « mot », c’est-à-dire que la relation entre l’ « être » et le « mot » est fort étroite dès lors que la fonction théorique et ontologique de l’un dépend de la nature de l’autre. Entre le mot  « foi » et le mot « science », par exemple, le « mot » ne demeure plus neutre car, en devenant une notion,  il acquiert une autre valeur qui traduit la nature de l’« être » et donc la relation « foi/science » signifie selon les contextes socioculturel et socio-économique. Le couple « raison/superstition » se prête à lire dans la même optique. En effet, les mots  « raison » et « superstition » deviennent plus des notions/concepts qui définissent l’être que de simples mots puisés dans la banque de la langue. Les exemples sont si nombreux que leur exposition ici ne peut que relancer les vieux débats concernant la « vie » et la « mort », l’ « origine » et la « copie », le « bien » et le « mal », le « physique » et le « métaphysique », le « sens » et le « non-sens », etc. Les « mots » accomplissent parfaitement bien leur mission de désignation du monde et de ses objets, or ce n’est pas tout : le « mot » est une connotation d’une forme de pensée ; il est saisissement de l’inédit que recèle l’ « être » ; il est manifestation de la relation qu’a l’être avec le passé, le présent et le futur. Se prononcer c’est exister, et exister c’est définir par des mots. Les « mots » ne sont pas contingents ; ils sont nécessaires. Et comme ils sont nécessaires, ils sont loin d’être un artifice : ils disent l’« être » et son époque, ils l’accusent, le condamnent ou le promeuvent. Les « mots » sont des « êtres » qu’il faut savoir dompter. Ils sont les passeurs de l’histoire de l’« être », ils sont les protecteurs de sa mémoire des ravages de l’oubli…

Atmane Bissani
Jeudi 15 Septembre 2011

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