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Entretien avec le poète Yassin Adnan : La poésie d’abord, le journalisme ensuite




Entretien avec le poète Yassin Adnan :  La poésie d’abord, le journalisme ensuite
Ils sont comédiens, réalisateurs, artistes peintres, romanciers, poètes et nouvellistes, toutes et tous tiennent pour qualité commune : la création. Libé les rencontre pour parler de leurs derniers travaux et informer de quelques activités estivales. Yassin expose son principal projet préparé dans une résidence littéraire en pleine Californie :

Libé : Vous êtes à la fois journaliste, animateur d’émission culturelle et poète, quel statut aimez-vous le plus ?

Yassin Adnan : A l’origine, il y avait d’abord l’écriture. Lorsque j’ai voyagé la première fois en Algérie, après ma distinction maghrébine en 1991, en remportant le Prix Zakaria Moufdi, j’étais encore un étudiant au seuil du rêve et de l’ambition. A l’époque, les relations entre le Maroc et l’Algérie avaient connu une ouverture importante au temps de Chadli Benjdid, et j’étais le premier Marocain à décrocher ce prix pour sa deuxième édition. Deux journaux algériens, en l’occurrence “Assalam” et “Achourouk”, avaient sollicité ma collaboration en tant que correspondant depuis le Maroc. De là est née ma relation au journalisme qui était donc un prolongement de l’écriture littéraire. La poésie d’abord, le journalisme ensuite. Même lors de mon beau passage à Ouarzazate (Long séjour de dix ans), j’ai gardé la même cadence littéraire notamment avec les magazines arabes. Cette présence a fait que des tribunes littéraires telles que “Al Hayat” (Londres), “Zaouaya” et “Dubai culture” me contactent et sollicitent ma coopération dans ce sens. Il faut dire que l’activité littéraire m’attirait vers le monde de la presse. Jusqu’à présent, je me considère  l’enfant du monde littéraire et de la scène culturelle marocaine, avant d’être un produit de la télévision ou de la presse. Ceci dit, je me sens très à l’aise et très content lorsque j’arrive à exprimer mes convictions culturelles et intellectuelles, en présentant mes choix littéraires au public marocain à travers la télévision.

Vous préparez un livre sur la dynamique du 20 février à partir des entretiens réalisés avec vos invités à Macharif, parlez-nous de ce projet ?

Il s’agit d’un projet auquel je me suis attaqué au Maroc avant mon voyage aux Etats-Unis. Pour être franc, l’idée revient à notre chère écrivaine et sociologue Fatema Mernissi qui a suivi certaines émissions de Macharif où des sociologues se sont penchés sur la dynamique du 20 février, ainsi que tout ce qu’on appelle communément le « Printemps arabe». Elle a trouvé dans ces émissions, des réponses à beaucoup de questions qui la hantaient. Et du coup, elle a proposé une compilation de ces entretiens en un livre. Ce que je vais bientôt faire une fois de retour au Maroc.

Et vos projets poétiques, alors, surtout que vous êtes actuellement en Californie pour une résidence littéraire ?

Je planche actuellement sur mon nouveau recueil « Dafatir al Oubour » (Les cahiers passerelles), qui se déclinera en un seul et long poème. C’est le prétexte de pouvoir voyager à travers plusieurs capitales et villes, entre les aéroports, les stations de train, et les lointains refuges. Mon existence aujourd’hui dans cette forêt à San Francisco au cœur de la rivière Silicon, me permet de me lancer de plain-pied dans ce projet, que j’espère achever durant cette résidence même et publier au début de l’année prochaine. J’avoue que l’émission Macharif, (tournage, préparation et accompagnement), m’a pris beaucoup de temps ces quatre dernières années. D’où mon besoin, de temps à autre, d’aller vers ces refuges calmes et tranquilles pour m’adonner quelque peu à ma poésie.

Ramadan est-il un mois de travail ou de repos ?

Etant donné la coïncidence du mois de Ramadan ces dernières années avec  la chaleur d’été, il ne peut donc constituer un mois de travail. Heureusement, que c’est une période de congés pour la plupart. Personnellement, j’avais l’habitude de réserver ce mois à la lecture, et cela tombe bien, car dans la résidence  Montalvo existe une jolie et importante bibliothèque, en plus de la bibliothèque municipale, ce qui m’aide à fuir la routine de l’écriture à chaque fois que c’est possible.
 
Quel livre vous accompagne en cette saison estivale ?

Au début d’été, j’avais prévu la lecture de quelques romans d’écrivains arabes et marocains, mais une fois arrivé à la résidence, j’ai fait la connaissance d’une anthologie originale de la poésie du cowboy moderne aux Etats-Unis. Ce sont des poètes de la nouvelle génération qui se sont trouvés subitement nostalgiques de l’ère du cowboy et ont commencé à vivre ces souvenirs en créant des cercles littéraires dans pas mal d’Etats du sud et du centre des Etats-Unis, et à travers l’écriture poétique. La bibliothèque de la résidence comporte plusieurs nouveaux recueils américains que je vais avoir le plaisir de côtoyer.

Quel est le dernier film que vous avez vu?

Lors de mon récent voyage par avion (11 heures de vol continu) de Paris à San Francisco, j’ai visionné trois films. D’abord «Astérix Obélix», à travers lequel j’ai revisité les décors et beaux plateaux de Ouarzazate, « Le nom de la rose » où l’on a vu un excellent Sean Connery et enfin un film américain très hollywoodien où une fille rurale ambitionne de réaliser ses rêves en tant que chanteuse dans l’un des cabarets de San Francisco. Je l’ai vu tout simplement parce qu’à bord du même avion, il y avait l’héroïne de ce film. Même si la résidence où je me trouve dispose d’une salle de projection, je préfère sincèrement me balader dans la forêt que de rester planté devant le grand écran.

Verra-t-on un jour Yassin Adnan, romancier, tout comme son frère jumeau qui se prépare à le devenir ?

Nous n’écrivons pas le roman ou la poésie parce que d’autres l’ont fait avant nous, mais parce que nous répondons à un souci qui nous préoccupe et qui nous habite, afin de l’exprimer et de l’extérioriser à travers ce genre ou cet autre. Ceci dit, et en parallèle avec la poésie, j’écris la nouvelle et j’ai déjà deux recueils dans ce sens. Mais si un jour le roman m’ouvre son univers magique, je n’hésiterai pas un instant à y accéder, mais je ne le ferai jamais arbitrairement. Pour Taha, le projet d’un roman où il relate son expérience d’immigré et ses premiers jours à Bruxelles, le hante depuis des années. Il a longtemps refoulé ce désir, à cause des conditions de son travail, mais avec son congé non payé, il a pu se libérer.  

Propos recueillis par Mustapha Elouizi
Samedi 20 Août 2011

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