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Fenêtre... : Amin Maâlouf : pour une Identité plurielle




La question de l’identité est sans conteste la question la plus abordée de nos jours par les philosophes et les écrivains de par le monde entier. Il s’agit là d’une question qui évolue suivant le rythme de l’Histoire et suivant la conjoncture internationale. De Paul Ricœur à Michel Maffesoli, et bien d’autres noms de la pensée universelle, l’écrivain franco-libanais Amin Maalouf occupe une place si importante dans ce débat fort épineux vu les différentes formes (politique, religieuse, ethnique, etc.) qui le nourrissent. Dans ses essais et romans, Amin Maalouf est on ne peut plus catégorique quant à la question de l’identité. En effet, au lieu de parler de « racines » il préfère parler d’« origines » illusoires, bien évidemment, car tout comme les routes, dit-il, une origine n’a pas de véritable commencement. Tout se passe ici comme si « racine » était le synonyme de particularité identitaire et, a contrario, « origine » était le synonyme de pluralité identitaire. Si, suivant cette logique,  la racine renvoie à une seule trace constitutive de l’identité de l’être, l’origine, quant à elle, renvoie à plusieurs traces supposées constituer son identité. Bien que la controverse à propos de l’identité soit derechef soulevée en France, Amin Maalouf, en parfaite connaissance de cause, est clair sur son identité française et/ou libanaise. En effet, à la question « êtes-vous français ou libanais ? » Amin Maalouf n’éprouve aucun souci à répondre « L’un et l’autre. » Une telle réponse résume, en quelque sorte, la vision du monde d’un intellectuel conscient de la gravité de la question de l’identité, laquelle identité constitue un tout indivisible. En visionnaire, il opte pour une identité interculturelle qui se nourrit de la différence et de la pluralité des appartenances. Ainsi l’identité devient-elle le lieu où s’enchevêtrent et où font échos plusieurs structures indispensables à la fabrique de l’être. C’est bien là où réside la sage leçon de Amin Maalouf qui stipule, dans « Les identités meurtrières », qu’il ne peut s’amputer de l’une des traces qui forment son identité : être à la lisière de deux pays, de deux ou trois langues, de plusieurs traditions culturelles. Amin Maalouf semble nomadiser d’une trace à l’autre en tant qu’être pluriel ne se réclamant point d’une seule appartenance réductrice de son existence à un « déjà fait ». Le déchirement identitaire naît concrètement à ce stade là : lorsque l’être se refuse à la multiplicité des appartenances qui entrent dans la composition de son identité. Une identité, suivant cette analyse, est composite ou n’est pas. Battant en brèche la conception « tribale » en faveur d’une conception plutôt cosmopolite de l’identité, Amin Maalouf considère, dans cette optique, qu’une identité se construit tout en se transformant tout au long de l’existence de l’individu. Du reste, adepte des Lumières, Amin Maalouf craint la montée du fanatisme, de la violence et de l’exclusion de l’autre comme altérité sous couvert d’une identité parfaite. Face aux dangers des identités meurtrières, face aux imprévus du dérèglement du monde, Amin Maalouf insiste, entre autres, sur l’apprivoisement de la panthère identitaire. Il s’agit d’appartenir volontairement à cette  Civilisation commune édifiée par le concours de toute de l’Humanité et qui garantit à tout un chacun le droit d’être différent au sein même de l’uniformité. Les dérapages meurtriers de l’identité, pour reprendre les termes de Amin Maalouf, menacent l’interculturel d’aboutir et permettent aux racines du repli identitaire tragique de pulluler. Sur un ton coléreux, certes, mais juste, Amin Maalouf termine son essai « Le dérèglement du monde » pour repenser l’avenir sur la base d’une tout autre vision de la politique, de l’économie, du travail, de la consommation, de la science, de la technologie, du progrès, de l’identité, de la culture, de la religion et de l’Histoire. La gageure et tellement délicate qu’elle nécessite l’engagement de tous les adeptes du cosmopolitisme… 

Atmane Bissani
Jeudi 25 Mars 2010

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