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Face au poids des années, les Sekaiyas peinent à résister




Patrimoine indéniable et l'une des composantes fondamentales de la mémoire collective des Marrakchis et de la cité ocre, les Sekaiyas de Marrakech peinent à résister face au poids des années et à leur marginalisation surtout, après que ces monuments ont eu le mérite de jouer, par le passé, un véritable rôle social.
Si certaines de ces Sekaiyas, témoins d'étapes rayonnantes de l'histoire de la cité ocre, ont fait l'objet de dégradation avancée, voire de déperdition à cause de l'absence de toute initiative visant leur préservation, d'autres, au contraire, ont fait montre d'un degré élevé de résistance aux aléas du temps, s'érigeant ainsi en véritables monuments historiques de Marrakech à même de contribuer ostensiblement à la promotion touristique et culturelle de cette cité.
Depuis l'avènement de la dynastie almoravide, les Sekaiyas ont permis la mise en place d'un système efficient et des plus sophistiqués en matière d'approvisionnement en eau notamment, pour les populations autochtones et ce, de manière permanente.
Approché par la MAP, M. Mohamed Rabitateddine, professeur au département de l'histoire à la Faculté des lettres et des sciences humaines de Marrakech, a fait savoir que les Sekaiyas en tant que véritables outils d'approvisionnement en eau potable, ont toujours constitué une partie intégrante du patrimoine architectural de Marrakech et ce, à travers différentes étapes de l'histoire de cette ville millénaire.
Il a rappelé, dans ce sens, que la Sekaiya est une construction architecturale qui commence par la réception, la collecte et le stockage de l'eau avant sa distribution, tout en faisant appel à une série de mécanismes et de techniques qui facilitent la gestion des ressources hydriques depuis leur source jusqu'à leur distribution, relevant que ce système repose sur l'utilisation de plusieurs bassins, dont certains sont toujours présents au niveau de Marrakech, en l'occurrence celui dit "Charij Labgar", celui des jardins de la Ménara, ou encore ceux des Jardins de l'Agdal Ba-Hmad.
Et d'ajouter que chaque Sekaiya compte trois petits bassins, dont deux réservés à l'abreuvage du bétail, et un seul bassin destiné à l'approvisionnement en eau potable, faisant observer que le nombre des Sekaiyas, selon une étude réalisée par le savant Abbès Ibn Ibrahim Tâarji, auteur du livre "Al- Ilam" lors de la période du protectorat, s'est chiffré à 89 unités et que ce nombre a été toujours signifiant d'une dynastie à l'autre.
L'importance de ces Sekaiyas s'est illustrée également à travers le fait qu'il n'existait pas à Marrakech un quartier dans l'ancienne médina où il n'existait pas une ruelle qui prenait le nom de "Derb Sekaya", a fait remarquer M. Rabitateddine, avant de rappeler que l'ensemble des bassins présents actuellement et qui alimentaient autrefois les Sekaiyas de la ville de Marrakech en eau, remontaient à l'époque des Almohades.
Et d'ajouter que sous le règne des Saadiens, il a été procédé à la construction de la Sekaiya dite  "Chrab ou Chouf" qui constitue, à elle seule, un véritable patrimoine architectural de par sa beauté et l'originalité de sa décoration et de sa construction.
Cette Sekaiya s'est vite érigée en un véritable monument historique, car disposant d'un plafond bien décoré et dont, la beauté et la magie ne tardent guère à se refléter directement sur la surface des eaux stockées au niveau du bassin, procurant ainsi à chaque usager, une image envoûtante d'un savoir- faire ancestral, riche et inédit.
Il a, par ailleurs, déploré le fait que cette Sekaiya soit délaissée aux aléas du temps, en raison, entre autres, d'une méconnaissance réelle de son importance à la fois historique et civilisationnelle, surtout à un moment où il est devenu impératif d'agir pour la préservation de ce patrimoine hydrique et de le prémunir contre toute forme de dégradation.
"Si certaines Sekaiyas ont complètement disparu, d'autres sont sur la voie de la déperdition, d'où la nécessité d'agir d'urgence en vue de la réfection de ce patrimoine civilisationnel, conformément aux différents critères reconnus mondialement dans ce domaine", a-t-il dit.
Il a suggéré de doubler d'efforts en vue de la transformation de certaines Sekaiyas, notamment celles de superficies plus grandes, en véritables projets touristiques à forte valeur ajoutée.
Le président du Centre méditerranéen de l'environnement de Marrakech (CMEM), Moulay Abdeslam Samrakandi a, pour sa part, indiqué que l'intérêt porté par la société civile aux Sekaiyas de Marrakech, émane, en premier lieu, du fait que ce patrimoine est en nette dégradation, estimant indispensable de mener des campagnes de sensibilisation quant à l'importance de la préservation d'une partie de l'identité culturelle, architecturale et civilisationnelle de la cité ocre.
Et de poursuivre que le CMEM a mené, au niveau de Marrakech, deux opérations de réfection des Sekaiyas à savoir celle "Saadia" au quartier Bab Doukala en 2009, ainsi que de la Sekaiya dite "Sidi Abdelaziz" en 2010 et ce, dans le cadre du projet "Redécouvrons ensemble les mémoires de l'eau en Méditerranée" (REMEE), cofinancé par l'UE dans le cadre du programme euro-méditerranéen "Euromed Héritage VI".
Ces deux actions, auxquelles se sont associés des groupes d'étudiants bénévoles, dont l'âge est compris entre 22 et 25 ans, en provenance de plusieurs pays du pourtour méditerranéen, notamment la France, la Tunisie et le Maroc, se sont déroulées dans le parfait respect d'une série de critères basés sur un retour à la date de construction de la Sekaiya ainsi que sur la recherche de sa forme architecturale qui la distinguait par le passé, outre le recours à des techniques novatrices en matière de réfection du patrimoine.
L'association des jeunes à ce genre d'initiative est de nature à les sensibiliser davantage quant à l'importance de la préservation de ces Sekaiyas situées dans les différents quartiers de l'ancienne médina de Marrakech et surtout, de leur permettre de prendre connaissance du rôle qu'elles (Sekaiyas) ont joué en matière de garantie de l'approvisionnement en eau potable, a-t-il souligné en substance. 

Par Essibi Abdenbi (MAP)
Lundi 15 Août 2011

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