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Entretien avec le journaliste et auteur Radouane Bnou-Nouçair : “La Coupe du monde est trop sélective pour le football africain”




Entretien avec le journaliste et auteur Radouane Bnou-Nouçair : “La Coupe du monde est trop sélective pour le football africain”
Radouane Bnou-Nouçair est un auteur qui s’intéresse au monde qui l’entoure. Installé au Québec depuis plusieurs années, il s’était penché, entre autres, sur la condition des immigrés dans la province francophone du Canada en publiant un ouvrage intitulé : « Atouts et faiblesses de l’immigration au Québec ».
Au fond, écrire, c’est aussi partager ses passions avec des personnes qui ont des penchants similaires. Profitant de la Coupe du monde de football, dont le coup d'envoi a été donné le 11 juin en Afrique du Sud, premier pays africain à accueillir cet évènement, Radouane Bnou-Nouçair rend hommage à sa manière aux footballeurs africains. Nous avons rencontré l’auteur à l’occasion de la sortie de son ouvrage.

Libé : La publication de votre ouvrage intitulé « Le football africain, biographies, histoire, bilan et perspectives » coïncide avec la Coupe du monde 2010. Peut-on déduire que cet ouvrage est lié à cet événement international ?

Radouane Bnou-Nouçair : Cet ouvrage n’est pas lié à un événement ; Il est le fruit de plus de 10 années de collecte et de stockage d’informations sur le football africain. S’il est sorti en pleine Coupe du monde, c’est une belle coïncidence. J’ambitionne de faire de ce livre la grande référence en matière de football en Afrique, car il concentre les données historiques de base pour entretenir des archives.
Le hokey a beaucoup de succès au Canada. Pourtant, les jeunes issus de l’immigration, notamment les enfants nés de parents africains s’intéressent beaucoup au football, soccer comme on l’appelle ici.

 Y a-t-il une explication à cet engouement ?

Pour jouer au football ou soccer, il suffit d’un peu d’espace et d’un ballon (même en chiffons). Ce jeu se pratique en plein air et offre une grande sensation de liberté et beaucoup de plaisir. De plus, la technique s’acquiert individuellement selon les potentialités de chacun. Le hockey nécessite beaucoup de moyens : de l’équipement (rondelles, bâton, patins, …), une infrastructure adéquate et coûteuse (patinoire) sans oublier l’encadrement (c’est impossible d’apprendre le hockey tout seul !). Le soccer est donc beaucoup plus accessible que le hockey.

Votre ouvrage retrace l’historique de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), depuis sa création en 1957 à 2008. Pouvez-vous brièvement nous en parler ?

Le football africain ne pouvait pas se développer sans une grande compétition continentale ; la Coupe du monde étant trop sélective et trop espacée dans le temps (tous les 4 ans). C’est ce qui a motivé un groupe de dirigeants africains à procéder à la création d’un organisme regroupant toutes les fédérations africaine (la Confédération africaine de football ; CAF) et une compétition regroupant les meilleures sélections d’Afrique : la Coupe d’Afrique des Nations (CAN). Sa fréquence étant réduite à 2 ans. Cette compétition a permis à de nombreuses nations (Égypte, Ghana, Cameroun, …) et à de beaux joueurs (Laurent Pokou, Alain Gouamene, Chérif Souleymane, Ahmed Faras, Paul Moukila, Rabah Majder, Mac Carthy, Malumba Ndyaye, Jay Jay Okocha, Samuel Eto’o, …) de s’illustrer. Le livre offre aux lecteurs, non seulement les résultats de tous les matches, mais aussi les meilleurs buteurs et beaucoup d’informations utiles avec de brefs commentaires sur chacune des 27 éditions.

Que doit-on retenir de Salif Keita, «le Pelé malien», ses dribbles élégants ou ses 30 à 40 buts annuels qui ont fait de son club le triple champion de France, de 1968 à 1970 ?

