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Faut-il un renforcement militaire américain en Afghanistan ?




Faut-il un renforcement militaire américain en Afghanistan ?
Début décembre, le président Barack Obama a déclaré vouloir déployer 30.000 soldats américains supplémentaires en Afghanistan. Mais il a ordonné que l’augmentation des troupes soit accompagnée par une stratégie intégrée de sortie. On se souvient alors d’une déclaration faite au cours du conflit au Vietnam par un jeune John Kerry à la Commission des relations étrangères du Sénat : «Comment demandez-vous à un homme d’être le dernier homme à mourir pour une erreur?»
L’erreur commise au Vietnam - comme en Afghanistan - est le postulat erroné répandu par l’élite politique et militaire américaine que ces pays représentent un intérêt vital pour la sécurité nationale américaine. Les décideurs oublient que Al-Qaïda a attaqué l’Amérique le 11 septembre, et à moins que le Pakistan ne fasse un effort conséquent pour s’occuper du sanctuaire d’Al-Qaïda de son côté de la frontière, la campagne américaine massive et extrêmement coûteuse de construction de la nation afghane restera inutile.
La dernière offensive du Pakistan dans le Sud du Waziristan a montré que l’armée pakistanaise n’a pas l’intention d’aller chercher les talibans afghans, et encore moins Al-Qaïda. Le Pakistan a des objectifs très différents en Afghanistan. Cela signifie qu’il n’y aura pas de stabilité en Afghanistan et au Pakistan avant qu’Islamabad ne réalise que l’avenir de sa sécurité ne réside pas dans le financement secret de relais islamistes. C’est une question qui doit être résolue diplomatiquement, pas militairement. Et tout dialogue doit se pencher sur l’influence croissante de l’Inde en Afghanistan, que le Pakistan a toujours considéré comme son arrière-cour.
Il semblerait que les décideurs américains ne peuvent offrir aucune incitation suffisante pour convaincre le Pakistan de renoncer à son soutien aux relais avec lesquels il s’est associé depuis trente ans. Ensuite, alors que les drones américains bombardent dans les zones tribales du Pakistan et ont tué un certain nombre d’agents de grande valeur d’Al-Qaïda, ils ont également renforcé la base de soutien à Al-Qaïda chez les pachtounes et ont radicalisé les forces djihadistes que l’Amérique cherche justement à défaire.
Que la raison d’être de prolonger l’opération soit d’éradiquer Al Qaïda, de gagner en facilité d’accès aux réserves énergétiques de l’Asie centrale, ou d’améliorer le sort du peuple afghan, le peuple américain ne semble plus adhérer. Une partie substantielle du public américain est contre l’envoi de troupes supplémentaires, comme la majorité écrasante des démocrates au Congrès et même un certain nombre d’éminents conservateurs. Pourquoi ? En partie parce que ces patriotes américains se rendent compte que des soldats courageux et hautement qualifiés ne sont pas formés pour être des bâtisseurs de nation ou des policiers. Ces critiques notent également, dans le contexte de la récession économique actuelle, que si les Talibans et Al Qaïda ne peuvent pas détruire les États-Unis, les dépenses américaines inconsidérées le peuvent. Comme le note le Forum indépendant :
« Les Etats-Unis affichent un déficit budgétaire de 1,4 milliards... la dette nationale a maintenant dépassé le cap des 12 milliards de dollars ... La guerre en Afghanistan a déjà coûté environ 250 milliards de dollars et ne cesse d’augmenter ... [et] depuis qu’Obama a été élu, le dollar américain a perdu environ 10% de sa valeur, et il se rapproche de son record du niveau le plus faible de tous les temps atteint au début de 2008. Depuis 2002, le dollar américain a chuté d’environ 37% ».
Sans doute l’aspect le plus troublant de la guerre américaine, et ce, indépendamment de l’absence d’objectifs clairement définis et réalisables, est-il le manque de soutien public à l’intérieur. Le moral de tous les militaires volontaires chutera si le soutien populaire continue de décliner. Si le deuxième renforcement des troupes en Afghanistan sous Obama doit s’avérer similaire à celui réalisée en Irak (un envoi rapide de troupes américaines puis un retrait très lent), alors comme le jeune John Kerry l’a déjà souligné il y a plus de trente ans, le président américain demande en réalité à des milliers de jeunes hommes et de jeunes femmes en uniforme de sacrifier leur vie pour une occupation que lui-même n’a pas accepté pleinement et déjà qualifié d’erreur.
La sécurité américaine n’est pas en jeu en Afghanistan. En tant que conseiller à la sécurité nationale du président, le Général James Jones, a noté en Octobre, « la présence d’Al-Qaïda [en Afghanistan] est très affaiblie. Le montant maximum est inférieur à 100 personnes opérant dans le pays, aucune base, aucune capacité de lancer des attaques ni sur nous ni sur nos alliés ». L’Amérique n’a pas besoin de 130.000 soldats pour chasser 100 combattants d’Al-Qaïda. Et comme le note Paul Pillar, du Bureau National des Renseignements pour le Moyen-Orient entre 2000 et 2005, les préparations les plus importantes pour les attentats du 11 Septembre 2001 « n’ont pas eu lieu dans des camps d’entraînement en Afghanistan, mais plutôt dans des appartements en Allemagne, des chambres d’hôtel en Espagne et des écoles de pilotage aux Etats-Unis ».
Non seulement rester en Afghanistan n’est pas une condition préalable pour protéger l’Amérique, mais le prolongement de cette occupation est susceptible de ternir sa réputation, porter atteinte à sa sécurité, et d’éroder son bien-être économique, plus que ne le ferait une politique efficace se limitant à viser Al-Qaïda. Combien de soldats des Etats-Unis et de l’OTAN sacrifieront leur vie pour le gouvernement central impopulaire et inefficace de l’Afghanistan ? Combien de centaines de milliards de dollars du Trésor US empruntés demandera-t-on aux contribuables américains de financer? Quel est l’objectif stratégique réel de rester en Afghanistan ? Et les politiques sont-ils honnêtes quand ils disent que c’est pour le peuple de l’Afghanistan ou par nécessité de vaincre Al-Qaïda? Compte tenu des justifications toujours plus faibles de poursuivre la guerre, on peut se le demander.

* Analyste au Cato Institute à Washington
Article publié en collaboration avec www.unmondelibre.org

Par Malou Innocent *
Mercredi 6 Janvier 2010

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