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Fenêtre : De la création artistique




L’acte de créer est un acte révélateur des énigmes de l’existence humaine. Il s’agit en fait d’un acte sans innocence qui vise la re-création de l’homme via la conscientisation de sa réalité. Qu’il s’agisse de l’écriture, de la peinture ou d’autres moyens de création artistique, l’objectif conscient ou inconscient  de l’acte de créer demeure le surgissement et, de là même, le surpassement du refoulé. Le refoulé ici peut être une blessure ou un traumatisme humain qui ne peut être reconnu et donc dépassé que par la pratique de l’art. Cette pratique est libératrice d’une énergie de rédemption et de rachat de l’être. La pratique artistique  rachète l’être. Elle dénonce son tragique existentiel et cultive son possible d’être. Tout se passe ici comme si la pratique artistique s’opposait vivement au « mal » d’être par l’actualisation de ce mal même. La création artistique assagit les relations humaines et honore le sentiment d’être homme parmi les hommes. Et pour que l’apocalypse n’ait pas lieu, la création artistique oriente les désirs de l’homme, corrige ses goûts et range ses anomalies. On ne crée pas pour soi, on crée aussi pour autrui. Telle est la devise d’un vrai acte de créativité artistique. S’il en est ainsi, la création artistique passe pour un acte de redéfinition du monde, des êtres et des choses. Dans cette optique, tout porte à croire que l’acte de créer est au fond une condamnation de deux structures fort nuisibles à la condition humaine : la peur de l’inconnu et la peur du vide ontologique comme sentiment on ne peut plus terrible. D’où le rôle thérapeutique de la création artistique. D’où sa fonction salvatrice. Le recours à la création artistique cimente les rapports de soi à soi, de soi à autrui et de soi au monde. L’acte de créer dénonce l’incapacité d’ « être » et stipule la volonté de puissance d’un être libre. La sagesse de la création artistique se vérifie essentiellement chez les surréalistes qui, sans pour autant s’assujettir à quelques normes d’où qu’elles viennent, interrogent l’expérience existentielle de l’homme à partir de ses rêves et ses folies. C’est, en effet, dans le rêve et dans la folie que se situent les jalons d’une expérience artistique.  C’est cette part de folie créatrice qui permet aux artistes de retrouver leurs rêves perdus dans les recoins de leurs inconscients. C’est cette part de folie créatrice qui leur permet de retrouver l’enfant Rebelle oublié dans les détails de la vie sociale ou privée. L’activité créatrice oblige le créateur à entrer dans un état second à la quête de sa « chose » à lui, sa « formule » à lui, sa « signature humaine » à lui. Il affronte la lumière éclairée d’un espace imprévisible. Comme s’il s’agissait d’un acte érotique, la lumière éclairée de l’espace l’invite à vivre une expérience de voyage sensoriel, physique et métaphysique à la fois. Mots, couleurs ou notes musicales, constituent le matériau de ce guerrier qui a choisi volontairement d’aller à la quête de graal. Et de rien se voient jaillir des êtres et des ombres ; des mots et des choses ; des temps et des espaces. La création artistique est un affrontement d’un espace vierge et vide, un espace blanc comme la mort, comme le néant. La création artistique sonde l’inconnu qu’est l’homme et sonde ses peurs, ses angoisses, ses rêves et ses ambitions. Ce n’est pas un hasard si le philosophe français Gilles Deleuze considérait l’acte de créer comme acte d’affrontement de la « catastrophe », c’est dire du vide initial, du vide ontologique duquel naissent toutes les idées et toutes les pensées. Affronter la catastrophe revient à dire, dans ce contexte, affronter la virginité et la blancheur d’un espace ; affronter la peur de la feuille pour un écrivain et/ou de la toile pour un artiste peintre. Telle demeure la gageure : affronter le vide, affronter la mort ; jouer avec le vide, jouer avec la mort ; être vainqueur ou vaincu. Il n’est pas question de penser au devenir ou à l’avenir de la « chose » créée. Il n’est pas non plus question de penser ou d’oublier sa trace. L’œuvre chemine librement et sait inculquer ses traces sans pour autant solliciter une intervention externe. L’œuvre chemine comme si elle était la promesse d’une victoire sur la vacuité existentielle. Produit d’une gestation prolongée dans le temps et dans l’espace, l’œuvre équilibre le déséquilibre que vit l’être dans sa traversée problématique du monde. La contrainte maintenant, si contrainte il y a, s’avère être le prolongement de cet acte noble de créer et de produire en vue d’influencer positivement les générations à venir. N’est-il pas certain que la production artistique rapproche les cultures et programme leur devenir ? N’est-il pas certain que la production artistique déjoue les mécanismes de l’absolutisme des pensées ? N’est-il pas certain que la production artistique bat en brèche la logique du prosélytisme. Que sais-je encore ? Que l’œuvre d’art fasse son éternel présent en ne cessant point d’être la meilleure preuve du passage humain dans le cosmos…

 * bissaniat@hotmail.com     

Atmane Bissani *
Jeudi 20 Octobre 2011

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