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Fenêtre... : Etre et Temps




Il est on ne peut plus erroné de vouloir penser l’être en dehors de la logique du temps et de celle de l’espace. Exister c’est être inscrit dans un espace-temps donné. C’est être saisi comme entité fondée inéluctablement sur les dimensions du temps et de l’espace. Commençons ici par Etre et Temps. La vie humaine est faite d’un ensemble de cercles liés les uns aux autres par un fil fédérateur qui n’est autre que le Temps. Le temps, en effet, est l’élément crucial qui structure le sens de la vie humaine. Car que serait la vie sans notion de temps ? Si le temps n’existait pas, que se passerait-il ? Dans son acception physique, le temps est synonyme de versatilité, de changement, de passage d’un état à un autre. Dans cette optique, le temps passe pour un simple élément de la nature qui accomplit honorablement une fonction bien définie qu’est, le passage d’un état naturel à un autre, l’alternance des phénomènes de la nature au sein de la nature elle-même (le passage d’une saison à une autre, à titre d’exemple). Dans son acception métaphysique, le temps interroge l’être dans ce qu’il a de plus profond et de plus sensible : la mort. Bien que l’homme soit, lui aussi, une espèce faisant partie intégrante de la nature, le regard qu’il porte sur le temps demeure philosophiquement tragique. Le temps de l’être n’équivaut en rien le temps des autres espèces de la nature. Si leur temps relève du descriptif, le temps de l’être, lui, relève du narratif. Le temps de l’être se vit, se raconte et, parfois, se tait. Contrairement au temps des autres espèces de la nature qui constitue un état contingent, le temps de l’être, quant à lui, constitue un événement. Naître est un événement. Vieillir est un événement. Mourir est un événement. La ligne temporelle des autres espèces de la nature est droite. Elle a un point de départ et un point d’arrivée. Ils ne se soucient de rien. Ils ne se souviennent point. Ils vivent tout bonnement. Quant à la ligne temporelle de l’être, elle est tout à la fois : droite, oblique, horizontale et verticale. Droite, car l’être grandit. Oblique car il vit suivant ce que Gilles Deleuze appelle « lignes de fuite.» Horizontale, car il est nostalgique et se souvient de son passé. Verticale, car il attend et espère. L’être développe un rapport tragique avec le temps car il le pense, il le saisit comme  métaphore d’une épreuve existentielle. Le temps rappelle à l’être son état d’être faible, passager, fuyant et éphémère. Il lui rappelle son état incertain dans un monde incertain. Le temps est, somme toute, la blessure de l’être. Il est sa nostalgie, son drame et son espoir. L’être s’engage dans le temps, le temps, lui, se désengage. Il n’a pas de promesse. Il est fluide, souple et imprenable. Le temps ravage et défait le structuré. Il éclipse le déjà fait et programme l’imprévu. Ainsi, l’être est-il obligé de façonner sa situation d’étant pour être suivant la logique du temps. C’est entre présent, passé et futur que se dessinent les contours de ce passage de l’étant à l’être, de l’être a-temporel à l’être temporel. Le présent calcule la distance entre vécu et  à venir. Il essaie de réhabiliter les blessures du passé afin de re-structurer le futur. Le présent équilibre la douleur. Le passé déjoue la fidélité. Se souvenir, dans ce sens, nécessite un changement total de cap. Le passé est une infidélité à la mémoire du présent et à celle du futur. Le futur détruit l’énigme et le mythe du paradis perdu. Palimpseste, le futur transforme la mémoire, débloque le possible et bloque l’origine du mal. Il transcende l’énigme d’être et fait être l’étant. Le futur c’est le possible qui se venge du passé par le biais du présent. Le présent prépare le futur, certes, mais programme le passé aussi. Le passé fuit son instant et remonte dans le présent et façonne le futur. Le futur rejoint la mémoire du passé et permet au jeu de continuer. L’oubli est une opération qui se rattache au temps du passé. Le souvenir, lui, est une opération parallèle qui se rattache au temps du futur. Qu’en est-il du présent ? Il panse la distance entre passé et futur. Il lubrifie le passage du temps et amadoue ses crises ontologiques qui creusent profondément la plaie d’être tragique. Le temps fabrique l’être. L’être fabrique son être…  

Atmane Bissani
Jeudi 8 Juillet 2010

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