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Fenêtre... : Adonis : patriarche de la modernité poétique arabe




Il est de justice et de justesse de considérer le poète syrien Adonis, Ali Ahmad Saïd Esber de son vrai nom, comme étant le patriarche de la modernité poétique arabe. Associé dans la mythologie grecque à la rose et au myrte, son surnom, Adonis, renvoie à la mort et au renouveau de la nature. En effet, ce surnom, qui définit à bien des égards son univers créatif, lui a été attribué lors  de l’ouverture de la poésie arabe (Badr Chakir Al-Sayyab, Mohammed Al-Maghout, Sania Saleh) sur la mythologie humaine, ce qui a amené le critique littéraire palestinien Ihsan Abbas à qualifier cette période de la poésie arabe de Rameau d’or par référence à «Rameau d’or », ouvrage de l' HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Anthropologie" o "Anthropologie" anthropologue James George Frazer qui a été traduit en arabe pendant la deuxième moitié du siècle dernier, permettant ainsi à bon nombre de poètes arabophones d’en tirer profit. Adonis est donc  le pionnier de la modernité poétique dans le monde arabe non seulement au niveau de l’écriture et de la créativité, mais aussi au niveau de la théorie et de la pensée. S’agissant du premier niveau, son écriture a opéré un tournant décisif dans l’histoire de la poétique arabe, et ce par le choix d’une structure poétique moderne, le choix d’une image poétique choquante et le choix d’une langue enflammée, ce qui constitue historiquement un deuxième abécédaire visant la restructuration du dit poétique arabe. S’agissant du second niveau, Adonis a participé, en collaboration avec Yusuf al-Khal, à la fondation de la revue Shi'r (Poésie) en 1957. Cette revue a été destinée à la promotion de la pratique poétique arabe et sa sortie d’une longue léthargie passéiste. Aux cotés des productions poétiques de Badr Chakir Al-Sayyab, Yusuf al-Khal, Ounsi el-Hajj et Adonis, la revue a également permis au lecteur arabe de découvrir Suzanne Bernard à travers la traduction de certains chapitres de sa thèse « Le poème en prose de Baudelaire jusqu'à nos jours ». C’est bien là en fait qu’Adonis trouvera le fondement théorique, objectif et critique d’une écriture poétique arabe moderne. Aussi va-t-il couronner sa contribution théorique par sa thèse de Doctorat intitulée At-Tabit wa Al-Moutahawil, là où il va relire, moyennant un esprit critique, le patrimoine créatif arabe depuis sa fondation jusqu’à ce qu’il appelle le choc de modernité. Comme s’il s’agissait pour lui d’un rituel d’oraison funèbre à l’égard des ancêtres, Adonis va pousser la créativité arabe jusqu’au summum indépendamment de modèles insignifiants pour lui. Seule la trace soufie gardera pour Adonis toute son aura et toute son illumination du fait qu’elle a toujours été anticonformiste. En effet, la trace soufie constitue pour lui le lieu d’une connaissance qui s’illumine grâce à l’imaginal qui favorise l’accès aux mondes sibyllins et insolites. Poète et intellectuel incontestable, Adonis fonde sa vision du monde sur une profonde réflexion aux fondements de la création arabe en vue de repérer et, ipso facto, excéder son croupissement historique et donc inhumer ses idoles qui devraient, suivant la logique de l’histoire, disparaître pour permettre à de nouveaux horizons de la culture et de la société arabes de surgir et de s’épanouir afin d’accéder au temps de la modernité qui n’est autre, ici, que le temps de la poésie dans toutes ses acceptions symboliques et réalistes. Adonis est le poète de l’Amour et de la Vie. Son univers poétique est un dialogue permanent avec l’essence humaine qu’est le vouloir et la volonté de se libérer des impératifs d’une pensée rigide et archaïque qui n’a cessé d’orienter le fonctionnement de la pensée arabe comme, prétendument, structure close et achevée. Adonis opte pour une identité inachevée fondée sur le devenir en tant que logique de dépassement, de déstabilisation et d’interrogation de ce qui fut et de ce qui est en vue de penser ce qui serait. Grand lecteur d’Arthur Rimbaud, de Stéphane Mallarmé, de Hâllaj et de Nafari, Adonis nourrit le sens auquel achemine la parole poétique : le secret d’Etre…

Atmane Bissani
Jeudi 20 Mai 2010

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