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Fenêtre... : Le Pardon




Le pardon comme théorie et comme pratique a toujours été lié aux fonctionnements sociaux qui distinguent toutes les civilisations. Si les relations interindividuelles sont minées de conflits qui peuvent surgir incessamment, le pardon jaillit comme touche magique capable de panser la plaie et permettre à la normale de reprendre. La logique du pardon et tellement profonde et tellement solide car elle se fonde essentiellement sur le typiquement humain : le « don. » Le  don en effet demeure la racine du verbe « pardonner ». Pardonner donc revient à dire donner. Dans le pardon il y a aussi l’idée d’abnégation et de sacrifice sans lesquels l’« humain » sera mensonge et leurre. Le pardon est une invitation à tourner la page du passé et ouvrir celle de l’avenir. Pardonner dans ce sens est une invitation à vivre avec autrui sans rancune ni ressentiment. Le pardon refond le social et équilibre le psychique. Ceci dit, le pardon est une culture qui n’émane pas des seuls impératifs des religions mais qui provient aussi de l’humanisme en tant que système de pensée plaçant l’Homme au-dessus de tout. Bien que les textes sacrés nous enseignent que le pardon est relatif à la seule volonté Dieu, il est tellement magnifique que de voir l’Homme s’attribuer cette faculté. Toujours est-il que le pardon est loin d’être l’expression d’un rapport de force entre une personne qui pardonne et une autre pardonnée. Si l’erreur est humaine, le pardon l’est aussi. Le pardon n’est donc pas le signe d’une quelconque suprématie à l’égard de l’autre, mais plutôt le signe d’une modestie et d’une simplicité vis-à-vis de soi-même d’abord. Justement, pour que le pardon ait un sens profond, l’être est appelé à apprendre à se pardonner soi-même, car il arrive à l’être d’être si violent à son propre égard et du coup il finit par transporter toute sa colère sur l’autre. Tout comme l’hospitalité qui, selon Jacques Derrida, doit être « inconditionnelle », le pardon est une forme d’hospitalité qui véhicule la grandeur de l’âme et la bonté du cœur. L’esprit du pardon veut que l’être passe par la phase d’interprétation de l’erreur commise par autrui afin de vérifier sa légèreté et sa pesanteur et juger par la suite. Dans cette optique, l’action de pardonner abroge celle de juger et permet à l’Humain de s’épanouir. Au fond, le pardon est une réactualisation de l’intimité et valorisation de l’altérité. Réactualisation de l’intimité parce que pardonner signifie gagner l’amitié et l’amour de l’autre. Valorisation de l’altérité parce que pardonner stipule l’ouverture sur le différent. Le pardon se propose également d’interdire la récidive. Il est tolérance dans la juste mesure où il nourrit la confiance et se nourrit de ses résultas. Le pardon est une philosophie d’être. Il est la première valeur que l’humanité a intérêt à faire valoir afin de faire face à son propre anéantissement. Le pardon est une négation du malentendu. Il est retour à soi et résurrection d’autrui. En fait, le retour à soi passe nécessairement par le biais de cet autre qui meuble toute la surface interne de l’être. Comme le petit de l’homme a créé la cité et les lois de la cité, il lui a fallu déterminer ce qui, en marge, échappe à ces lois et se laisse véhiculer comme le propre des pratiques interhumaines tels le pardon, la tolérance et l’esprit de l’amiable. Il est certain que nul ne peut tolérer la violence des droits de l’homme, mais tout le monde peut pardonner le tort commis par un ami. Il est strictement clair que personne n’a le droit d’abuser des droits de l’enfant, mais les enfants sont habilités à pardonner la cruauté de leurs parents. Si l’erreur est la manifestation de la faiblesse de l’homme, le pardon est la manifestation de sa force. Pardonner est un acte de force qui dénonce l’erreur. Il s’y oppose comme pour chasser ses conséquences de perdurer. Il ne l’efface pas, certes, mais il l’amenuise. Le pardon neutralise la peur et répand l’assurance. Il est pour l’homme ce que la méditation est  pour le moine. Le pardon purifie l’être. Il l’illumine. Le pardon sauve la face des choses et des êtres. Si ce n’est cette valeur incontournable à la survie des hommes, le pardon, il n y aura plus d’histoire d’amis ni de couples. Le pardon fait partie du quotidien du commun des mortels et il doit impérativement en faire usage pour que sa cité ne se métamorphose pas en cité de fantômes…

Atmane Bissani
Jeudi 21 Octobre 2010

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