Pour bien saisir ce que représente Salif KEITA, il faut rappeler que , jusque dans les années 60, la plupart des pays africains étaient colonisés et que de grands joueurs africains (Eusebio, Benbarek, Mahjoub, Mekhloufi,…) jouaient pour des clubs européens avec une nationalité européenne (Française, portugaise, belge, …). Salif Keita, lui, a rejoint St-Étienne, en tant que Malien, recruté par un club européen. De ce fait, c’est lui qui a ouvert le chemin aux Dahleb, Abédi Pelé, Georges Weah, et, aujourd’hui. Aux Éto’o, Adebayor et Drogba. De plus, c’est le premier détenteur du titre de meilleur joueur africain concrétisé par un ballon d’or.

Salif Keita a été le premier «ballon d’or». Selon vous, cette prouesse a-t-elle eu des répercussions sur le football malien ou africain ?

Cette prouesse n’a eu que très peu de répercussions car le football africain était très peu médiatisé à l’époque. Par contre, ce qui va bouleverser le football africain, ce sont les centres de formation qui vont se multiplier en offrant au monde des joueurs africains de grande qualité. Il y a eu le centre de l’ASEC d’Abidjan dirigé par le français Guillou puis le centre Chérif Souleymane, en Guinée puis, au Mali, le centre de … Salif Keita qui a produit, entre autres Seydou Keita, l’actuel vedette du FC Barcelone, Coulibaly et Sidibe.

Vous affirmez que « les Africains contribuent de plus en plus efficacement aux performances et résultats professionnels du monde ». Des noms comme Drogba, Adebayor, Eto’o, Roobelar, Dahleb, Pelle viennent appuyer votre argumentation. Parlez-nous donc de ces grands footballeurs !

Le livre propose 176 biographies des meilleurs joueurs africains de l’histoire depuis les années 50 à nos jours. Ils ont été choisis sur la base de critères rigoureux (longévité, qualités techniques, appartenance à un grand club),
Les noms que vous avez cités font partie des plus connus mais ils sont loin d’être les seuls.
Il y a :
- 7 joueurs sud-africains (Mac Carthy, Radebe, Bartlett, …  - 19 Algériens (Madjer, Mekhloufi, Lalmas,..)  - Le Burkinabé Dagano ;  - 14 Ivoiriens : Pokou, Fofana, Gouamene, Gervinho,…  - 20 Camerounais (Milla, Nkono, Abega, Eto’o, Enoh …)
- 14 égyptiens (Hossam Hassan, Chazli, Khatib, Abouzid, Aboutrika …)  
- 12 Ghanéens (Abedi Pelé, Kuffour, Kofi, Essien, …)  - 17 Marocains (Benbarek, Mahjoub, Akesbi, Faras, Hajji, Zaki, Dolmy …)
- 8 Sénégalais (Bocande, Cheikh Seck, Diouf, Niang…)  - 11 Tunisiens (Tarak, Temime, Attouga …)
- 15 Nigérians (Okocha, Rufai, Kanu, Finidi …) …  Soit un total de 176 joueurs représentant 27 pays africains.
C’est ce qui rend ce livre unique à nos jours.

Durant dix ans vous avez été dirigeant d’un grand club de football, peut-on en savoir davantage ?

De 1992 à 1997, j’ai été trésorier adjoint et membre de la commission technique du Raja de Casablanca, le club marocain le plus populaire et l’un des plus titrés avec 10 titres nationaux, 3 titres africains, une Super Coupe d’Afrique et une participation à la première Coupe du monde des clubs en 2000. C’est avec ce club que j’ai acquis l’expérience nécessaire pour avoir la distance suffisante à traiter objectivement le sujet sensible du football africain.

Source :
http://www.lindependant-cf.com
http://www.connectionivoirienne.net/?p=35419

Canada Propos recueillis par Ghislaine Sathoud
Jeudi 24 Juin 2010

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