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Fathallah Oualalou, Premier secrétaire adjoint de l’USFP : 2011, l’année de tous les espoirs et de tous les paris




Fathallah Oualalou, Premier secrétaire adjoint de l’USFP : 2011, l’année de tous les  espoirs et de tous les paris
Mon sentiment, après le discours Royal du 9 mars, est un motif de fierté de ma marocanité, de mon pays, son Roi et son peuple. C’est une fierté pour le Maroc d’être au rendez-vous avec l’histoire et de se positionner de nouveau, en tant que leader de la région arabe et méditerranéenne.
L’année 2011 est une année décisive sur tous les plans. Tous les indices dans leurs dimensions temporelle et géographique le prouvent. Une année qui peut permettre à la région et au Maroc, d’entrer de plain-pied au 21ème siècle, après une longue période de stagnation et parfois de retard mortel. Et ce, pour nous repositionner dans ce monde qui connaît des mutations rapides et successives.
Ce qui s’est passé dans la région représente un événement sans précédent et donc un tournant historique de par la nature des changements qui ont pris un élan révolutionnaire en Tunisie et en Egypte, dont les échos retentissent toujours à travers des gestations qui prennent des formes dramatiques dans certains pays comme la Libye.
Ce qui s’est passé et ce qui apparaît comme changements est en réalité un dépassement des cumuls de l’ère de l’après-indépendance des pays nord-africains. C’est en fait le dépassement de la période du parti unique qui étouffe les capacités du pays et son avenir, la vision unique imposée à tous, le leader unique qui règne par la force et l’étouffement des libertés. Dans toutes les régions arabes, ces cumuls ne sont plus acceptés vu leurs résultats catastrophiques et face à l’impasse qui ne permet guère d’alternatives.
La manifestation notoire
du génie marocain      
De ce constat, il est manifeste que le Maroc a compris, avec vigilance et réaction rapide, que la région traverse une phase décisive. Et pour lier le présent et le passé glorieux de nos pays et peuples, il est important de souligner que ce virage nous rappelle l’autre tournant historique du début des années 50 et plus précisément entre 1952 et 1954. Il est connu que la défaite de 1947 a provoqué un sentiment de colère générale et a conduit à un sursaut national au Maghreb arabe. D’où le déclenchement d’une série d’événements, commençant par l’assassinat du syndicaliste Farhat Hachad en décembre 1952 et ce qui l’a accompagné comme effervescences et réactions au Maroc, à titre d’exemple, initiées par le Mouvement national, en passant par le soulèvement d’août 1953 suite à l’exil du Roi Mohammed V et de la famille Royale qui a été un catalyseur déclenchant la lutte pour l’indépendance, non seulement dans notre région mais progressivement à l’échelle africaine, suite à la révolution algérienne (novembre 1945) qui a eu un grand retentissement sur les mouvements de libération nationale à la moitié du 20ème siècle.
Durant cette période, plus exactement, la «voix des Arabes» retentissait et jouait pratiquement le même rôle d’outils de communications et de réseaux sociaux d’aujourd’hui en matière de transmission de la pensée de liberté arabe. Et comme les forces de l’occupation n’ont pas réussi à cerner et à faire taire la radio qui a continué à mobiliser l’opinion publique dans toute la région arabe, les pouvoirs qui ont étouffé les libertés individuelles et des groupes pendant des décennies d’hégémonie, n’ont pas pu maîtriser la dimension libératrice des outils des nouvelles technologies de communication et d’information. Ces dernières ont joué un rôle pionnier pour la mobilisation de l’opinion publique, la résistance pacifique et la manifestation politique.
Il est évident que cette situation et ces compétences acquises ne sont pas le fruit du néant, mais le résultat d’un long processus de revendications des libertés, des droits et de démocratisation de la vie publique. La réussite dans ce sens est le couronnement d’un processus social, fatigué des années de perte des libertés, de violation des droits, d’oppression des ambitions individuelles et des groupes, exclus du développement et de la résolution des problèmes sociaux majeurs dans les domaines de l’emploi, l’éducation, le bien-être, les services vitaux.
Les problématiques qui ont donné naissance aux agitations dans la région sont les conséquences de la nature de gouvernance qui a négligé toute possibilité de s’ouvrir sur les forces sociales et de les faire participer tout en prenant en considération leurs attentes.
