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Fenêtre : Albert Camus ou l’intellectuel embarqué




Albert Camus (1913-1960) est aujourd’hui d’une actualité incontestable. Revisiter sa trace et sa singularité, revisiter son œuvre diffuse et confuse c’est retrouver l’image d’un Intellectuel qui a choisi l’embarquement politique et philosophique pour répondre aux questions de son temps. Le répertoire littéraire et philosophique d’Albert Camus est tellement riche qu’il reste fluide et insaisissable. Tout comme les grandes personnalités de la littérature et de la philosophie qui ont traversé le XXème  tels André Malraux, Jean-Paul Sartre et bien d’autres, Albert Camus interroge l’être dans sa condition critique et condamnable par trop être inerte et passive. Albert Camus pense l’avenir et le devenir de l’être dans la seule révolution qui puisse le libérer de sa servitude politique, sociale, économique, etc. D’où la fonction on ne peut plus énorme de l’intellectuel qui, d’une part, doit forcément assumer et à accomplir honorablement son rôle historique qui la somme à participer activement aux grands changements que connaît sa société et, ipso facto, toute l’humanité, et, d’autre part, il doit être embarqué dans le quotidien (la galère) de son peuple. Le rôle de l’intellectuel que prône Albert Camus et tout proche de l’intellectuel organique fondé par Antonio Gramsci, et de celui de l’écrivain engagé dont les contours sont à merveille brossés par Jean-Paul Sartre. L’intellectuel appartient à son époque. Sa fonction est de la critiquer, pointer ses bavures, dénoncer ses anomalies et participer à/de son orientation. D’obédience existentialiste, Albert Camus est résolument connu comme philosophe et comme écrivain de l’absurde. Son œuvre, Le cycle de l’absurde, retrace le cheminement d’une pensée qui se révolte contre une condition humaine lamentable et insupportable. Tout se passe comme si Albert Camus oeuvrait à dévoiler la réalité terriblement absurde de son époque et du monde auquel il appartenait de manière à pousser le lecteur à la révolte, seule et unique moyen de récupération de la dignité humaine. Tout se passe aussi comme si Albert Camus voulait rappeler à son lecteur sa réalité d’un Sisyphe moderne qui sort des boyaux du Sisyphe mythique. Les droits de l’Homme ont toujours été au centre de la pensée d’Albert Camus. L’homme est libre ou n’est pas. L’homme « est » ou « n’est pas. » Entre l’ « être » et le « non être », c’est tout l’œuvre de l’auteur de « L’homme révolté » (Gallimard, 1951) qui dessine le parcours mobile de l’homme à venir, l’homme qui décide de son chemin, l’homme qui s’autorise de lui-même pour aller de l’avant . « Je me révolte, donc nous sommes. » Le cogito cartésien prend ici l’allure d’un cogito camusien qui définit le groupe par l’action de l’individu. Le cheminement de la connaissance de l’existence est le résultat de l’acte de douter et penser selon René Descartes. Quant à Albert Camus, ce cheminement se base essentiellement sur la révolte comme moteur permettant le passage de l’état de sous-homme à celui d’homme à part entière. Chez Descartes la connaissance se fait de soi à soi, alors que chez Camus, elle se fait de soi aux autres, c’est dire que la volonté d’une seule personne décide tout le peuple à vouloir être. L’intellectuel est donc un homme du peuple. Il vit et meurt pour son peuple. Son embarquement dans le quotidien de son peuple doit l’empêcher de produire un art luxueux et mensonger, mais plutôt un art dont le secret est de rendre admirable et plus riche la face humaine. La conclusion des « Discours de Suède » (Gallimard, 1958) est tellement violente que la figure d’un Albert Camus reprend toute son aura et toute sa grandeur : « si la liberté est devenue dangereuse, alors elle est en passe de ne plus être prostituée. » Tout porte à croire ici que la liberté selon Albert Camus est un arrachement de l’être de la prostitution de l’être. La liberté est une définition de l’être qui ne compose qu’avec la logique de la révolte que conduit l’intelligence humaine. L’actualité d’Albert Camus, intellectuel cosmopolite,  vient effectivement de là : que se passe-t-il aujourd’hui dans le monde arabe ?  Qu’en est-il du rôle historique des intellectuels ? Répondre à ces questions et à bien d’autres nécessite une re-lecture de l’œuvre d’Albert Camus. L’étranger serait cet intellectuel qui ne s’embarque pas dans les mouvements de sa société et dont la chute est sûre. Telle demeure  la logique de l’Histoire…

Atmane Bissani
Jeudi 14 Avril 2011

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