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Fenêtre : La philosophie aujourd’hui




Face au chaos qui commence à régner dans le monde actuel, face à la montée en spirale de la violence de part et d’autre, face aux défis de la mondialisation et face à la logique de la technique qui a participé, d’une part, au/du soulèvement des peuples arabes (Internet) et qui, d’autre part, participe au massacre du peule libyen en ce moment que peut la philosophie ? Quelle leçon peut-elle avancer aux citoyens du monde ? Fille de la cité, la philosophie avait pour leçon primordiale la civilisation des gens. Elle avait une fonction pédagogique visant la création d’une culture fondée essentiellement sur l’éthique de la discussion. A cet effet, la philosophie apprenait aux Athéniens que la seule et unique manifestation de la civilité de l’individu était sa capacité de débattre de différents sujets dans un climat de controverses garantissant aux orateurs le droit à la différence et à la distinction. Les Athéniens avaient, dès lors, le sentiment d’une citoyenneté sans laquelle leur existence aurait été superfétatoire. Comportement raffiné et civilisé, la citoyenneté était ce miroir au fond duquel se reflétait la maturité de la pensée athénienne et, de là, sa mise en pratique dans les différents contextes de la vie. Aussi le sens de citoyenneté se concrétisait-il chez les Athéniens grâce aux apports de la pensée libre et responsable que déployait la leçon philosophique. De là, à Athènes, la philosophie était pour la citoyenneté ce que l’âme est toujours  pour le corps. S’il en est ainsi, la réflexion sur la leçon de la philosophie, fondement de toute pratique citoyenne, est tellement vaste que nous allons nous contenter de rappeler ici ce qui urge pour notre situation actuelle dans le monde en tant qu’entités radicalement différentes. Pratiquement, la philosophie, telle qu’elle se conçoit aujourd’hui, est l’art de déconstruire le quotidien, c’est dire le saisir dans son dessaisissement, dans ses lignes de fuites, dans ses métaphysiques, dans ses détails et dans ses contradictions afin de le re-penser et, ipso facto, participer à sa refonte. Un tel re-penser et une telle refonte du quotidien doivent se faire fondamentalement dans un cadre instauré sur le principe de l’espace public qui permet à tout un chacun de contribuer au devenir non seulement de son être, mais aussi de sa cité et de sa communauté à partir de la vision du monde qu’il adopte. Etre citoyen, donc, revient à dire appartenir à une communauté assurant au sujet le droit au dire et au faire loin de toute idéologie de ressentiment ou d’exclusion, c’est pouvoir mettre en exercice son droit d’être tout en reconnaissant le droit d’être des autres. Ce comportement civique doit pratiquement s’apprendre aux citoyens depuis les débuts de leur scolarisation, moment où ils commencent à apprendre leurs différences et leurs particularités. La philosophie, suivant cette logique, apprend aux petites comme aux grandes gens que la citoyenneté est avant tout la dichotomie droit/devoir, certes. Mais, la citoyenneté est aussi la promotion de la culture de pluralité, de diversité et de mansuétude. La philosophie développe chez les individus un comportement civique qui libère leurs potentialités imaginatives et leur permet de les exposer sans crainte d’autrui. Elle a le mérite de cultiver chez eux la culture de l’Agora et par conséquent la culture de la  citoyenneté qui pose que toutes les opinions sont discutables car elles sont humaines et donc leurs vérités, la logique le stipule, sont relatives. La culture de l’Agora, comme comportement policé, tend à rendre universel le sens noble que recèle l’affinité philosophie/citoyenneté. Il s’agit là de réhabiliter les déroutes et les aberrations introduites dans les sociétés humaines suite au malheureux recul qu’a connu la pratique de la philosophie dans la cité actuelle. Cet état des lieux traduit une exclusive vérité : la récupération de l’essence de la citoyenneté est inhérente à la re-naissance de la leçon de la philosophie. Dans le cas du monde arabe, il faut dire que la philosophie est devenue une urgence aujourd’hui plus que jamais car elle purifie les esprits et cultive le raisonnement cosmopolite. Aucune autre discipline n’est habilitée à remplacer la philosophie. Par contre toutes les autres disciplines ont besoin de la trace de la philosophie pour mieux rayonner. En peu de mots disons ceci : politique, économie, littérature, histoire, etc. en tant que disciplines ne sont possibles que si elles sont fondées sir la logique de la philosophie. La philosophie ne doit point mourir car sa mort entraînera inévitablement la mort de l’Homme…

Atmane Bissani
Jeudi 24 Février 2011

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