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Fenêtre... : De l’Enfance




Rien n’est plus profond dans l’expérience existentielle de l’être humain que l’enfance et ses mystères. L’enfance demeure à plus forte raison le moment le plus déterminant de ce que l’être est. Dans ce sens, la psychologie nous enseigne que l’être est son enfance. Etre son enfance revient à dire être conditionné par l’atmosphère générale relative à un moment donné de l’histoire d’une personne. La littérature est tellement riche d’expériences relatant les énigmes de cette période de la vie humaine. Abdelmajid Ben Jelloun, Mohamed Choukri, Taha Hussein, Jules Vallès, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir et bien d’autres écrivains ont écrit leurs enfances soit pour en faire l’éloge, soit pour en faire le deuil. Ecrire sur l’enfance nécessite énormément d’énergie contemplative et de concentration remémorative. L’auteur qui choisit librement d’écrire/raconter sa vie, le fait pour s’en séparer douloureusement, pour jeter un coup d’œil ultime sur ce trésor irrécupérable que sa mémoire continue de conserver qu’est son enfance, ou pour fuir son âge adulte et ses obligations. Généralement, l’écriture sur l’enfance arrive tard dans la vie d’un écrivain. Tout se passe comme s’il s’oubliait pour longtemps dans d’autres tâches intellectuelles avant de revenir à son propre être, à sa propre vie, à son propre passé éloigné. Moment indélébile, moment tellement chaleureux et cher aux cœurs, l’enfance, bien qu’elle soit pénible pour certains, s’avère être le creuset des rêves lointains et de l’imagination sans limites. Elle constitue l’âge d’or par excellence de toutes les Connaissances. En fait, il n y a pas de connaissance qui puisse exister en dehors de l’enfance du fait que la curiosité de l’enfant guide ses mouvements et oriente ses pas. Age rebelle, l’enfance libère l’être de la logique des adultes et le somme de courir des risques dans tous les sens. Une fois fatigué d’être adulte, l’être rejoint sa mémoire, son coffret secret, pour retracer le cheminement de ses jours à venir. Le sentiment d’être enfant favorise la méditation, guérit de la vieillesse et sauve de l’angoisse de la mort. Les repères et manifestations de l’enfance sont tout ce qui sort de la norme imposée par l’autorité des adultes. L’enfance est folie libre. Elle est vie en marge. Elle ne dépend de rien mais tout dépend d’elle. Elle est dénonciation de la loi de refus. Elle existe dans l’âme des choses. Elle a la possibilité de rendre heureux ou malheureux. L’enfance est aussi admiration de la spontanéité des choses. Elle fonde sa logique sur celle de l’arbitraire qui, à son tour, fonde les conventions des sociétés. Interrogations successives, l’enfance tire son originalité de l’insouciance innée à l’égard du tabou. Si l’âge adulte se définit comme étant l’âge de raison, l’enfance, elle, se définit comme étant la vie sans exigences. Si les enfants sont si proches de Dieu et des cœurs des adultes, c’est parce qu’ils aiment. En effet, contrairement à celui des adultes, l’amour des enfants est sans façons. Il est. Il est ce qu’il est : pur et neutre ; innocent et immaculé. Ceci dit, pour produire une œuvre d’art, les artistes, sages en amour qu’ils sont, réveillent la folie enfantine qui ne cesse de vivre en eux, et font taire la sagesse des adultes qui les rend bizarrement normaux. L’artiste est enfant ou n’est pas. Ses illuminations doivent forcément échapper à la doxa qui anéantit ses capacités créatrices. La sagesse des adultes est le contraire de la folie des enfants. Les premiers règnent par bon sens, les seconds apprennent par expériences. Tout comme l’amour, l’enfance laisse des traces dans la mémoire physique et émotionnelle de l’être. En effet, derrière ce passage obligé qu’est l’enfance, il y a le souvenir, la nostalgie, la réflexion profonde sur le temps et ses traumatismes. Avec le recul, l’être apprend que la vie est un passage qui ne laisse point indifférent. L’enfance s’en va avec ses délectations et la pensée erre sans repos dans les horizons de l’inconnu. Pour certains, la fin de l’enfance n’implique rien. Elle ne stipule rien. Pour d’autres, elle éteint des lumières, ferme des portes et métamorphose des corps et des visages. Quand elle part, l’enfance laisse des dégâts. La récupérer, exige toute la force de la folie artistique. Ci-gît le sens, loin des normes et en dehors des percepts…

AtmaneBissani
Jeudi 11 Novembre 2010

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