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Entretien exclusif avec George Papandréou, président de l’Internationale socialiste et ancien Premier ministre grec : “S’il y a un volet où on ne doit pas faire des économies, c’est bien la démocratie !”




Entretien exclusif avec George Papandréou, président de l’Internationale socialiste et ancien Premier ministre grec : “S’il y a un  volet où on ne doit pas faire des économies, c’est bien la démocratie !”
Au Maroc, à
l’invitation de l’Union socialiste des forces populaires, le
président de
l’Internationale
socialiste, le Grec George Papandréou, plaide pour une
transparence véritable et une réaction unifiée de l’Union européenne pour faire face à la crise financière mondiale. La Grèce,
explique-t-il, n’a été qu’un « symptôme qui a mis à nu les
problèmes de l’économie mondiale ».
Trop d’attention est accordée aux
questions économiques et aux budgets, explique celui qui a été le Premier ministre de la Grèce. « On ne voit pas les raisons
profondes de la crise qui sont justement liées à des réformes pouvant rendre notre démocratie non pas plus faible mais plus forte. S’il y a un volet qui ne doit pas faire l’objet d’économie, c’est bien la
démocratie »
Printemps arabe, le conflit syrien,
l’édification d’un Etat palestinien ou encore une solution politique négociée dans le cadre des Nations unies au Sahara, sont autant de dossiers brûlants
d’actualité et sur
lesquels M. Papandréou donne son point de vue dans cet entretien exclusif.


Libé: Dans le cadre de votre voyage marocain, vous intervenez dans une grande école sur la thématique de la crise internationale financière et le cas de la Grèce en particulier, un pays dont vous avez été le Premier ministre. La réponse aux crises financières européennes se trouve-t-elle uniquement au sein de l’Union européenne ? La question de la souveraineté ne se pose-t-elle pas?

George Papandréou: A travers cette crise, on a vu les problèmes les plus larges de la crise économique mondiale. Je fais référence ici au manque de transparence, à la concentration de l’argent et des richesses et au besoin de réguler l’ordre économique mondial. La Grèce n’a été en fait qu’un symptôme ayant mis à nu les problèmes de  l’économie mondiale.

« Plus nous avons des divergences entre nous, plus le monde des affaires et de la finance devient plus fort.  Si nous voulons avoir plus de justice dans le monde, il faut avoir une régulation au niveau mondial »

 La Grèce avait certes  ses  propres problèmes mais qui ont été exacerbés par la crise.  La résolution de la crise aurait dû d’abord passer par une réaction unifiée de l’Union européenne pour calmer les marchés et aussi donner du temps à la Grèce de faire les réformes nécessaires pour faire face à la crise. Comme chacun sait, ceci n’a pas été fait. En fait, cela s’est fait de manière partielle et tardive. Si les politiques menées par actuellement la  Banque centrale européenne ou par exemple l’Union bancaire concernant l’Italie et l’Espagne avaient été effectuées plus tôt, il n’y aurait pas eu de mon point de vue une crise de cette ampleur. Parce qu’il y a une méthode permettant de travailler tous ensemble et si on perd un peu de souveraineté, c’est justement pour gagner par ce travail commun. Ceci peut être la force mais aussi le défi de l’Europe.
 
Qu’avez-vous ressenti  à la fermeture de la télévision publique grecque  pour des raisons budgétaires ? Est-ce que de telles décisions qui participent à procéder à des restrictions budgétaires ne menacent pas la démocratie ?

Souvent, on porte trop d’attention aux questions économiques et aux budgets. Résultat, on ne voit pas les raisons profondes de la crise qui sont justement liées à des réformes pouvant rendre notre démocratie non pas plus faible mais plus forte.
Si on avait plus de transparence, si on faisait preuve de bonne gouvernance et si on faisait plus d’efforts pour pousser le citoyen à participer à cet effort justement, on aurait beaucoup moins de problèmes. Aujourd’hui on assiste exactement au contraire à travers la mise à l’écart du citoyen de cet effort collectif. S’il  y a un volet où on ne doit pas faire des économies, c’est bien la démocratie !
Quelle réponse la gauche et la social -démocratie peuvent-elles apporter à la crise économique et financière mondiale ?
Il y a bien entendu une réponse. Mais pour pouvoir appliquer une telle réponse, il faut qu’on puisse travailler ensemble. Parce que l’économie et le capital  sont dans la globalité et nos politiques sont encore nationales. Cela ne pose pas de problème pour les conservateurs, bien au contraire. D’autant qu’ils veulent encore plus de nationalisme.  Dans le même temps, le monde des affaires est très content !
Plus nous avons des divergences entre nous, plus le monde des affaires et de la finance devient plus fort.  Si nous voulons avoir plus de justice dans le monde, il faut avoir une régulation au niveau mondial, la transparence sur le plan financier, dans le secteur bancaire, etc.  Ce qui signifie également que les paradis fiscaux  et les compagnies offshore doivent disparaître et ne plus être autorisés. C’est à cause de telles méthodes que les richesses sont accaparées par quelques-uns qui détiennent le capital au lieu de profiter à la société et aux citoyens.

