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Fenêtre... : L’être de la rencontre




Julia Kristeva le disait : «la rencontre équilibre l’errance». (Etrangers à nous-mêmes, Gallimard, 1988) Une rencontre est un entretien, c'est-à-dire le lieu d’échange et de partage entre deux ou plusieurs personnes ou cultures. C’est un entretien qui sauve de l’errance. Cet entretien ne peut avoir lieu que lorsque le même parle la langue de l’autre, traduit sa pensée, sa littérature et sa philosophie, ou encore lorsqu’il se décide de vivre ses expériences spirituelles et sensorielles. Si toute rencontre est entretien, elle est aussi invention, création d’un espace et d’un horizon de débat avec l’autre, un espace public dont la vie en commun sera possible. La rencontre dans ce cadre est invention et création de l’autre, du double, de l’étranger qui entre dans la fabrique du possible. Il s’agit grosso mode de la fabrique de l’altérité, de la différence et de la pluralité sémantique. En effet, l’altérité comme philosophie d’assagissement du monde, a besoin d’être fabriquée, c’est dire d’être conçue comme instant sine qua non de la rencontre. Concevoir l’altérité comme rencontre devient ici le synonyme de meubler le monde de caractères de possibilisation de l’Universel en tant que principe de partage et de reconnaissance. Il s’agit du possible comme connaissance de l’unification de l’être à l’être. Toute rencontre est donc une orientation vers l’autre, une direction qui mène à lui, une entrée dans le devenir et une sortie du solipsisme. L’altérité devient ici une stratégie d’être avec, un projet de devenir, un acte de saisissement de l’altérité de l’autre. Existentiellement, lorsque l’être projette d’être, toutes ses actions s’inscrivent dans la perspective de la rencontre de l’autre. Il y a entretien lorsque il y a appel de l’autre en tant qu’identité, en tant que culture et en tant qu’histoire. C’est dans cette optique que l’entretien acquiert le statut d’une tradition qui vise le rachat de l’humanité de sa perversité. La rencontre compose avec l’espoir, le partage, l’amour et l’amitié. Si l’altérité signifie purement et simplement la reconnaissance inconditionnelle de l’existence de l’autre comme différence, la rencontre se veut, quant à elle, un engagement dans ce système de compréhension qui tend à rendre la relation à l’autre une relation de dialogue et d’entretien. Tout se passe comme si la rencontre en tant que philosophie était une opérationnalisation de l’essence de l’altérité. Quand le même se décide d’aller à la rencontre de l’autre, il le fait dans l’exacte mesure où il reconnaît l’existence libre et réelle de cet autre. La rencontre ici ne peut se produire sous forme d’acte que si le même et l’autre sont prêts à dialoguer. La rencontre est poésie. Dans toute rencontre ce sont les cinq sens qui entrent en jeu avant de permettre à la langue de prendre la relève. Toute rencontre est faite sur la base d’un secret étant donné que «le secret, comme le pose Jacques Derrida, c’est ce qui est, dans la parole, étranger à la parole». (Passions, Galilée, 1993)  Le secret dans cette optique fonctionne comme étant le propre de l’être, sa particularité, son originalité, sa différence et sa trace comme cumule culturel et historique. Dans la rencontre, le secret demeure et le silence s’installe à partir du moment où le même et l’autre sont réduits à leurs seules cultures. Le secret s’avère la part d’ombre qui échappe à la compréhension facile et aisée du même ou de l’autre. Secret et silence vont ensemble. Ils sont la fabrique de l’étrangeté. Le secret qui ponctue une rencontre devient l’avatar de ce qu’on appellera ici une «identité primaire», c’est dire une identité intacte, qui n’évolue pas, réfractaire au changement, une «identité naturelle». A l’encontre de cette identité, il existe une autre, ouverte sur le possible, prête à accueillir l’étrangeté et la différence, prête à vivre l’expérience/aventure de l’étranger, nous l’appellerons une « identité évolutive», ou encore une «identité culturelle», une « identité de la rencontre», qui a lieu sur la base de la rencontre.  De là à déduire que toute rencontre est déplacement vers l’autre, c’est une quête du «dehors» qui déprogramme la logique de «chez-soi». «Le chez-soi» est ici équivalent au repli identitaire qui réduit l’être à  ce qu’il «est » et le prive de ce qu’il est capable d’«être» et de «devenir». Alors que la logique de «chez-soi» rend l’être myope et unidimensionnel, celle de «chez-autrui» rend l’être visionnaire et pluridimensionnel. Tel demeure «l’être de la rencontre». Un être qui refuse de se réduire à un seul et unique détail, pour se réaliser dans tous les détails, l’être qui échappe à l’unicité pour vivre sous le signe de la pluralité…

Atmane Bissani
Jeudi 24 Mars 2011

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