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Epargne publique et épargne privée, qui dit mieux ?




Epargne publique et épargne privée, qui dit mieux ?
Les Canadiens épargnent-ils suffisamment pour leur retraite? Partout au Canada, ces questions ont pris durant la dernière année une importance inégalée. Trois propositions de réformes majeures des régimes publics sont largement discutées. Elles partent toutes d’un même constat, celui de l’insuffisance de l’épargne retraite, et proposent des solutions apparentées puisque toutes basées sur l’épargne obligatoire.
Pourtant, élargir l’épargne obligatoire, c’est prendre le risque de diminuer l’épargne privée. Entre 1993 et 2003, alors que les taux de contributions au Régime de pension du Canada (RPC) et du Régime de rentes du Québec (RRQ) ont pratiquement doublé, l’épargne placée dans les REER a diminué. L’épargne totale est conséquemment demeurée relativement stable en proportion du revenu durant cette période.
Malgré ces transferts, les deux catégories d’épargne n’offrent pas les mêmes services. Les avantages des régimes publics sont trop souvent surévalués alors que l’épargne privée présente des avantages trop souvent ignorés ou sous-estimés.
 
Les avantages 
surévalués de 
l’épargne publique
Myopie temporelle et équité intergénérationnelle : Beaucoup de gens sous-évaluent l’épargne nécessaire pour obtenir un montant donné dans un avenir éloigné, ce qu’on peut qualifier de myopie temporelle. Un régime public devrait quant à lui pouvoir fixer les taux de cotisation sur la base d’évaluations actuarielles objectives de façon à correspondre exactement aux prestations promises. Toutefois, les taux de cotisation n’ont pas été fixés à un taux suffisant par les gouvernements lors de l’implantation du RPC et du RRQ. Ce déficit des générations précédentes a dû être compensé plus tard par des taux de cotisation plus élevés. Ainsi, au lieu de cotiser 9,9 % au RPC, les travailleurs canadiens d’aujourd’hui ne cotiseraient que 6 %.
Mutualisation des risques et équité intra-générationnelle : La mutualisation des risques constitue sans doute le principal avantage des régimes publics obligatoires. Puisque personne ne connaît ce que lui réserve l’avenir, il est possible de ne pas avoir épargné suffisamment si l’on vit jusqu’à un âge avancé. Avec la mise en commun de l’épargne dans un régime public, prévoir la longévité moyenne devient possible par la loi des grands nombres. Cela réduit donc un risque important. Par contre, les différents groupes composant la société n’ont pas tous la même espérance de vie. Ceux qui disposent de moins de revenus sont aussi ceux dont l’espérance de vie est moindre. La mutualisation des risques peut donc entraîner des iniquités intra-générationnelles en défaveur des moins nantis. Frais de gestion et rendements : Par leur caractère obligatoire, les régimes publics canalisent des sommes importantes dont la gestion est confiée à des entités spécifiques. La taille de ces gestionnaires de fonds permet de croire que leurs frais de gestion seront bas, puisque la gestion d’un fonds deux fois plus gros ne coûtera pas automatiquement deux fois plus cher, et qu’ils obtiendront ainsi de meilleurs rendements. Or, cette explication n’est pas confirmée empiriquement. Il faut aussi souligner que dans le cas des régimes publics, le fardeau administratif du prélèvement des cotisations est supporté par les employeurs et les travailleurs autonomes pour qui il s’agit d’un irritant majeur.
Solvabilité et performance : La solvabilité des gestionnaires de fonds publics est plus ou moins garantie par les gouvernements, ce qui est rassurant pour les cotisants. Il existe toutefois un risque que les gouvernements tentent d’orienter les décisions d‘investissement en fonction d’objectifs politiques plutôt qu’en fonction de la maximisation du rendement, faisant ainsi perdre d’importantes sommes aux épargnants.
 
Les avantages 
sous-estimés de 
l’épargne privée
 L’épargne privée appartient en propre à l’épargnant, ce qui lui donne une plus grande flexibilité dans l’utilisation de ces sommes. Ainsi, il peut se servir de son épargne comme coussin financier pour parer aux imprévus et pas uniquement pour sa retraite. S’il ne l’utilise pas à ces fins, il peut aussi léguer un héritage.
 Parce qu’ils la possèdent en propre, les individus se sentent responsables du rendement de leur épargne privée. Ils s’informent davantage sur l’évolution de leur avoir que sur le rendement des fonds publics qui ne les affectent pas directement.
 Enfin, l’épargne privée est investie selon les préférences personnalisées de risque et de rendement. En plus, les choix de placement peuvent refléter les valeurs de chacun en favorisant certaines industries ou entreprises.
 La combinaison actuelle de régimes publics et d’épargne privée fonctionne assez bien. On garantit un minimum pour que les retraités ne tombent pas dans la pauvreté, mais on laisse chacun libre de ses choix le reste du temps.
 
 * Economiste à l’Institut 
économique de Montréal

Par Youri Chassin *
Mercredi 21 Mai 2014

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