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Face à l’hégémonisme de l’anglais, devenu la langue universelle

La bataille du français dans la vie internationale




L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) se bat depuis plusieurs années pour renforcer l’utilisation du français dans la vie internationale face à l’hégémonisme de l’anglais, devenu la langue universelle non seulement du monde des affaires mais aussi de la diplomatie.
Pour l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), qui a décidé à son sommet de Québec en 2008 de faire du français et du rattrapage linguistique sa priorité, il s’agit de renforcer ce lien qui unit les 56 Etats et gouvernements membres et associés et les 14 observateurs répartis sur les cinq continents – et qui sont rassemblés autour du partage d’une langue commune parlée par 200 millions de personnes. Il s’agit aussi d’étendre cette influence au-delà de la frontière anglophone-francophone en Europe, en Afrique et jusqu’en Chine, au nom de la diversité culturelle. Même le Japon, les Emirats arabes unis et les pays du Golfe en général s’intéressent à une coopération avec la Francophonie au nom de la solidarité.
Le Vade-mecum relatif à l’usage de la langue française dans les organisations internationales, adopté en septembre 2006 par la conférence ministérielle de la Francophonie à Bucarest, puis renforcé par le sommet de Québec, est devenu la véritable feuille de route en la matière. D’autant qu’un document de suivi, présenté par l’Observatoire de la langue française de l’OIF, a souligné les obstacles au multilinguisme qui existent toujours dans la plupart des enceintes internationales, notamment à l’Onu, à l’Union européenne (UE), à l’Unesco ou à l’Union africaine (UA). Cet Observatoire est chargé de l’observation du français dans le monde et plus particulièrement du suivi du Vade-mecum. Il doit aussi être associé à l’élaboration et au suivi des Pactes linguistiques dont le principe a été adopté à Québec.
L’OIF poursuit une œuvre de longue haleine pour le renforcement des capacités en français des fonctions publiques et des diplomaties européennes, mises à mal par près de trente ans de prépondérance de l’anglais. La majorité des pays européens, à l’exception de la France, du Luxembourg, de la Belgique, de Monaco et d’Andorre de façon plus marginale, ont en effet le français comme langue étrangère et leurs diplomates et fonctionnaires techniques ne sont pas en mesure de l’utiliser dans toutes les négociations et tous les suivis de dossier que génère l’UE.
En 2002, l’OIF a lancé son programme Europe après la signature d’un accord avec la France, la Communauté française de Belgique et le Luxembourg. Ce programme, qui dispose actuellement de 2,2 millions d’euros par an, comprend plusieurs volets de formation, de concertation, de communication, de dotation d’outils linguistiques, à Bruxelles et dans les Etats concernés. Ainsi quelque 2 000 fonctionnaires qui résident à Bruxelles et sont en poste dans les représentations permanentes de leurs Etats suivent des cours à l’Alliance française financés par l’OIF.
Autre volet important, la signature d’accords appelés mémorandums avec les ministres des Affaires étrangères d’une vingtaine d’Etats membres ou observateurs de la Francophonie, en Europe de l’Est, centrale ou du Sud, pour cofinancer pendant trois ans la formation dans les capitales concernées des fonctionnaires chargés des questions européennes. L’OIF est partenaire, pour ce faire, des instituts français et des centres culturels, et a formé l’année dernière 8 000 personnes.
L’organisation collabore aussi avec les écoles nationales d’administration ou les instituts diplomatiques des pays où le français était une langue rarement enseignée et très peu présente dans l’environnement des fonctionnaires, sur les affiches, les murs, la signalétique, les sites internet, les brochures ou les publications qui étaient plutôt en anglais. « Comme avec les ministres, nous avons passé des accords avec les recteurs de 12 écoles nationales d’administration et instituts diplomatiques qui nous présentent chaque année un projet que nous finançons pour renforcer la place du français », précise Stéphane Lopez, chargé du programme Europe au sein de l’OIF.
De plus l’OIF aide les fonctionnaires francophones à préparer les concours d’entrée aux institutions européennes et forme au français des fonctionnaires des administrations territoriales à travers le réseau des Alliances françaises. Elle organise enfin des séjours linguistiques d’une à deux semaines, en France notamment, pour des personnalités – ministres, parlementaires, chefs de services, ambassadeurs, gouverneurs de banque centrale – qui pourront poursuivre les cours par la suite dans leur capitale.
Le projet de relance du français en Afrique date quant à lui de 2005. Il vise à renforcer le français au sein de la Commission de l’Union africaine, de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Intergovernmental Authority on Development, Igad), de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), du Marché commun d’Afrique orientale et australe (Common Market for Eastern and Southern Africa, Comesa) et de la Communauté de développement d’Afrique australe (Southern African Development Community, SADC), ainsi que du secrétariat des ACP à Bruxelles. La majorité de ces organisations ont leur siège dans des pays non francophones : Ethiopie, Nigeria, Zambie, Botswana.
Les axes d’intervention au sein ces organisations visent les non francophones : formation intensive à la langue française, cours annuels sur place, stages intensifs en milieu francophone, soit en Afrique même soit en France par exemple. L’OIF aide aussi les services de traduction et des conférences où le français n’était pas assez présent en proposant de doter ces organisations du logiciel Trados (traduction assistée par ordinateur) et elle envoie des formateurs pour les traducteurs. Elle a aussi envoyé ces responsables à des réunions internationales sur les traductions et contribue à la traduction de documents de référence en français. Elle encourage par ailleurs l’utilisation du français sur les sites internet de ces organisations : cela a déjà été fait pour la SADC et est en train de se faire pour le Comesa.
La Francophonie travaille aussi avec une dizaine de ministères des Affaires étrangères, dont celui d’Afrique du Sud qui a demandé, depuis le début, une véritable coopération en la matière et a fait du chinois et du français deux langues étrangères à apprendre. Le Nigeria, l’Ethiopie et la Tanzanie sont également sur les rangs. « Nous travaillons en priorité avec des diplomates des pays qui appartiennent à l’OIF mais ne sont pas francophones comme le Ghana », ajoute toutefois Catherine Braun, en précisant que les « plus demandeurs sont les lusophones et les hispanophones ».
L’OIF n’oublie cependant pas les francophones. Elle a ainsi alimenté, à leur intention, les bibliothèques des organisations africaines en documents de référence en français, et propose des ateliers de formation à la négociation internationale afin de leurs permettre de mieux prendre la parole. Selon le projet, sur quelque 2 000 fonctionnaires internationaux travaillant dans les organisations-cibles du programme, 900 auront ainsi une bonne maîtrise du français de la diplomatie et 300 auront suivi des ateliers de haut niveau de formation à la négociation internationale en français. De plus, 4 500 diplomates et hauts fonctionnaires africains des pays lusophones (Cap-Vert, Guinée-Bissau, Mozambique, Sao Tomé-et-Principe), hispanophones (Guinée équatoriale) et anglophones (Ghana) appartenant à l’OIF, ainsi que du Nigeria et de l’Afrique du Sud, auront été formés à la langue française.

Par Marie Joannidis (MFI)
Vendredi 8 Mai 2009

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