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Entretien avec le vice-champion olympique de judo, Mohamed Ali Rachaouane : «C’est l’esprit fair-play qui doit prévaloir dans le sport»




Entretien avec le vice-champion olympique de judo, Mohamed Ali Rachaouane : «C’est l’esprit fair-play qui doit prévaloir dans le sport»
L’Egyptien Mohamed Ali Rachaouane fait partie du cercle fermé des judokas qui ont marqué à tout jamais l’histoire de cette discipline. Aux Jeux olympiques de Los Angeles en 1984, il s’était montré fair-play, en ne
voulant pas asséner des coups au pied blessé de son adversaire nippon, Yasuhiro
Yamashita. En jouant clean, il a perdu certes la couronne olympique, mais il a gagné en estime. Entretien  


Libé : Quelle est votre histoire avec la légende japonaise de judo, Yamashita ?

Mohamed Ali Rachaouane : Aux Jeux olympiques de Los Angeles, nous, les judokas, avions l’habitude de nous rencontrer chaque matin. Un jour, Yamashita m’a souhaité bonne chance et m’a dit qu’il espérait m’affronter en finale. Personnellement, je ne craignais personne et j’ai toujours voulu me mesurer à plus fort que moi et à Yasuhiro Yamashita en particulier, ce qui signifiait beaucoup de choses pour moi. Mon souhait avait pris forme et deux heures avant le combat pour la finale, des responsables sont venus m’informe que Yamashita était blessé. Je m’étais assuré qu’il avait bel et bien contracté une blessure à son pied droit et il avait autour de lui tout un staff médical qui essayait de le soigner avant la finale.

Quelle a été votre décision ?

 « Mon entraîneur était japonais et il m’avait dit que Yamashita était blessé et que le match s’annonçait facile pour moi. Il était de mon droit de lui asséner des coups à son pied blessé. L’administrateur qui m’accompagnait m’avait dit de ne pas hésiter à lui porter des coups au pied blessé pour gagner l’or olympique. C’était ma chance.

Et après?

Je lui ai dit que je ne pouvais pas agir ainsi. J’ai préféré ne pas jouer sur son point faible pour que la victoire olympique lui revienne en fin de compte. Au moment de la remise des médailles, Yamashita a tenu à lever mon bras, comme si c’était moi le vainqueur.

Entre la victoire olympique aux dépens d’une légende et un comportement exemplaire à l’égard de votre adversaire, quel est le choix approprié ?

J’avais appris depuis l’entame de ma carrière que c’est l’esprit fair-play qui doit prévaloir dans le sport. Auparavant, il n’ y avait pas de professionnalisme, nous étions passionnés par la discipline sportive que nous pratiquions. De ce fait, j’avais choisi la seconde option, même si j’avais perdu la couronne olympique. La presse japonaise a tenu à diffuser sur ses premières pages mes photos , avec comme légende : Rachaouane a offert l’or à Yamashita. Lors d’une conférence de presse, un journaliste nippon m’avait demandé si j’étais au courant de la blessure de Yamashita. Je lui ai répondu que oui. Ensuite, il m’avait demandé pourquoi je n’avais pas exploité ce point faible. Ma réponse a été que ma religion et ma morale ne me le permettaient pas. J’étais très applaudi et pour moi, l’histoire s’était arrêtée là.

Cet épisode avait-il vraiment pris fin à ce niveau ?

Pas du tout. J’étais agréablement surpris après que le Japon m’ait offert les prix du fair-play, du Samourai, du chevalier…De même que de vibrants hommages m’ont été rendus aux Etats-Unis d’Amérique, en France et bien d’autres pays à travers le monde. La médaille d’argent que j’avais obtenue valait de l’or, puisque plusieurs champions olympiques n’ont pas reçu cette reconnaissance. Dernièrement, l’ambassade du Japon au Caire m’a invité à faire un discours.
Nous avions appris que cette histoire est devenue un cas d’école au Japon
Après les Olympiades de Los Angeles, le Japon m’avait adopté. Ce pays m’avait ouvert toutes les portes pour que je puisse prendre part aux stages de concentration strictement réservés aux judokas nippons. Je visitais aussi les écoles japonaises pour expliquer mon comportement aux élèves qui avaient fait une dissertation sur le sujet. D’ailleurs, ils avaient tous écrit qu’ils agiraient comme je l’avais fait. Ces écrits m’ont été remis et je les garde toujours en souvenir. D’ailleurs, chaque mois de décembre, je me rends aux écoles japonaises et cette tradition se poursuit depuis 1984.

Quelle a été la réaction de Yamashita quant à votre comportement ?

Il n’était au courant de rien au départ mais quand il l’a su, il a tenu à me remercier. Il était venu en Egypte en 2005 à l’occasion des Mondiaux qui avaient eu lieu au Caire. Il avait tenu une conférence de presse où il a parlé de cette histoire.

Lors des Olympiades de 1984, vous avez remporté la médaille d’argent et les Marocains Nawal El Moutawakil et Saïd Aouita avaient décroché l’or. Quel a été votre sentiment ?

J’aime beaucoup ces deux champions, et j’étais tellement fier, d’autant que c’est pour la première fois que des athlètes arabes remportent l’or olympique. J’ai gardé de bonnes relations avec tous les champions marocains, sachant que j’ai joué deux fois à Casablanca et je me suis rendu l’année dernière à Agadir à l’occasion du championnat d’Afrique de judo où j’ai pu rencontrer mes amis Touhami Chniouer, le président de la Fédération marocaine de judo, ainsi que Boubker Benbada, le président des commissions d’arbitrage aux niveaux africain et arabe.

Pourquoi de telles attitudes ne sont plus de mise ?

C’est l’aspect matériel qui prévaut actuellement. Le sport n’est plus ce qu’il était autrefois, car désormais la victoire est copieusement récompensée.

Votre message pour les futurs champions arabes ?

L’amour du sport permet de s’ouvrir sur l’Autre. Moi, j’ai des amis au Maroc, en Algérie, aux Etats-Unis, au Japon et partout dans le monde, et ce grâce au sport. La compétition doit être loyale et la victoire doit être le fruit de l’effort et non pas de la triche. 

Propos recueillis par Jalal Goundali
Mercredi 26 Juin 2013

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