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Fenêtre : Etre, Temps et Espace




L’être humain est incontestablement le produit d’un temps et d’un espace donnés. Tout se passe ici comme si le temps d’un côté et l’espace de l’autre étaient les paramètres fondamentaux de la production de la notion de l’«être.» La détermination spatio-temporelle est au fond une détermination existentielle de l’être. C’est dire que le temps et l’espace d’un citadin ne sont aucunement identiques à ceux d’un campagnard. De même pour un africain par rapport à un européen, américain ou asiatique. Le temps peut prendre plusieurs facettes. Du temps local au temps universel en passant par le temps psychique et biologique, le temps définit une allure difficile à dompter car son lieu de fonctionnement demeure plus l’existentiel que le social, l’économique ou le politique qui l’animent visiblement. L’espace se nourrit du même schéma, car sa logique est aussi existentielle qu’autre chose. Il existe pratiquement trois espaces qui structurent le mouvement de l’être dans le monde : espace de travail, espace de loisir et espace de repos. L’observation et l’analyse simples et naïves considéreraient aisément qu’à ce triangle spatial correspondrait un triangle temporel qui serait : le temps de travail, le temps de loisir et le temps de repos. Il s’agit là d’une analyse positiviste, matérielle et physique qui part de l’a priori pour accéder aux résultas. Or, phénoménologiquement, et par référence à la logique de la déconstruction qui, elle, vise le repérage des lieux d’indétermination dans l’existant, on peut dire que le temps et l’espace fonctionnent sur la base du mouvement que crée l’être autour de lui. Si l’être est dynamique, son temps et son espace le sont aussi. S’il est passif, son temps et son espace le sont conséquemment. C’est le mouvant qui crée. C’est sa logique qui transcende celle de l’inerte. L’être mobile crée un temps et un espace mobiles. D’où la fonction de l’existentiel qui, avec le temps, finit par s’accaparer de l’être, de s’emparer de lui en vue de déjouer les mécanismes de son repos apparent. D’où le tragique qui fait que l’être n’est plus maître de sa condition d’être mais esclave de sa manière d’être. En effet, avec l’accélération du rythme de la vie moderne, le temps de l’être ne lui suffit pas et donc son espace se rétrécit davantage et l’étau ne fait que se resserrer de plus en plus sur lui. Dans son acception physique, le temps est synonyme de versatilité, de changement, de passage d’un état à un autre. Dans son acception métaphysique, le temps interroge l’être dans ce qu’il a de plus profond et de plus sensible : la mort. Contrairement au temps des autres espèces de la nature qui relève du descriptif, le temps de l’être, lui, relève du narratif. Le temps de l’être se vit, se raconte et, parfois, se tait. Il est un événement. Naître est un  événement. Mourir est un événement. C’est dans cette optique que l’être développe une relation tragique avec le temps car il le pense, il le saisit comme  métaphore d’une épreuve existentielle. Le temps rappelle à l’être son état d’être faible, passager, fuyant et éphémère. Il lui rappelle son état incertain dans un monde incertain. Le temps est, somme toute, la blessure de l’être. Il est sa nostalgie, son drame et son espoir. L’être s’engage dans le temps, le temps, lui, se désengage. Il n’a pas de promesse. Il est fluide, souple et imprenable. Le temps ravage et défait le structuré. Il éclipse le déjà fait et programme l’imprévu. S’il en est ainsi pour la relation qui se tisse entre l’être et le temps, la relation qui se tisse entre être et lieu est tellement compliquée qu’on y voit l’allégorie de ses hallucinations existentielles et de ses illusions emblématiques. Philosophiquement, le lieu détruit et/ou construit l’être ; il en fait un philosophe, poète, artiste ou contemplateur. On ne « devient » jamais en dehors des lieux. Le tragique de l’être s’avère être la multiplicités des lieux qui déterminent son existence. Le corps de la mère est le premier lieu qu’il quitte pour se perdre dans d’autres lieux : foyer, école, ville, etc. Il quitte tous les lieux et reste éternellement, tragiquement et fidèlement lié à son seul corps et à sa seule mémoire. De la complexité qui structure la relation triadique être, temps et espace émane un nouveau concept révélateur d’une possibilité de restructuration du complexe. Il s’agit de la « simplexité » qui, dans une certaine mesure, définit les temps postmodernes. La simplexité demeure cette faculté qu’a le cerveau à trouver des solutions malgré la complexité des processus naturels et en faisant recours à la simplification. Tout porte à croire que la stratégie de la simplexité n’est autre que faire simple ce qui ne l’est pas, cela s’appelle « faire de l’harmonie », rendre possible, gérer le désordre et stipuler l’ordre. L’être est appelé à dompter l’espace et le temps afin de rendre simple et possible, fort simple et fort possible son existence…

Atmane Bissani
Jeudi 29 Septembre 2011

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