En partant de l’Egypte, plusieurs pays arabes ont adopté la politique du parti unique basé, dans bien des cas, sur la position et l’implication de l’armée dans la société pour assurer la sécurité et la stabilité de l’Etat qui venait de recouvrer l’indépendance politique. Une situation mise en question après la défaite de 1967 qui est, en fait, la première défaite de ce type de régime, annonçant ses limites et ses conséquences. Et pourtant, le régime du parti unique s’est propagé et s’est ancré dans la région. Il a même été délocalisé en Syrie et en Irak, puis s’est absolument instauré en Libye en septembre 1969.
Et après la disparition du camp soviétique en 1989, plusieurs mutations ont vu le jour en Europe de l’Est avec l’appui de l’Union européenne et du camp occidental en général. Et avec la propagation des valeurs démocratiques et les droits de l’Homme devenus l’une des composantes de la mondialisation, les changements démocratiques ont pris un nouveau tournant en Europe de l’Est et la dictature militaire a été supplantée en Amérique latine. En revanche, la région arabe n’a pas bénéficié de ces mutations. Par ailleurs, la région est entrée dans une phase de transformation du régime du parti unique en parti dominant comme cela a été le cas en Tunisie, Egypte et en Algérie au même moment où un autre mouvement apparaissait, celui des islamistes radicalistes qui exploitaient la religion à des fins politiques. Ce qui a conduit à la dégradation et à la destruction de la région. Ainsi, la région est entrée dans un processus de stagnation et de recul. Au moment où les révolutions médiatique et technologique se sont poursuivies dans le monde, la région arabe est devenue un espace consommateur avec l’apparition des forces économiques montantes. Avec la crise de 2008 et le changement de la logique de la gouvernance économique mondiale, la marginalisation de la région arabe s’est accentuée et les problèmes sociaux ont augmenté avec la propagation des aspects de pauvreté et du besoin, entraînant la grogne sociale. D’où le processus du printemps arabe… Il est désormais de notre devoir d’assimiler ce processus et de l’accompagner pour construire des milieux démocratiques. Surtout que des changements survenus en Tunisie et en Egypte et les épreuves sanglantes que vit la Libye donneront naissance à de nouveaux partis et à des milieux capables de construire un système démocratique.
L’année 2011 est celle des  tous  les espoirs de la région pour que le monde arabe adhère à la culture de la démocratie et des droits de l’Homme et ne soit pas en marge de ces mutations universelles. Nous pensons que ces changements donneront sûrement des résultats positifs :
Premièrement, au sein de chaque pays, ensuite dans  toute la région arabe, puisque ces mutations visent la réhabilitation de l’homme arabe, sa dignité et à lui permettre de participer dans la gestion des affaires du pays.
Ces changements  permettront  l’apparition de la possibilité  d’une coopération régionale  Sud-Sud, car les régimes dominant à l’intérieur  ont donné lieu à toutes les raisons de divergence avec les voisins, et partant ont créé une sorte de propension vers un leadership régional. De même qu’ils ont contribué à l’encouragement des mouvements séparatistes, particulièrement dans le Maghreb Arabe.
Dans ce cadre, il est nécessaire  d’utiliser au mieux  cette mutation en vue de changer les concepts du travail  commun, particulièrement  les fondements et les mécanismes   de la Ligue arabe qui, de par son inefficacité,  a fini par devenir une organisation sans âme.
Pour nous, au Maghreb Arabe, une nouvelle mobilisation est inévitable et ce, pour aller vers une nouvelle  dynamique volontariste  du travail unitaire, régional et maghrébin dans un cadre dépassant  l’institution de l’Union du Maghreb Arabe.
 Le 3ème changement  touchera les relations Sud-Nord, particulièrement avec l’Europe, non seulement pour que cette dernière accorde plus d’intérêt à notre région, comme elle le fait avec  l’Europe de l’Est après 1989, mais pour tisser de nouvelles relations entre l’Europe et nous sur la base de notre adhésion totale  aux valeurs démocratiques et des droits de l’Homme.
Concernant les questions décisives, particulièrement la cause palestinienne, il est incontestable que ces mutations   mèneront à changer l’équation politique et géostratégique  dans le Moyen-Orient et les questions essentielles.
Les régimes prolétaires arabes ont pratiquement  échoué  à défendre  les revendications territoriales arabes légales. Ces régimes ont souvent permis à Israël de monopoliser les devants de la scène  démocratique et d’instrumentaliser son système démocratique pour servir des intérêts  politiques et géostratégiques pour consolider un état de fait colonialiste.
