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Espagne : Le bipartisme enterré




L’émergence de nouvelles formations politiques en Espagne a radicalement modifié le panorama au Congrès des députés (Chambre basse) à tel point que les deux traditionnels partis politiques, Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) et Parti populaire, ont perdu l’initiative de former un nouveau gouvernement. L’époque des majorités absolues est révolue et aucun des deux partis politiques n’est en mesure de gouverner sans le soutien d’autres formations.

Un pacte progressiste
La crise politique que vit le pays depuis les élections du 20 décembre  dernier a forcé le PSOE à tendre la main à Podemos et à Ciudadanos (C’s), deux formations  qui siègent pour la première fois au Congrès des députés. Les socialistes ont souscrit un accord avec Ciudadanos (droite) et aspirent à intégrer Podemos (gauche) à un large pacte de gouvernement. La réunion, mercredi à Madrid, entre les leaders du PSOE et de Podemos, respectivement Pedro Sanchez et Pablo Iglésias, inaugure une nouvelle ère de pactes. Les deux partis politiques tentent désormais de transcender les susceptibilités idéologiques en vue d’écarter le PP du pouvoir et donner un contenu concret à leurs programmes électoraux qui promettaient un changement progressiste. Le but est d’atteindre pour l’actuelle législature un gouvernement de coalition, qui est une nouvelle donne politique pour éviter le retour aux urnes. Avec le soutien de Podemos, le PSOE compte intégrer dans son futur gouvernement d’autres formations de gauche. Il compte aussi maintenir intact son accord avec Ciudadanos pour mettre un terme à la crise politique qui dure depuis plus de cent jours.

Podemos opte pour
le pragmatisme

Podemos, parti créé en 2014 comme alternative qui signifie le changement, se présente comme le porte-parole des jeunes générations qui sont fortement affectées par la crise économique, le népotisme et l’arrogance des deux partis traditionnels (PSOE et PP). Né comme conséquence du mouvement social du printemps de 2011, il compte 69 sièges à la Chambre basse, un chiffre qui le convertit en une pièce essentielle dans l’échiquier politique. C’est la raison pour laquelle, son leader exige une représentation effective au sein d’un éventuel gouvernement dirigé par les socialistes. Il a reformulé cette exigence, mercredi, lors de sa rencontre avec Pedro Sanchez, tout en manifestant la volonté de mettre sur pied une large coalition avec differentes signes idéologiques mais sans la participation du PP. Sa proposition, qui se démarque des « lignes rouges » qu’il avait mentionnées précédemment, comporte des concessions en vue de débloquer le dialogue avec les socialistes. Avec un total de 161 sièges de députés (90 socialistes, 69 de Podemos, 2 de la Gauche unie), la coalition de gauche souhaitée serait impossible. La majorité absolue est de 176 députés. « Si le problème du PSOE est ma présence au gouvernement, je renonce à cette idée », a-t-il dit mercredi lors d’une conférence de presse. Il a de même abandonné son veto à Ciudadanos et s’est déclaré disposé à ouvrir des négociations avec le leader de cette formation pour qu’il appuie la future coalition de gauche. Les concessions faites concernent le volet fiscal, l’abrogation de l’actuelle réforme du marché du travail et la réduction progressive du déficit public. Elles rejoignent en partie les termes d’un futur gouvernement socialiste.

La lucidité des socialistes
Pedro Sanchez gagne des points dans sa bataille face au PP en prévision d’une éventuelle investiture au Parlement. Il est accepté et écouté par le reste des formations politiques qui boudent tout dialogue avec Mariano Rajoy. Fort d’un accord avec Ciudadanos (considéré comme un nouveau représentant de la droite), Sanchez a réussi à ouvrir des canaux de communication avec Podemos en dépit de l’intransigeance des barons du PSOE, dont Felipe Gonzalez (ex-président du gouvernement). Sa feuille de route est très simple à déchiffrer: créer une coalition qui embrasse toutes les affinités politiques avides du changement radical et de l’éradication des comportements répudiés par la société. Il fait allusion aux scandales de corruption dans lesquels sont appliqués de nombreux dirigeants et militants du PP. De ce fait, il aspire au « métissage idéologique » avec un modèle tripartite constitué du PSOE, de Podemos et de Ciudadanos pour sortir le pays du marasme politique. Toute alliance avec le PP demeure écartée. D’ailleurs ce parti parie fièrement sur de nouvelles élections en cas d’échec des rounds de négociations du PSOE avec le reste des partis politiques. Dans cette circonstance, celles-ci seraient organisées le 26 juin. C’est la raison pour laquelle, Sanchez préfère une coalition de trois partis (PSOE : 90 députés ; Podemos : 69; Ciudadanos : 40) pour réunir 190 sièges et garantir le vote favorable à son investiture au Parlement. Reste à assembler les pièces du puzzle et atténuer l’animosité entre Podemos et Ciudadanos.

Mohamed Boundi - Correspondance particulière de Madrid
Mardi 5 Avril 2016

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