« Le Printemps arabe a permis de détruire ce mythe  selon lequel le monde arabe ne peut pas adopter la démocratie comme système politique ! »

On  ne doit pas arriver, au nom de la compétitivité,  à un modèle où les salaires sont de plus en plus bas, une justice sociale en panne, etc. Ce n’est pas un tel modèle que nous voulons voir s’installer dans nos sociétés. C’est  pour cette raison qu’il doit y avoir une collaboration  du côté des pays les plus développés, des marchés émergents mais aussi des pays en développement.

Aujourd’hui depuis la présidence de l’Internationale socialiste, quel regard portez-vous sur les conflits qui agitent le monde arabe ? Et quelle est votre évaluation du Printemps arabe ?

 Il y a certainement un désir profond de changement  de la part du peuple arabe et de la jeunesse en particulier. Le message central de ces jeunes réside principalement dans le fait qu’ils ne veulent pas de régime autoritaire. Ils  ne veulent pas  de corruption. Ils veulent participer beaucoup plus à la démocratie et à la prise de décision.
 Mais pour obtenir ces réformes,   manifester en faveur de la démocratie est un premier stade. En vérité, il faut transformer la société en général. Ce qui permet dans la foulée de détruire ce mythe  selon lequel le monde arabe ne peut pas adopter la démocratie comme système politique.
En Grèce, nous avons eu cette expérience après la chute de la dictature des militaires, et ce à travers  toutes ces transformations nécessaires au niveau de la démocratie de l’Etat, des droits des femmes… Le rythme de ces transformations est toujours lent. Les réformes sont souvent le résultat d’une lutte.
Il est très important que les forces progressistes et sociales démocrates dans le monde arabe puissent maintenant faire aboutir  ces transformations d’une manière pacifique, sans violence. Ce qui se passe actuellement en Syrie et ce qui s’est passé en Libye montre la tragédie de la violence
 
Comment parvenir justement à la paix en Syrie? Passe-t-elle nécessairement par le départ de Bachar Al-Assad ?

Ce qui faudrait imaginer est un dialogue entre les différentes forces politiques pour qu’on puisse avoir une transition démocratique.  Souvent, la transition démocratique signifie un changement du leadership. Mais cela ne veut pas  toujours dire que le remplaçant du leader déchu arrive au pouvoir avec dans ses bagages les principes de la démocratie.

Comment aboutir selon vous qui êtes un militant de la cause palestinienne  à l’édification d’un Etat de Palestine  souverain et indépendant ? Le chemin est-il encore long ?

Une longue route  est déjà dernière nous ! Nous savons comment cette solution peut être réalisée. Au sein de notre mouvement l’Internationale socialiste,  Palestiniens et  Israéliens progressistes ont pu se mettre d’accord sur la solution à adopter. Nous avons réussi à les mettre autour d’une même table et  des discussions sur des points très sensibles ont pu être ouvertes. 
Nous avons même obtenu des accords sur des questions cruciales comme Jérusalem ou le statut des réfugiés.
Aujourd’hui plus que jamais une volonté politique des deux côtés  est essentielle au regard même des évènements dans la région.  Une volonté politique qui s’incarnerait dans  une solution qui pourrait faire d’Israël et de la Palestine un exemple de stabilité, vital pour la région, et non plus un point d’instabilité.

«A travers un parti comme l’USFP, le Maroc peut jouer un rôle très important dans toute la transition démocratique dans le monde arabe »

Autre conflit qui n’est pas résolu, c’est celui du Sahara. Etes-vous  de ceux qui défendent une solution politique au sein des Nations unies ?

A l’Internationale socialiste, nous prônons effectivement une solution politique, basée sur le dialogue et dans le cadre des Nations unies.

Vous êtes au Maroc à l’invitation de l’Union socialiste des forces populaires. Comment jugez-vous la présence des socialistes marocains au sein de l’Internationale socialiste aux destinées de laquelle vous présidez ?

L’USFP est un parti toujours très actif. C’est un membre très respecté  qui a une longue histoire au Maroc et qui fait figure d’exemple dans toute la région, en Afrique du Nord et pour les pays de la  Méditerranée. Il est très actif au sein de l’Internationale socialiste. La présidente de l’Internationale socialiste des femmes est issue de ce parti. Il s’agit de Mme Ouafae Hajji.  Et dans le cadre de la coopération méditerranéenne que nous menons à travers nos différentes commissions comme celles relatives à la migration, à l’économie, à l’environnement, il y a toujours une forte participation de l’USFP.
Je saisis également l’occasion de cette interview  pour féliciter le nouveau leader du parti, M. Driss Lachgar pour son élection mais aussi pour cette excellente initiative visant à unir les forces de gauche.A travers un parti comme l’USFP, le Maroc peut jouer un rôle très important dans toute la transition démocratique dans le monde arabe.

Entretien exclusif avec George Papandréou, président de l’Internationale socialiste et ancien Premier ministre grec : “S’il y a un  volet où on ne doit pas faire des économies, c’est bien la démocratie !”

Narjis Rerhaye
Mardi 25 Juin 2013

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