Vision de réforme
renouvelée et pionnière
A travers ce parcours dont nous avons parlé, il apparaît que le Maroc s’est distingué par une anticipation notoire. Nous pouvons considérer que seul le Maroc dans la région arabe a peut-être assimilé les changements intervenus dans le monde depuis 1989. Chez nous, depuis le début des années 90, il a été entamé le processus d’ouverture par étapes, inauguré par la libération des détenus politiques et le retour des exilés. Le mémorandum de la Koutla soumis à Feu Hassan II est venu par la suite, pour que débute la deuxième phase des réformes. Et ce vers la fin des années 90 et le début du 21ème siècle  avec le gouvernement d’alternance conduit par M.Abderrahman Youssoufi et l’avènement de la nouvelle ère de SM Mohammed VI.  Notre pays a connu depuis un processus de réformes et des réconciliations au sujet de la situation de la femme, la reconsidération de l’amazighité, le rattrapage du retard accusé au niveau des infrastructures importantes et des carences sociales, en plus des réformes structurelles, économiques et financières. Bien entendu, notre pays a réussi à bénéficier d’une reconnaissance internationale quant au bien-fondé de ses réformes. Le Statut avancé dont bénéficie le Maroc au niveau de son partenariat avec l’Union européenne s’inscrit dans ce cadre, comme c’est d’ailleurs le cas concernant la signature d’autres conventions dont le nombre va augmentant.  
Mais depuis 2002, nous avons enregistré des indices de la régression politique avec le non-respect de la méthodologie démocratique et l’apparition du fossé entre le politique qui recule et le développement économique en vogue. Juste après, les élections de 2007-2009 ont connu le boycott de la part de la classe cultivée. Ce qui a provoqué une réelle crise politique nourrie des mauvais agissements qui ont surgi sur le champ politique avec l’exploitation de la religion dans l’action politique. D’où l’apparition de la dégradation de la gouvernance de la gestion publique qui a donné naissance à la démoralisation, à la déception et au manque de confiance en l’action politique. Ainsi, des abus en tout genre ont marqué l’action politique et pollué le champ politique national.
L’USFP a, comme toujours, soulevé la question lors de son 8ème Congrès national. Il a même placé cette inquiétude parmi ses priorités durant les deux étapes de son Congrès et dans ses communiqués politiques dans lesquels il a fait appel d’urgence aux réformes politiques et constitutionnelles. Il a même anticipé l’initiative de soumettre à SM le Roi un mémorandum présenté par le Premier secrétaire du parti.
Cette inquiétude a continué à dominer le paysage politique et social marocain, jusqu’à ce que des changements aient eu lieu dans la région. Le Maroc a fait exception dans la mesure où il avait entamé au préalable le processus de réformes politiques et économiques, ainsi que de prometteuses initiatives de la jeunesse, traduites par les marches du 20 février 2011.
Aujourd’hui, nous devons être au rendez-vous et il faut que nous soyons des citoyens soucieux de l’avenir du pays et du peuple. D’où l’importance de l’historique discours Royal qui a donné un élan en vue de concrétiser la réforme au Maroc.  Cet élan véhicule une sorte de rencontre entre la volonté Royale et la vision nationale démocratique. La garantie de cette réussite est conditionnée par la présence centrale de l’Institution Royale pour donner l’orientation et l’exemple, à l’instar de ce qui s’est passé en 1944 lors de la présentation du Manifeste de l’Indépendance, en 1953 avec l’exil de Feu Mohammed V, à la fin de 1975 à l’occasion de la Marche Verte, en 1997/1998 avec l’expérience de l’alternance consensuelle, ou encore en ce début 2011 avec les prémices de la réforme constitutionnelle. Ce sont là des étapes qui placent le Maroc dans la position de leader. Notre Roi, notre pays et notre peuple montrent une grande capacité de prendre les rênes du renouvellement et du développement concernant tout virage historique.
Après le discours Royal, la responsabilité incombe  désormais aux Marocaines  et Marocains :  élites, partis politiques et associations de la société civile. Elle incombe aussi en premier à la jeunesse dont on  doit saluer le rôle qu’elle a joué quant à l’éveil de la conscience collective vers une nouvelle marche de la réforme.
Globalement, c’est une responsabilité de coopération et de solidarité entre les forces vives de la société marocaine afin de trouver la bonne réponse en vue de gagner le pari de la démocratie et de faire mûrir les conditions de la transition constitutionnelle du Royaume du Maroc.

Par Fathallah Oualalou
Jeudi 17 Mars 2011

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