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Fenêtre... : De l’Infidélité




En 1996, le couple Julia Kristeva et Philippe Sollers a accordé un entretien de grande envergure à la revue française « Le nouvel Observateur.» Ayant  pour intitulé « Quand l’infidélité sauve les couples », l’entretien en question se penche sur la question du couple et sur ce qui le détermine comme structure fondée essentiellement sur deux altérités, deux consciences, deux conceptions du réel et deux compréhensions du monde. La question de l’infidélité se pose aussi bien aux couples qu’aux amis. L’infidélité dans son sens immédiat veut dire trahison, inexactitude, duperie, bassesse, absence de vérité, etc. Il s’agit là du sens social de l’acte d’infidélité, acte par lequel une personne outrage la confiance d’une autre et bannit sa certitude. Toutefois, il existe un autre sens plutôt intellectuel de l’infidélité que l’on peut trouver dans l’union Jean-Paul Sartre/Simone De Beauvoir, à titre d’exemple. En intellectuels, ils vivaient leurs différences et leurs solitudes en dehors de la domination totale d’une voix sur l’autre. Bien qu’ils aient été liés par le lien de l’amour, Sartre et  De Beauvoir avaient chacun d’eux besoin d’être seul pour fonder sa différence existentielle et sa particularité intellectuelle. Les relations interhumaines ont toutes besoin d’une part de liberté qui permettrait l’épanouissement d’ l’individualité. Il serait erroné de penser une union quelle qu’elle soit en dehors de cet air de liberté qui garantirait le devenir de l’être loin de l’emprise si pressante de la surveillance. Dans ce sens, il faut distinguer entre infidélité négative et infidélité positive. S’agissant de la première, il est question d’une trahison consciente commise par l’un des deux conjoints. L’adultère en est un exemple clé. S’agissant de la deuxième, il est question d’un besoin existentiel que l’intelligence et l’intellect exigent afin de produire et créer. Les intellectuels éprouvent ce sentiment d’infidélité positive à l’égard de leurs proches. Ils ont besoin de s’enfermer pour penser, pour méditer et pour écrire. Ils ne fuient pas leurs devoirs familiaux et conjugaux ; ils se regardent tout simplement ; ils se pensent en pensant le monde auquel ils appartiennent ; ils projettent leur regard dans d’autres horizons indispensables pour leur survie ontologique. De même pour l’amitié car les amis ont besoin eux aussi de regarder au fond de soi loin du regard des autres aussi intimes soient-ils. Pour l’un, se montrer positivement infidèle vis-à-vis de l’autre, c’est vouloir être seul de temps à autre en vue de retravailler ses horizons de pensée et restructurer ses idées selon les conditions qu’il traverse. « Amour » et « Amitié » ont en commun le mot « âme », c'est-à-dire une profondeur qui permet de cimenter davantage la relation à l’autre. Il est connu dans ce cadre que bien qu’ils soient fortement liés, le corps a besoin de trahir l’âme parfois en prenant son élan loin des recommandations de celle-ci. L’âme, elle aussi, a besoin de vivre sa spiritualité malgré l’état de puissance ou d’impuissance du corps. S’il en est ainsi pour le corps et l’âme, il en est de même pour l’amour et l’amitié. On ne peut fidèlement aimer par amour ou par amitié que lorsque il nous est permis de vivre des moments d’infidélité, des moments de retour à soi, des moments de monologues intérieurs habilités à motiver notre désir d’être avec. On ne peut ni posséder une personne ni être possédé par une autre. On ne peut que tolérer les choix d’indépendances a seins des unions humaines. Toute possession est condamnée à passer par la loi de la dépossession. Vouloir regarder un film, lire un bouquin ou écouter de la musique est une infidélité positive qui dépossède une personne d’une autre. La logique de l’infidélité positive doit se fonder impérativement sur le respect et la confiance entre partenaires. L’infidélité positive fonde la liberté de l’être et guide ses pas vers un bonheur et une plénitude on ne peut plus certains. L’infidélité positive est ici le contraire de l’identification malheureuse à l’autre. Etre identique en amour ou en amitié c’est périr comme fondement existentiel. Amour et Amitié ne sont possibles que si la liberté créatrice des partenaires est garantie. La liberté de vivre l’expérience de l’infini. La liberté de vivre sa différence et son altérité en bonne et due forme. L’infidélité positive dénonce la logique de l’omerta…   

Atmane Bissani
Jeudi 25 Novembre 2010

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