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Fenêtre... : Le sens du Secret, le sens de l’Existence




Fondateur de la déconstruction, Jacques Derrida avance dans son livre intitulé «Passions» que «le secret, c’est ce qui est, dans la parole, étranger à la parole.» Qu’est-ce que le secret ? Comment le définir philosophiquement, c’est dire existentiellement ? Et peut-on vivre sans secret ? Le secret est une révélation qui ne s’exprime pas, qui ne se dit et ne se traduit pas. Le secret révèle un état d’être, un mode de vie que le dire dissimule comme identité seconde de l’être. Le secret demeure, dans ce sens, la part occultée de la parole. Il est sa tragédie, son étrangeté et sa solitude dès lors qu’il la prive d’accomplir sa fonction initiale et ontologique qu’est la révélation. Le secret tient un rapport fort étroit avec le sens de l’existence. En effet, avoir un secret c’est avoir une existence à part, c’est avoir une intimité, une vie privée, c’est avoir un cercle propre à soi, c’est vivre dans une ombre qui se refuse à la lumière. Le secret s’épanouit dans le silence et l’ombre. Sa révélation serait l’exposer aux rayons du soleil de la vérité qui brûlerait l’intelligence. Ainsi, métaphoriquement, le secret acquiert le sens de la vie de l’être, sa révélation serait sa mort symbolique. Abdelfattah Kilito, dont l’œuvre est une quête permanente des secrets que recèle la littérature arabe classique, nous apprend dans son essai intitulé « Abou-l-‘ala’ al-Ma’arri et les labyrinthes de la parole », que le poète Ma’arri avait un secret, sa chose à lui, sa propre solitude, que son dit poétique disait avec trahison. Peu importe ici si le secret de Ma’arri avait trait à sa croyance ou son athéisme, ce qui importe c’est que le secret est une valeur et une raison d’être on ne peut plus ontologique. Le secret définit la relation à l’autre comme relation menacée à chaque instant. Si l’autre détient le secret du même, ce dernier perdra sa part cachée et deviendra sans visage. Dans cette perspective, avoir un secret revient à dire avoir un visage ; perdre son secret équivaut à perdre son visage. Ceci dit, le secret revêt une autre dimension plus tragique. En effet, si le secret est une vérité/connaissance que seul le même détient, sa révélation entraîne immanquablement le passage de l’autre à l’état d’Œdipe. Tout, effectivement, comme Œdipe qui s’est crevé les yeux et Jocaste (son épouse/mère) qui s’est suicidée suite à la découverte de la vérité de leur union, autrui chute dans le désarroi et l’embarras que crée la révélation d’un secret. Révélé, le secret met en crise l’altérité. La relation à l’autre devient critique, voire même tragique en ceci que le secret en tant qu’intimité, en tant que vérité sacrée du même acquiert le statut d’une possession collective, ce qui métamorphose la relation à l’autre. Le secret est également lié à la notion de texte. Tout texte est une concrétisation d’un sens/secret occulté. La fonction de la lecture demeure essentiellement la révélation de ce que le texte ne dit pas solennellement mais sous couvert. L’être humain est à comparer, suivant cette logique, au texte. L’être est un texte dans la juste mesure où il recèle un sens/secret qui le définit ontologiquement. Il est un texte parce qu’il cache plus qu’il ne révèle. Le sens/secret de l’être/texte situe la connaissance aux interstices du bien et du mal. Le secret est secret car il surpasse la logique du bien et du mal. C’est pratiquement par-delà le bien et le mal que s’exerce un acte humain conçu, socialement et moralement, comme étant secret. La vie humaine est un amas d’événements et d’expériences. Raconter ces événements et expériences par-delà le bien et le mal n’est point évident du fait que le secret, l’orgueil silencieux d’une personne, prend place au milieu de son vécu comme trace relative à sa particularité existentielle. Retour à Jacques Derrida : « et le secret restera secret, muet, impassible (…) étranger à toute histoire, (…) à toute périodisation, à toute épochalisation.» Le secret, suivant ces propos-ci, échappe à toute pratique synchronique et/ou diachronique. Le sort du secret c’est de vivre entre pensable et impensable, possible et impossible, logique et illogique, bien et mal. Le secret trahit  l’identique et fonde le différent. Le secret est et n’est pas…

Atmane Bissani
Jeudi 10 Juin 2010

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